«Non, il n’y aura pas de nouvelles taxes»

Votation fédérale sur l’énergie le 21 maiLa présidente de la Confédération promet que la Stratégie énergétique ne coûtera pas plus de 40 francs par an et par ménage. Le nucléaire est abandonné.

Image: Patrick Martin

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Le 21 mai, les Suisses diront s’ils tournent le dos à l’énergie nucléaire pour favoriser les énergies renouvelables. C’est la première étape de la Stratégie énergétique 2050. Interview de Doris Leuthard, présidente de la Confédération et responsable du dossier.

– Vous dites que la transition énergétique va coûter 40 francs par an et par ménage. Cela paraît très peu pour atteindre les objectifs ambitieux de la loi…
– Les objectifs de diminution de 43% de l’énergie sont ambitieux mais réalistes. De 2000 à 2015, nous avons déjà diminué la consommation de 14,5% avec une augmentation de la population, une hausse de la mobilité et une croissance économique plus forte. Le découplage entre croissance économique et économie d’énergie est déjà un fait.

– Les référendaires disent que vous racontez n’importe quoi. Ce ne sont pas 40 francs mais 3200 que paieront les ménages. Qui dit vrai?
– Le président de l’UDC, Albert Rösti, inclut tous les projets de fiscalité écologique et les investissements dans le réseau. C’est de la mauvaise foi. Le parlement a dit non à la fiscalité écologique. De plus, il faut rappeler que les taxes d’incitation sont redistribuées à la population et à l’économie. Le calcul de la facture est donc deux fois faux. La loi soumise au vote prévoit une hausse du supplément en faveur des renouvelables. Cela représente 40 francs par ménage de quatre personnes par an. Rien de plus.

– Oui, mais le milieu politique utilise souvent la tactique du salami. On nous présente une tranche, puis une autre…
– Non, je peux vous tranquilliser. Nous devons simplement faire un choix politique. Soit vous restez dans un monde fossile où vous importez beaucoup d’énergie pour un prix global de 27 à 30 milliards par an, sachant que cet argent part pour moitié à l’étranger. Soit vous êtes prêts à payer 40 francs supplémentaires mais cet argent reste principalement en Suisse pour la production indigène. Cela vaut la peine de créer des places de travail en Suisse et pas en Arabie saoudite ou ailleurs.

– C’est l’énergie patriotique?
– Oui, en quelque sorte. L’énergie constitue aussi un enjeu stratégique. Nous voulons favoriser la production locale pour réduire notre dépendance par rapport à l’étranger. C’est bon pour la Suisse.

– Pour remplir vos objectifs sur l’énergie renouvelable, va-t-on se retrouver avec des éoliennes sur chaque montagne et des panneaux solaires sur chaque toit?
– Nous avons vraiment un large potentiel avec le photovoltaïque. Le développement technique est très rapide et permet de produire de l’électricité même en hiver, quand l’ensoleillement est faible. Nous avons des milliers de projets sur la liste d’attente et ces derniers ne vont pas porter atteinte à l’environnement. Pour les éoliennes, c’est différent. La population, surtout en Suisse alémanique, ne les aime pas trop. Donc le potentiel de mise en œuvre est limité. Nous avons établi un concept d’implantation avec les cantons mais l’autorisation reste en mains des communes. La population peut choisir: soit on construit des éoliennes, soit on importe plus de courant.

– Avec la nouvelle Stratégie énergétique, est-ce vraiment la mort du nucléaire?
– Oui. La nouvelle loi interdit la construction de nouvelles centrales. Mais le Conseil fédéral a toujours dit que l’interdiction ne concernait pas la recherche. On ne sait jamais: de nouvelles technologies peuvent émerger. Reste qu’aujourd’hui les coûts de construction d’une nouvelle centrale sont trop élevés. Vous ne trouvez personne en Suisse disposé à investir.

– En laissant faire la recherche, le nucléaire va revenir par la fenêtre…
– Non, je ne pense pas. C’est comme pour les OGM. Nous n’en voulons pas dans la nourriture mais pour la recherche nous sommes ouverts. Il est impossible de prévoir d’éventuelles percées technologiques. Si la recherche débouche sur une énergie nucléaire sûre, moins coûteuse et qui ne produit pas de déchets, pourquoi devrions-nous nous en priver? Nous n’en sommes pas là et, pour le moment, le nucléaire est une énergie du passé.

– Est-ce qu’avec l’abandon du nucléaire vous garantissez qu’il n’y aura aucun problème d’approvisionnement énergétique?
– Aujourd’hui, 75% de l’énergie vient de l’étranger. Nous sommes donc largement dépendants des importations fossiles. En réduisant la consommation de mazout et d’essence et en développant les renouvelables, nous renforçons la sécurité de notre approvisionnement. Pour l’électricité, la dépendance est moindre, mais en hiver cela fait plus de quinze ans que nous importons du courant. L’approvisionnement est donc garanti.

– En renonçant au nucléaire, on va importer davantage de nucléaire français et de courant des centrales à charbon d’Allemagne…
– Ce risque n’est pas nouveau. Depuis six ans, les prix en Europe sont très bas. Raison pour laquelle il faut développer les renouvelables. L’UE a connu une croissance économique très faible et donc une surproduction de courant. A quoi s’ajoute un prix du charbon très bas. Cela a mis en difficulté nos centrales hydrauliques. C’est ce qui nous a incités à leur verser 120 millions de francs.

– N’est-on pas dans un cercle vicieux où l’hydraulique suisse souffre en raison de subsides allemands aux producteurs d’énergie?
– La distorsion de marché est une réalité. Mais nous ne pouvons pas influencer les subsides en Allemagne. Nous pouvons en revanche accorder une aide limitée dans le temps à l’hydraulique. Cela dit, ce secteur hydraulique est responsable de ce qui lui arrive, pas l’Etat. Il a gagné beaucoup d’argent pendant quarante ans, les consommateurs n’en ont pas vraiment profité avec une baisse des tarifs et les dettes sont restées très importantes.

– Pourquoi l’Etat vole-t-il au secours des centrales hydrauliques si elles sont responsables?
– Ce n’est pas le Conseil fédéral qui l’a voulu mais les cantons. Nous ne voulions pas ouvrir la boîte de Pandore des subsides. Mais le parlement a dit oui. On peut le comprendre dans la mesure où l’hydroélectricité est une perle pour la Suisse. Il faut la conserver. Mais nous avons limité le montant à 120 millions par an pendant cinq ans.

– Tout le volet fiscalité écologique a été supprimé au parlement. Pourquoi continuer une politique de subsides? Vous ne vouliez pas faire peur aux gens en les taxant?
– Le Conseil fédéral a décidé d’en finir avec les subsides et de changer de système. Raison pour laquelle le projet prévoit un subventionnement limité dans le temps. Mais les partis ne veulent pas des taxes d’incitation. Le parlement ne veut pas augmenter le prix de l’énergie. C’est la réalité.

– C’est de la tactique politicienne. On dit d’abord qu’il n’y aura pas de taxes pour que la loi passe et ensuite vous reviendrez avec des propositions fiscales…
– Non. Pour diminuer la consommation d’énergie, nous prévoyons, comme aujourd’hui, de renforcer les prescriptions techniques sur le chauffage des bâtiments, l’éclairage, etc. Je peux vous garantir que le Conseil fédéral ne présentera pas de nouvelles taxes énergétiques. Y compris sur l’essence.

– Les centrales à gaz, c’est définitivement fini en Suisse?
– La possibilité d’en construire subsiste en théorie. Cela dépend du canton. Mais il n’y a aucune chance qu’une centrale voie le jour. Cela coûte cher, cela brûle de l’énergie fossile et la population est contre. Si on avait vraiment besoin d’un complément d’énergie en hiver, il serait plus rationnel d’en acheter en Allemagne et en Italie. Les centrales à gaz là-bas ont encore des capacités de production.

– La géothermie, après les miniséismes, a-t-elle encore un avenir en Suisse?
– Oui. Il y a des incitations financières pour les investisseurs car les forages sont extrêmement coûteux. Nous avons une vingtaine de projets sur la table. Il ne faut pas tout stopper parce que deux projets ont échoué. Cela fait partie des risques liés à toute nouvelle technologie. Ils sont tout à fait acceptables pour autant qu’ils soient maîtrisés. Sans prise de risques, ce pays serait resté au Moyen Age. (24 heures)

Créé: 06.04.2017, 06h37

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