Drame de Payerne
Un enchaînement fatal d'événements
Par Sandrine Perroud. Mis à jour le 14.06.2012 8 Commentaires
Le meurtrier passe aux aveux
L'un des deux hommes interpelé par la police à la suite du meurtre de Payerne a avoué être l'auteur des coups de feu, indique jeudi après-midi la police cantonale vaudoise.
Ce Suisse de 34 ans domicilié dans la région a utilisé une arme privée. Le pistolet a été retrouvé chez lui par les enquêteurs. Une analyse comparative entre les balles du meurtre et celles du pistolet en question permettra de le prouver.
Le second suspect arrêté hier par la police a pu être mis formellement hors de cause.
L'enquête sur les circonstances exactes du drame est en cours. (sp)
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Il faut bien le reconnaître: mardi soir, le drame de Payerne a suivi un scénario aussi brutal que banal. De nuit, dans un quartier «chaud» de la ville, un homme a traîné au milieu d'une rue habitée une prostituée hurlant pour sa survie. L’individu l’a abattue ensuite de trois coups de feu avant de prendre la fuite.
Les journaux du jour relatent que des dizaines d’habitants du quartier ont assisté à la scène, depuis leur balcon, leur fenêtre ou leur voiture. Le quotidien fribourgeois La Liberté précise qu'avant les tirs, les autres prostituées criaient pour que l'homme lâche son emprise.
Seuls deux jeunes gens ont tenté de séparer l’agresseur de sa victime, avant de réaliser que l'homme portait une arme. Un clic s’est fait entendre lorsqu’il l’a pointée sur eux, mais aucun coup n’est sorti. Le temps pour les intervenants de regagner leur immeuble, en état de choc.
Violence tolérée
Face au devoir d’assistance à personne en danger, la scène laisse songeur. Le drame aurait-il pu être évité? Criminologue de formation, la présidente du parti socialiste lausannois Rebecca Ruiz n’en est pas certaine: «Lorsqu’une arme à feu entre en jeu, on peut comprendre que les gens n’interviennent pas. Si l’homme avait eu un couteau en main, la situation aurait peut-être été différente.»
Un autre élément est à prendre en compte selon elle: les voisins étaient habitués à voir de l’agitation autour des «salons de massages» du quartier, dont la victime était employée. D’où leur manque de réactivité ce soir-là. «On peut le déplorer, mais dans les milieux de la prostitution, la violence est davantage tolérée et étonne peu. Que les prostituées se prennent des claques de temps en temps, ou pire, ne surprend pas vraiment, malheureusement.»
La police, elle, ne pousse pas non plus à l'héroïsme. En charge de l'affaire, le porte-parole de la police vaudoise Philippe Jaton rappelle ainsi qu'en cas d'incident de ce type, il vaut mieux composer le 117 et assurer sa propre sécurité: «L'idée est de donner aux agents un maximum de détails sur le ou les protagonistes, leur véhicule éventuel et sur l'état de la victime pour que les secours puissent intervenir rapidement.»
Agir en amont?
Il était donc peut-être trop tard mardi soir pour éviter le drame. Les premiers éléments de l’enquête parlent d’un crime passionnel succédant à une période de tensions et de menaces entre la prostituée et son agresseur . Ce dernier était un client amoureux d’elle depuis au moins trois ans.
Cet élément démontre encore une fois l'enchaînement fatal des événements: «Les cas d'homicides liés à des violences domestiques sont souvent précédés de menaces et de coups physiques», rappelle la criminologue Rebecca Ruiz, comme cela fut le cas dans cette histoire. «Mais seuls moins de 20% de ces situations sont dénoncées actuellement par les propres victimes, même si depuis 2004, les violences domestiques sont poursuivies d’office par la justice.» Les liens affectifs complexes entre l’agresseur et leur victime expliqueraient que les plaintes soient si rares.
Quant aux collègues prostituées de la jeune femme, elles ont peut-être eu «peur des représailles», en cas de plainte à la police, analyse encore la criminologue.
Protection policière
Les travailleuses du sexe ne sont toutefois pas sans ressources face à la violence. Il existe notamment une cellule policière d’intervention dédiée à la surveillance de la prostitution, la CIPRO, indique Philippe Jaton: «Les responsables de maisons de massages, mais surtout les prostituées, connaissent ces policiers qui travaillent discrètement. Elles ont leur numéro, car il est important pour nous de surveiller leur condition de travail pour prévenir par exemple les cas d’exploitation sexuelle.»
Cette protection policière pourra être d’autant plus utile à l'avenir si la maison close de Payerne est un jour déplacée en dehors du centre-ville. Un règlement communal en ce sens est sous toit, précise dans La Liberté la syndique de la ville broyarde Christelle Luisier Brodard. Il ne lui manque plus que l’approbation de la Police du commerce pour entrer en vigueur.
(Newsnet)
Créé: 14.06.2012, 15h59
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