Le mouvement végane passe de l’assiette à la scène publique

AlimentationCes végétariens d’un nouveau type sont toujours plus nombreux. Ils s’affichent et multiplient les actions.

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Pas de viande, pas de poisson, pas de lait, pas d’œufs, pas de cuir, pas de laine… Les personnes qui ne consomment aucun produit d’origine animale sont en constante augmentation. Selon la Société végane Suisse (SVS), 1% de la population se dit désormais végane. Pour expliquer cet engouement, Cristina Roduner, porte-parole de la SVS, met en avant les soucis environnementaux (épuisement des ressources, réchauffement climatique) et de protection des animaux. Suivent la santé et les scandales alimentaires qui ont refroidi les amateurs de steaks. Si leurs sensibilités varient, ces nouveaux adeptes sont en majorité jeunes et bien formés. Et ils n’hésitent pas à lancer le débat sur la scène publique.

Le 12 juillet, environ 500 personnes ont ainsi manifesté à Berne pour «la fermeture de tous les abattoirs» – avec le soutien de la SVS. Sur l’arc lémanique, l’association PEA (Pour l’égalité animale), qui organisait un pique-nique végane dimanche à Lausanne, est née en juin de la fusion des groupes LausAnimaliste et GenevAnimaliste. «Nous voulons augmenter l’influence de notre action en faveur des animaux, pour qu’ils ne soient pas considérés comme des objets mais comme des patients moraux, souligne son porte-parole, Jérôme Dumarty. Le véganisme est la conséquence de cette conviction.» PEA annonce plusieurs actions dès la rentrée – contre le cirque, le foie gras, les fourrures ou la vivisection.

Dans les cantines

«L’idéal serait que tout le monde mange végane. Mais c’est une utopie! Chacun reste libre», s’exclame Adriano Mannino, coprésident de Sentience Politics. Cette plate-forme vise, d’ici à 2020, une «nette régression» de la consommation par habitant d’aliments d’origine animale. Créée en automne 2013, elle a lancé une première initiative à Bâle-Ville. Elle demande de promouvoir la formation de cuisiniers végétariens et végétaliens et que les cantines publiques proposant plus d’un menu offrent aussi un repas végétalien. Depuis un mois, 500 signatures ont été récoltées. Un texte similaire avait été annoncé en ville de Berne. Finalement, la voie parlementaire a été privilégiée dans un premier temps. Quant aux véganes lausannois et genevois, ils pourraient relancer des opérations l’an prochain.

Au parlement fédéral, ces initiatives sont soutenues par les conseillers nationaux Bastien Girod (Verts/ZH), Aline Trede (Verts/BE), Beat Jans (PS/BS) et Ignazio Cassis (PLR/TI). «J’ai un peu hésité mais j’estime qu’il faut encourager ces discussions, explique ce dernier. La population devrait être mieux informée sur les bénéfices de manger davantage de légumes. En tant que médecin, je ne peux qu’encourager les gens à le faire, tout en précisant que le véganisme absolu n’est pas sans problèmes pour la santé.» Le Tessinois, qui a réduit sa consommation de viande, ajoute à ses arguments une réflexion environnementale et économique: «La population mondiale s’enrichit et mange toujours plus de viande. Au final, la moitié de notre planète va se transformer en abattoir, ce n’est pas viable!»

La consommation de viande, un sujet politique? «C’est une question de responsabilité individuelle», répond Isabelle Chevalley (vert’libérale/VD), qui ne mange «que ce qu’elle peut tuer». «De tels choix doivent se faire sur une base volontaire et sans prescription supplémentaire, renchérit Jacques Bourgeois (PLR/FR), également directeur de l’Union suisse des paysans. Les cantines peuvent aussi décider seules ce qu’elles proposent en fonction de la demande.»

«Il est logique d’agir»

Les véganes rétorquent au contraire que la protection des animaux est une question politique. Bastien Girod, qui mange rarement de la viande, argumente: «En politique, nous essayons de réduire l’empreinte écologique de l’être humain dans plusieurs domaines. Un tiers de la pollution provient de notre alimentation – et surtout de l’exploitation des animaux. Il est logique d’agir dans ce domaine.» Le Zurichois reste pragmatique en précisant qu’il faut d’abord sensibiliser le public. A ses yeux, la question pourrait être abordée au Palais fédéral par le biais des soutiens à l’agriculture, en mettant davantage l’accent sur la production de légumes que sur l’élevage d’animaux.

Il faut dire qu’à Berne comme ailleurs la bataille est loin d’être gagnée pour les défenseurs de la nourriture végétale. Car si toujours plus de Suisses bannissent la viande, les statistiques de Proviande révèlent aussi que les carnivores ne mollissent pas. En 2013, la consommation de viande a augmenté de 1,4% en Suisse. Chaque habitant en a mangé 51,98 kilos, contre 51,79 kilos en 2012. (24 heures)

Créé: 29.07.2014, 11h10

Restaurants, livres et magasins

Les magasins et les restaurants véganes se multiplient en Suisse. Un supermarché devrait ouvrir l’an prochain à Zurich alors que de grands distributeurs proposent des gammes de produits surfant sur cette nouvelle tendance.
Coop annonce d’ailleurs une augmentation des ventes de ces produits d’un pourcentage «à deux chiffres» depuis l’an passé. Autre signe de cette mode, un kebab sans viande a vu le jour à Winterthour. Une cafétéria proposant uniquement des plats végétariens et véganes devrait ouvrir l’an prochain à l’Université de Zurich. A la suite d’une pétition d’étudiants, un menu végétarien est proposé chaque jour à l’Uni de Bâle et un menu végane une fois par semaine.
Pour des raisons culturelles, le mouvement est moins développé en Suisse romande. A Genève, le Helveg Café a ouvert il y a un an. Le webzine VeggieRomandie.ch est actif sur la Toile. L’Age d’Homme a aussi créé une collection végane regroupant des ouvrages sur l’alimentation, les questions philosophiques et politiques. Une autre manière de se présenter sur la scène publique. La directrice de la maison d’édition, Andonia Dimitrijevic, annonce enfin la création d’une association qui espère ouvrir prochainement un take away à Lausanne.

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