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Genève

Jugé pour avoir organisé le meurtre de son rival

Par Fedele Mendicino. Mis à jour le 09.08.2012

A la mi-septembre s’ouvrira le procès d’un restaurateur suspecté d’avoir envoyé un homme tuer l’amant de sa femme

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Image: Palazzi

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Quatre ans après les faits, la justice va juger un restaurateur suspecté d’avoir mandaté un tueur à gages pour éliminer un rival amoureux. Selon l’acte d’accusation, que nous nous sommes procuré, le prévenu sera jugé à la mi-septembre par le Tribunal correctionnel pour «tentative d’instigation à meurtre en sa forme qualifiée d’assassinat».

Ce Genevois, gérant plusieurs restaurants de cuisine exotique en ville, avait pourtant tout pour mener une vie tranquille et heureuse. Jeune, beau, toujours souriant, il excelle dans les affaires. Sa faiblesse? La jalousie. Maladive à l’époque. En 2008, il soupçonne un de ses employés d’entretenir une relation avec sa femme. Après avoir placé un logiciel espion dans le téléphone de son épouse, il dit avoir constaté qu’elle passait ses nuits à communiquer avec l’employé. Convaincu d’être trompé, il commence à boire, à déprimer puis à nourrir un projet morbide: il raconte qu’il s’est alors mis à rechercher un homme prêt à corriger son rival. Un Albanais lui aurait alors proposé 11?000?francs pour rouer de coups l’amant. L’accusé soutient que ce dernier renchérit en demandant 100?000?francs pour tuer l’employé… Le prévenu refuse.

Quelques jours plus tard, un autre homme de main lui propose «une solution radicale» pour 20?000?fr. La négociation ne va pas jusqu’au bout. Cet individu (un indic de la police?) préfère lui suggérer les services d’un tueur dénommé Rio.

Police critiquée

Le 2 avril, le commerçant entre alors en contact avec ce dernier, sans savoir qu’il s’agit d’un agent de police infiltré. Selon l’acte d’accusation du procureur Pierre-Alain Chatelan, le prévenu remet à Rio une photo de la victime et convient de lui donner l’argent après avoir eu la preuve de l’exécution du contrat.

Le restaurateur l’aurait notamment conduit en ville pour lui montrer deux bistrots fréquentés régulièrement par l’homme à abattre. D’après le Parquet, le prévenu tente même de se procurer une arme. Les réquisitions du procureur précisent qu’il relance Rio en lui demandant d’agir rapidement, même à mains nues.

Le 13 avril, l’accusé transmet à son mandataire l’adresse et le code d’entrée de son employé. S’ensuit une mise en scène montée de toutes pièces par la police avec la complicité de l’amant présumé. Ainsi le 14 avril, peu après 16?h, Rio appelle le restaurateur et lui dit: «Je suis avec lui, alors je vais le faire, c’est bon?» Le prévenu aurait donné son feu vert.

Le soir, les deux hommes se rencontrent dans un café. Le faux tueur à gages a même filmé «l’assassinat» pour prouver au commanditaire que son contrat était rempli. Le bistrotier lui verse les 20?000?fr. promis. Après cette fausse exécution, la police interpelle le restaurateur. Mais comment les inspecteurs ont-ils été mis au parfum de ce dessein criminel? Mystère, la police refuse de revenir sur les méthodes employées par les agents pour arriver à leurs fins. Cela «dans le but de préserver ce type d’enquête, avec un agent infiltré».

Libéré sous caution

A l’époque déjà, Me Grégoire Rey, avocat de l’inculpé, critique les méthodes des forces de l’ordre: «Les inspecteurs ont pris un plaisir malsain à laisser pourrir la situation et mettre en scène cette fausse exécution, alors qu’ils pouvaient tout arrêter tout de suite. Il y a surtout le sale rôle des Albanais qui ont transformé l’idée de faire peur en celle de tuer. Ce procès sera surprenant, car cette affaire ne ressemble à aucune autre.» Libéré en juillet 2008 après avoir versé une caution de 100?000?fr., le prévenu s’est soumis à un traitement psychiatrique, précise Me Rey, qui ajoute: «Et il a pris en main son problème d’alcool.»

Depuis le début de la procédure, la victime, défendue par Me Virginia Lucas, a toujours contesté être l’amant de la femme du prévenu. (24 heures)

Créé: 09.08.2012, 09h04

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