La Une | Lundi 20 mai 2013 | Dernière mise à jour 11:01
Présidentielle américaine

A Berne, c'est Barack Obama qui l'emporterait

Par Xavier Alonso. Mis à jour le 02.11.2012

En 2008, la classe politique suisse avait salué l’élection de Barack Obama. Qu’en est-il en 2012, alors qu’une guerre fiscale entre Suisse et Etats-Unis a rythmé les quatre dernières années? Enquête parmi les parlementaires romands.

1/4 Christoph Mörgeli y voit un grand jour pour les paresseux
Christoph Moergeli (UDC/ZH): «Pour les quatre prochaines années, Obama poursuivra encore plus sa politique de redistribution sans gêne et sans égards. C'est un grand jour pour les paresseux. Les USA imitent l'Europe et plongent dans l'abîme»
Image: Keystone

   

Suisse - USA en bref

Entre 1700 et 2009, quelque 460'000 Suisses et Suissesses ont émigré aux Etats-Unis. Un million d’Américains ont des racines suisses.

75'000 Suisses vivent actuellement aux Etats-Unis. Soit plus de 10% des Suisses de l’étranger.

Diplomatie: La Suisse représente les intérêts américains en Iran et à Cuba, et les intérêts cubains à Washington. La Suisse et les Etats-Unis se considèrent comme des «République sœurs» depuis le XIXe siècle. La Suisse ouvrit ses premiers consulats à Washington et à New York en 1822 déjà. La première ambassade suisse extra-européenne s’établir à Washington en 1882.

Economie: Les Etats-Unis sont la première cible des investissements directs suisse: 165,9 milliards de francs en 2009. Les Etats-Unis sont le deuxième marché d’exportation de la Suisse: 20,6 milliards de francs en 2010.
Les Etats-Unis sont le 4e principal investisseur direct étranger en Suisse avec 73,7 milliards de francs.
Quelque 550 entreprises suisses sont installées aux Etats-Unis. Elles y emploient environ 400'000 personnes.

Science et formation: dans le domaine de l’enseignement supérieur, de la science et de la culture, Suisse et Etats-Unis sont aussi des partenaires réguliers. Notamment par le biais de la coopération de la Maison suisse de la science «Swissnex» à Boston et à San Francisco.

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«Cette élection renforce mon admiration pour ce pays!» C’est ainsi que Pascal Couchepin, président de la Confédération en 2008, avait salué le couronnement de Barack Obama. Et effectivement, l’Obamania faisait des ravages sous la Coupole fédérale. Même dans les rangs bourgeois, et évidemment à gauche de l’hémicycle. «En 2008, enthousiaste, j’avais sabré le champagne au siège du WWF avec plusieurs collègues», se souvient Adèle Thorens, la coprésidente des Verts Suisse.

Que reste-il de cet enthousiasme? L'Obamania sévit-elle encore parmi les parlementaires romands à Berne? De toute évidence, le président sortant l’emporterait facilement sous la Coupole fédérale (lire les réactions dans la galerie photo). Mais, entre regrets formulés par les élus de gauche sur le bilan du président américain et l'admiration affichée pour sa personnalité pour nombre d’élus bourgeois, notre enquête met en évidence des nuances de taille.

Ainsi la vice-présidente du PLR Suisse, la Vaudoise Isabelle Moret explique: «Si j’étais américaine, le programme et le style d’Obama me plairaient davantage. Mais l’intérêt de la Suisse est que Romney soit élu. Un Républicain ne ferait pas des questions fiscales une telle priorité. Je regrette qu’Obama n’ait pas compris que la défense de la sphère privée suisse n’est pas une incitation à la fraude.»

La guerre fiscale

En effet, le conflit fiscal entre la Suisse et les Etats-Unis a laissé des traces dans les relations entre nos deux pays, longtemps considérés comme des «Républiques sœurs». «La machine de l’administration américaine est lancée dans sa lutte pour récupérer l’argent offshore de l’optimisation fiscale. Est-ce que cela aurait été différent avec un président républicain? Je n’en suis pas certaine. Mais on a constaté une forme d’acharnement de la part de l’administration Obama contre la Suisse», souligne l’UDC genevoise Céline Amaudruz.

Ces deux élues bourgeoises, comme Guy Parmelin (UDC/VD), voteraient Mitt Romney mais sans réel enthousiasme. «On sent un certain désenchantement lors de cette campagne. Il manque un troisième homme. Et face à la montée de l’endettement public aux USA, quel que soit le président –démocrate ou républicain– il fait face à des problèmes insolubles qui le contraignent à attaquer les places financières étrangères, dont la Suisse», analyse Guy Parmelin.

L’économie réelle

Au PDC, parti centriste qui ressemble de fait le plus au Parti démocrate américain, on se dit très Obama, mais toutefois avec des réserves. «Obama a déçu notamment sur le fait qu’il n’ait pas réussi à moraliser la finance. C’est l’économie virtuelle qui commande. On s’occupe encore et toujours davantage des actionnaires que des ouvriers», analyse Luc Barthassat (PDC/GE).

«Il a tout de même sauvé l’industrie automobile américaine (General Motors, Ford, etc.) par son action. Et même si sa réforme du système de santé n’a pas totalement réussi, il y a 34 millions d’Américains de plus qui sont assurés de recevoir les soins de base. Ce n’est pas rien», souligne Ada Marra (PS/VD). Pour la socialiste Vaudoise, Barack Obama a dû faire face à des forces de blocages incessantes. «Une partie de la société américaine, et de sa classe politique, n’a toujours pas accepté l’élection d’un noir!», commente-elle.

La couleur de peau

Une analyse partagée par le PDC Jacques Neirynck: «Pour un WASP –white anglo-saxon protestant– un Noir à la Maison-Blanche, c’est l’horreur. Il n’imaginait pas que ce fut possible! Mais sa couleur de peau l’a aussi aidé à se faire élire en drainant le vote des minorités. Est-ce que cela sera à nouveau le cas?»

Manuel Tornare le pense. Pour le socialiste genevois, le lobby juif progressiste et urbain l’a aidé et l’aidera encore. «Surtout que le Républicain Mitt Romney représente tout ce que je déteste: les milieux évangélistes obtus proches du Tea party, les fondamentalistes anti-avortement et anti-mariage gay», commente Manuel Tornare. Qui émet toutefois un reproche et un espoir.

La politique étrangère

«Sur la question israélo-palestinienne, il a été décevant. S’il est réélu, il aura les mains libres –car il n’aura plus de gages à donner à ses soutiens– et pourra prendre les décisions courageuses qui s’imposent en matière de politique étrangère», avance Manuel Tornare. Même son de cloche auprès du Vert genevois Antonio Hodgers: «Les USA continuent à se comporter comme une superpuissance. Mais Barack Obama tente d’apporter des solutions multipolaires et axées sur la paix.»

Cette vision, qui s’est concrétisée en 2009 par l’attribution du Prix Nobel de la paix à Barack Obama, n’est pas partagée à droite de l’échiquier suisse. «C’est inadmissible qu’Obama n’a toujours pas fermé Guantánamo», glisse Jacques Neirynck (PDC/VD). «Dans la question terroriste, Obama s’est comporté en chef de guerre et a fait assassiner Ben Laden sans sourciller. Pour les Américains, il restera le président qui a puni les auteurs de l’horreur de 2001. C’est d’ailleurs un point positif pour lui», appuie Céline Amaudruz (UDC/GE).

La nuit américaine

«Quand les Etats-Unis vont bien, le monde va bien», ironise Guy Parmelin (UDC/VD). Nos élus fédéraux seront ainsi fidèles au rendez-vous de la nuit du 6 au 7 novembre pour attendre le résultat de cette élection qui reste un événement.

«C’est important: car cette fois, davantage qu’un tournant gauche-droite, ce serait une régression si Mitt Romney était élu. S’il n’a pas fait tout juste, Obama répond aux défis d’aujourd’hui. L’Europe aurait tout à perdre avec un président marqué par le conservatisme moralisateur d’un Romney», lance Adèle Thorens.

Manuel Tornare en est aussi convaincu et s’impatiente déjà de sa nuit américaine. «Je n’ai pas manqué une fête américaine depuis 1968», explique celui qui fut maire de Genève et qui partage de nombreuses amitiés parmi la diaspora américaine à Genève. (Newsnet)

Créé: 02.11.2012, 09h03

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