On a testé pour vous une semaine sans déchets

Demain la SuisseUn Vaudois produit un peu moins d’une demi-tonne de déchets (incinérables et recyclables) par an. Durant une semaine, j’ai tenté de réduire mon quota à zéro. Ou presque.

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«Pour acquérir les bons réflexes, il faut bien une année. Une semaine, c’est court», m’avait prévenue Natalie Bino, fondatrice et présidente de l’association Zero Waste Switzerland.

A posteriori, je ne peux que lui donner raison. On ne révolutionne pas son mode de vie en une semaine. J’ai pu constater que cela demande de la motivation, de l’organisation et une modification significative de ses habitudes. «Il faut faire un geste sept à neuf fois pour l’intégrer», ajoute celle qui a réduit la quantité de déchets incinérables produite par sa famille de quatre personnes à 15 kg l’an dernier, contre 708 kg pour un ménage vaudois de la même taille (chiffres pour 2015). La Morgienne a été inspirée par la désormais fameuse Béa Johnson, une Française installée en Californie, où elle a lancé le mouvement Zero Waste (zéro déchet) .

Je me prépare à cette semaine particulière comme je révisais pour mes tests de voc allemand. Je me répète en boucle «le mantra des 5R» de la magicienne qui a réussi à faire disparaître les détritus de son existence: Refuse (refuser), Reduce (réduire), Reuse (réutiliser), Recycle (recycler) et Rot (composter).


Refuser

Aujourd’hui c’est poulet citronnelle au petit thaï d’à côté. «On prend une portion à l’emporter et on va s’installer dans un parc?» La proposition de la collègue est tentante. Mais ma toute nouvelle conscience verte déclenche une alarme stridente à l’idée du moment où je jetterai dans une poubelle publique la boîte en plastique qui aura servi à transporter mon repas. Je fonce dans un magasin et mon esprit s’apaise alors que ma main se saisit d’une boîte étanche et réutilisable.

J’en profite pour acheter un dessert. Adieu caracs lovés dans votre imposante carapace de plastique, bonjour fruits dorés en vrac. J’utilise mon sac à légumes lavable et je décline poliment le ticket à la caisse. Au moment où la caissière glisse le reçu dans sa propre poubelle, je me demande si le fait de refuser un prospectus à la gare ou une publicité dans sa boîte aux lettres peut être considéré comme une non-production de déchet. «Lorsqu’on se saisit d’un échantillon, nous encourageons d’une certaine manière la production de ce produit. L’acte de refus est un signal au producteur», affirme Natalie Bino. Le soir, face au pique-nique préparé par un ami, je ne me vois pas refuser la viande séchée qui n’attend que moi dans sa barquette. Note à moi-même: prévenir mon entourage si l’envie me prenait de poursuivre sur ma lancée, en espérant que l’on m’invite encore.


Réduire

Je grimpe sur mon vélo électrique pour me rendre au travail, mon AG dans la poche. Pas de réduction possible de ce côté-là. Serais-je prête à limiter ma production de CO2 en sabrant dans les voyages en avion? «Pourrais-je prendre 10 semaines de vacances pour aller en Asie en train? C’est pour le bien de la planète, chef!»


Réutiliser

Je reviens sur terre et aux besoins concrets. Tout en pédalant, je me dis qu’un plateau nous serait utile à la maison pour transporter la vaisselle de la cuisine à la terrasse. Pas vraiment la semaine idéale pour aller faire du shopping. Je sens que ma pensée devient zero waste friendly lorsqu’elle me suggère de transformer cette caisse à vin que l’on a stockée. Le week-end venu, on scie, on perce, on ponce, on huile et on se sent fier. «Il y a toujours un événement qui provoque un déclic. Ensuite, chacun doit trouver son domaine afin de ne pas devoir se limiter complètement. Certains bricolent, d’autres font leurs propres cosmétiques, d’autres encore fabriquent leurs produits de nettoyage, leur lessive ou encore leurs achats en vrac», constate la présidente de l’association.


Recycler

En 2015, il existait deux épiceries «en vrac» en Suisse. Aujourd’hui, on en dénombre une trentaine. C’est à La Brouette à Lausanne, que je me suis rendue pour éviter au maximum les déchets plastiques, que la déchetterie de Bussigny ne reprend pas et qui constituent la majeure partie de ma poubelle. D’ailleurs, pourquoi est-ce que je ne peux pas les recycler comme les autres matériaux? «Le plastique n’est pas régi par l’ordonnance sur la limitation et l’élimination des déchets. Son tri est à la discrétion des communes. Si elles souhaitent le faire, nous recommandons le recyclage uniquement du flaconnage (ndlr: récipients en PET et en plastique), car le reste est souvent souillé et donc inutilisable. Cela fait plaisir aux habitants, qui ont l’impression de moins en mettre dans leur sac-poubelle, mais au final les bennes partent quand même à l’incinérateur», expose Etienne Ruegg, ingénieur à la Direction générale de l’environnement.

Si j’ai pu éliminer les pots de yoghourt, les bouteilles de lait et le tube de dentifrice grâce à une pâte solide sur bâtonnet en bois et même les brosses à dents de mon sac taxé, je n’ai trouvé aucune solution pour les paquets de croquettes pour chats ou l’emballage des sparadraps. Tant pis, ils finiront dans le bocal des causes perdues.


Composter

Aucun déchet organique, par contre, ne passera le couvercle de ce récipient en verre. Les compostables finissaient déjà dans le container brun. Si chaque habitant du canton a réduit de 78 kg sa production totale de déchets depuis 2012, les Vaudois ont encore un effort à faire au niveau de la qualité de leur tri des déchets compostables. «Les biodéchets renferment un potentiel important et représentent encore un tiers à un quart de nos poubelles. Ils pourraient être valorisés en biogaz et en matériaux pour engrais. Mais depuis l’introduction de la taxe au sac, le tri a perdu en qualité. Nous travaillons beaucoup là-dessus», note Etienne Ruegg.

A la fin de la semaine et 120 g de déchets au compteur, je fais le bilan de l’expérience. Si le fait d’avoir sur soi en permanence sacs et Tupperware et de devoir prévenir son entourage demande de l’organisation et bouscule la spontanéité, je suis heureuse d’avoir intégré quelques gestes et remplacé quelques objets jetables par du durable dans mon quotidien. Mais je sens que certains sacrifices vont demander plus de temps. Non, je ne suis pas encore prête à troquer mon rouleau de papier toilette contre de la mousse récoltée en forêt. «Même Béa ne le fait pas!» Me voilà rassurée. (24 heures)

Créé: 17.07.2017, 07h50

Les adresses utiles

Le site de l'association Zero Waste Switzerland

Le site de Bea Johnson

Le blog Lausanne en vrac

Quelques épiceries en vrac dans le canton: La Brouette (Lausanne), Chez Mamie (Lausanne), L'épicerie Vrac (Yverdon), Quinte et Sens (Vevey), Lilly's Green Market (Nyon) et bien d'autres à découvrir.

Conseils aux novices

Suite à un déclic lors de l’introduction de la taxe au sac, Natalie Bino a fondé l’association Zero Waste Switzerland en 2015. Pour débuter dans la réduction de ses déchets, elle recommande de modifier son mode de vie par étapes.

Eviter le plastique, en utilisant des sacs réutilisables par exemple.

Planifier les achats, afin d’avoir toujours des boîtes pour les ingrédients et des sacs pour les emporter.

Remplacer des choses simples telles que le papier ménage, les mouchoirs et la ouate par des tissus lavables.

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