Un logiciel permet à la police zurichoise de prédire les cambriolages

TechnologieLes Zurichois utilisent un programme informatique qui prédit les infractions. De manière générale, les méthodes prédictives ont le vent en poupe.

Le logiciel indique sur une carte les lieux des prochains délits potentiels.

Le logiciel indique sur une carte les lieux des prochains délits potentiels. Image: Keystone

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Dans le film Minority Report, la ville de Washington a réussi, en 2054, à éradiquer la criminalité. Les agents du «Précrime», des individus doués de précognition, peuvent fournir des visions du futur permettant d’arrêter les criminels juste avant qu’ils n’aient commis leurs méfaits.

Avec quarante ans d’avance, la police de Zurich utilise désormais un système similaire. En juillet, elle a acheté «Precobs», un logiciel élaboré par l’«Institut de technique prédictive modélisable» (IfmPt), une petite entreprise basée dans la ville allemande d’Oberhausen. Le programme doit justement son nom à la nouvelle de Philip K. Dick dont est tiré le film.

Precobs indique sur une carte le lieu et la date des prochains délits, et ce au mètre et à l’heure près. Il ne s’agit pas de jouer les Madame Soleil, mais d’un calcul purement mathématique. Le programme répertorie dans sa base de données l’ensemble des délits signalés ces cinq dernières années, incluant le lieu, la date et l’heure exacts ou encore le montant du butin et le modus operandi. Ces données, consignées au fur et à mesure par les policiers, permettent à l’algorithme du programme de prédire le futur en marquant de rouge les zones vulnérables.

Afin de prévenir les critiques sur la protection des données, l’institut insiste sur le fait que l’algorithme ne stocke aucune information personnelle. Precobs se base ainsi sur les observations de plusieurs études démontrant le phénomène des «near repeats», soit le fait que souvent, une infraction en précède une autre. Cela se vérifie en particulier pour les cambriolages, mais aussi les vols à main armée ou les vols de véhicule.

Un cambrioleur revient en effet souvent sur le lieu de son forfait. «En tant que voleur, vous préféreriez naturellement les immeubles de Champel plutôt que ceux du Lignon, explique simplement Marco Cortesi, porte-parole de la police municipale de Zurich. C’est comme partir à la cueillette des champignons: au début, on tâtonne sans savoir où les meilleurs se trouvent. Puis, lorsqu’on a trouvé le bon endroit, pas trop éclairé, facile d’accès et bien fourni, on revient toujours au même.»

Test concluant
Pour l’instant, la police zurichoise utilise le logiciel uniquement pour repérer les cambriolages. Les résultats sont bluffants. «Nous constatons une diminution de 14% des cambriolages pour la période de novembre 2013 à novembre 2014. Celle-ci est de 30% dans les zones testées avec Precobs», affirme Marco Cortesi.

Il ne s’agit cependant pas de remplacer les policiers par un ordinateur. «Nous devons toujours observer et analyser les zones sensibles. Notre travail ne s’arrête pas là», précise Marco Cortesi, qui décidément connaît bien Genève: «Precobs peut indiquer qu’une cible potentielle se trouve dans la rue des Bains, mais il ne va pas indiquer le numéro de la rue et de l’appartement.» Lorsqu’une alerte est donnée, la police agit de deux manières. Elle envoie discrètement des détectives afin de prendre les malfrats la main dans le sac, et elle renforce la présence policière. «A force de voir des patrouilles et des uniformes, les cambrioleurs finissent par laisser tomber l’endroit», conclut Marco Cortesi. (24 heures)

Créé: 22.12.2014, 07h41

Les polices romandes plus «manuelles»

Première d’Europe à se doter du système, la police de Zurich a acquis Precobs pour 100'000 francs, après l’avoir éprouvé pendant six mois. L’exemple a été récemment suivi par Berlin et Munich, enthousiasmés par les résultats zurichois.

Qu’en pense-t-on dans nos contrées, tout aussi touchées par les visites d’appartements malvenues? A Genève comme dans le canton de Vaud, le logiciel futuriste des collègues zurichois est connu. Mais en Suisse romande, on fait davantage confiance à l’humain, à son expérience et à sa spontanéité. Une approche plus «manuelle» est préférée à l’informatique. «Nous sommes toujours intéressés par les nouvelles technologies et ce qu’elles peuvent apporter, mais pour le moment, nous préférons les expertises de spécialistes, notamment ceux qui sont en contact direct avec le terrain», explique Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police genevoise.

Même son de cloche du côté de son homologue vaudois Jean-Christophe Sauterel, qui rappelle que le canton est pionnier en Suisse dans l’analyse sérielle des délits. «Jamais un logiciel ne pourra remplacer le travail d’enquêteurs expérimentés. Notamment parce qu’un programme ne peut pas identifier un profil type d’individus.»
Le porte-parole donne ainsi l’exemple de cambriolages effectués par des jeunes filles tsiganes. «Elles ont une technique et un mode opératoire bien précis. Un logiciel ne peut pas faire le lien entre celui-ci et une bande bien précise de filles!»

Le logiciel ne serait ensuite pas très utile dans une région aussi vaste que le plateau romand, bien plus grand et hétérogène qu’une ville. Quant aux bons résultats enregistrés par la police zurichoise, Jean-Christophe Sauterel reste dubitatif. «Bien sûr, si l’on renforce la police à un endroit, le taux de criminalité baisse. Mais on ne fait que déplacer le problème sans le résoudre. Les voleurs vont se retrouver dans le canton ou la ville d’à côté. De manière générale, il faudrait voir l’effet à long terme. Mais les paramètres sont si nombreux que je trouve un peu risqué d’en tirer un lien de cause à effet précis.»

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