«Je vais devoir voter non à la Stratégie énergétique»

EnvironnementPhilippe Roch prend position contre la loi sur l’énergie. L’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement dénonce un projet qui porte atteinte à la protection de la nature.

Philippe Roch estime que la loi est trop dommageable à la nature.

Philippe Roch estime que la loi est trop dommageable à la nature. Image: MAGALI GIRARDIN-A

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C’est une figure des mouvements de protection de la nature qui votera non le 21 mai à la Stratégie énergétique 2050. Philippe Roch explique les raisons qui le poussent - presque à contrecœur - à s’opposer. Le PDC Genevois, ancien homme fort du WWF et fervent défenseur de l’initiative Weber, s’était fait remarquer en soutenant l’initiative Ecopop. Aujourd’hui, l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement assume son rejet d’une loi, dont l’impact sur la nature serait trop dommageable, dit-il. Interview.

Etes-vous sûr de votre choix?

Ça a été une décision très difficile à prendre. J’étais enthousiaste lorsque Doris Leuthard a présenté son projet. Enfin, il y avait une vision d’ensemble. Dès le départ, j’ai œuvré pour tenter de corriger certains défauts du texte. Je n’y suis pas arrivé. Je suis donc contraint de voter non.

Quels sont les éléments qui vous poussent à dire non?

Cette loi met sur un même niveau l’intérêt de la construction d’installations de production d’énergies renouvelables et l’intérêt de la protection de la nature. Il est également prévu une limitation du droit de recours auprès du Tribunal fédéral, alors que plusieurs études montrent que ces derniers permettent justement de faire respecter la loi sur la protection de la nature par les autorités. Je ne peux pas être d’accord avec un projet qui affaiblit la préservation de la nature, à l’heure, où elle en a le plus besoin.

Vous êtes ^donc prêt à tout jeter à la poubelle?

Je ne parle pas de points de détails, mais d’éléments essentiels. Aldo Leopold, un forestier et philosophe américain, disait: «Une action est juste, quand elle a pour but de préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la nature. Elle est répréhensible quand elle a un autre but.» Je partage cet avis. C’est devenu ma philosophie. Je l’ai toujours appliquée lorsque j’étais à la tête de l’Office fédéral de l’environnement. Je ne vais pas la renier aujourd’hui.

Mais on ne peut pas à la fois se passer du nucléaire et des énergies fossiles tout en s’opposant systématiquement aux énergies renouvelables!

Ce que je demande, c’est une pesée des intérêts. Il n’y a jamais eu de protection de la nature absolue. Vous pouvez même construire dans un marais protégé, si la pesée des intérêts le permet. Dans le projet de loi sur l’énergie, c’est différent. Prenons le cas d’une éolienne. D’abord, le projet de loi dit que son intérêt est le même que celui de la nature. Ce qui est philosophiquement faux. Et deuxièmement, il empêche les organisations de protection de la nature de contrôler cette pesée d’intérêts. C’est une transformation profonde de notre Etat de droit. C’est d’autant plus grave que la Suisse s’est construite sur la notion d’équilibre et de compromis.

Il restera une pesée d’intérêts. N’importe quel projet ne pourra pas passer.

Lisez la loi. Les recours seront irrecevables sur les décisions en matière de droit de l’électricité. Lorsqu’un projet de barrage ou d’éolienne aura reçu l’aval des autorités, vous ne pourrez plus demander à un tribunal d’examiner la légalité de cette décision.

Plusieurs organisations de protection de la nature soutiennent pourtant cette stratégie.

Elles se trompent. Elles se sont laissé séduire par l’idée qu’on allait enfin pouvoir sortir du nucléaire. Mais on ne peut pas sacrifier la nature sur l’autel de l’énergie. Je regrette beaucoup cette dérive de certaines organisations. Nous avons plus que jamais besoin de défenseurs de la nature.

Un non à cette stratégie, n’est-ce pas la porte ouverte au nucléaire?

Pas du tout. L’énergie atomique n’est plus rentable. Elle est déjà en train de s’effondrer. Et ce n’est pas un refus de la Stratégie énergétique qui va la relancer. Il n’y a en plus pas de lien direct entre les deux: le projet de loi ne parle pas de sortie du nucléaire. D’ailleurs ceux qui croient encore au nucléaire sont une très faible minorité dans le camp du non.

Avec un non, des milliers de projets d’énergie renouvelable vont rester en stand-by.

Si vous faites référence au blocage d’environ 40 000 projets en attente dans le photovoltaïque, il provient d’un manque de volonté de l’Office fédéral de l’énergie et des compagnies électriques. Depuis le temps, on aurait pu prendre des mesures pour accélérer les choses et les rendre moins compliquées.

La question de l’emploi ne vous intéresse pas?

Il faut distinguer le solaire de l’éolien. Si on peut parler d’énergie locale pour le solaire qui est installé puis administré par des compagnies locales, ce n’est pas le cas pour l’éolien. De la construction à la gestion, tout vient de l’étranger. Les seules entreprises locales qui travaillent dans l’éolien sont celles qui construisent les chemins d’accès et la dalle de béton.

Le parlement a-t-il exagéré?

Je vois une certaine analogie entre cette stratégie et la RIE III. Beaucoup de gens étaient favorables au principe de la mise en conformité de notre régime fiscal, mais le parlement a tellement chargé la barque que le peuple a finalement dit non. Rejeter la Stratégie énergétique, c’est se donner la possibilité de retravailler le projet. En plus simple et en mieux.

Le projet pourrait aussi être pire pour la nature compte tenu des majorités politiques.

Ce risque existe, mais ce n’est pas la question que l’on nous pose aujourd’hui. On nous demande si cette stratégie est bonne ou mauvaise. Je réponds qu’elle est suffisamment mauvaise pour être rejetée

Quel serait votre plan B?

Si les articles qui péjorent la protection de la nature avaient été supprimés, j’aurais pu dire oui. Maintenant, si on profite d’un refus pour retravailler le texte en profondeur, on pourrait énormément le simplifier. Que ce soit la promotion des renouvelables ou les économies d’énergie, on pourrait se contenter de fixer des objectifs et de créer des instruments incitatifs pour créer une dynamique. Il faut arrêter de tout vouloir régler à coups de détails législatifs et de subventions coûteuses et compliquées à distribuer.

Ne craignez-vous pas d’être le «faire-valoir écologiste» des opposants?

Je ne suis pas le seul opposant issu des milieux de protection de la nature. Mon argumentation est claire. Je ne suis pas un pronucléaire et j’ai toujours été très critique vis-à-vis de l’UDC. Ce n’est pas la première fois que je prends des positions courageuses conformes à mes convictions profondes. (24 heures)

Créé: 13.04.2017, 07h27

«On sent bien la patte du lobby éolien»

«Aujourd’hui, il est interdit de construire une cabane en forêt, par contre vous pouvez faire une usine électrique de 200 mètres de haut.» Pour Philippe Roch, difficile de dissocier son rejet de la Stratégie énergétique de son combat contre les éoliennes. Il dénonce la patte du «lobby éolien» dans le projet. «Les points que je dénonce serviront surtout à faciliter la construction de mâts.» Un non-sens pour l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement, compte tenu du rapport entre production d’énergie et impact sur le paysage.

«En 2050, l’énergie éolienne est censée produire 4000 GWh. Ce qui ne représente que 7,5% de la production électrique. Or, pour arriver à ce faible pourcentage, il faudrait construire entre 800 et 1000 éoliennes. C’est énorme.» Pour Philippe Roch, il serait beaucoup plus facile de remplacer cette source d’énergie par le solaire. «Le Conseil fédéral mise déjà trois fois plus sur le photovoltaïque avec un objectif de 11 000 GWh en 2050. Il y a là un potentiel gigantesque avec des milliers de toits à disposition. Les panneaux solaires sont de moins en moins chers et de plus en plus efficaces. On est à bout touchant pour que cette forme d’énergie devienne rentable. Il suffit d’un petit coup de pouce. 40 000 projets sont toujours en attente.»

Autre piste évoquée, les autres renouvelables, comme la biomasse ou la géothermie. «Là aussi, avec 8000 GWh, les objectifs sont à plus du double de ceux de l’éolien! Et ça ne fait aucun dégât sur le paysage.» Pour lui, la question qui se pose est simple. «Sommes-nous prêts à sacrifier le paysage et à bouleverser notre ordre juridique pour 4000 GWh d’électricité, alors qu’il est possible de les produire différemment?»

Que les éoliennes soient démontables? L’argument est jugé non pertinent. «Au Mont-Crosin (BE), on les a démontées pour en construire de plus grandes. Et il restera toujours les chemins d’accès et les blocs de béton.»

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