Du Parti des paysans au premier parti de Suisse, un siècle d’UDC

ZurichLes démocrates du centre zurichois fêtent leur centenaire. La section a joué un rôle moteur dans le succès du parti national.

Christoph Blocher (au centre), en 1992, lors de la campagne contre l’accord sur l’Espace économique européen (EEE).

Christoph Blocher (au centre), en 1992, lors de la campagne contre l’accord sur l’Espace économique européen (EEE). Image: Keystone/Keystone

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La petite formation est devenue grande, très grande. Il y a 100 ans, le Parti des paysans de Zurich voyait le jour, jetant les bases de ce qui allait devenir la première force politique du pays: l’Union démocratique du centre (UDC). L’UDC Zurich célèbre dimanche l’anniversaire de son ancêtre, en présence de ses ténors. L’ancien conseiller fédéral et stratège Christoph Blocher sera bien entendu de la fête. C’est lui qui, dès les années 1990, a donné le ton de la politique de l’UDC au niveau national et mené son parti de succès en succès.

Rembobinons. En mars 1917, des agriculteurs et artisans zurichois, déçus du Parti radical, décident de faire scission et se regroupent au sein du Parti des paysans de Zurich. La révolution industrielle est alors en cours et les frondeurs reprochent à leur formation d’origine de privilégier les intérêts économiques des entrepreneurs et industriels. Le contexte politique explique aussi l’émergence de ce nouvel acteur. La Première Guerre mondiale gronde aux portes du pays tandis que la révolution agite la Russie. Les membres du Parti des paysans se rejoignent pour contrer «l’avancée socialiste», convaincus que le Parti radical ne s’oppose pas assez aux «tendances antimilitaristes et internationalistes».

Aux élections de 1917, la nouvelle formation devient le deuxième parti le plus représenté au parlement cantonal. L’année suivante, elle fait des émules à Berne et à Schaffhouse (1918), puis en Argovie (1920), au Tessin et dans le canton de Vaud (1921). En 1929, le Parti des paysans et bourgeois de Berne place un de ses membres au Conseil fédéral. Il y conservera un représentant sans discontinuer jusque dans les années 1980, signe de la domination qu’il exerce sur les autres partis paysans cantonaux. «Le parti défend alors une ligne conservatrice et une image nostalgique d’une Suisse rurale», relate l’historien Damir Skenderovic.

C’est en 1936 que les formations cantonales se réunissent au niveau national au sein du Parti des paysans, artisans et indépendants (PAI). Celui-ci compte alors 21 sièges au Conseil national et trois au Conseil des Etats. Mais dans l’après-guerre, c’est la crise. Le PAI perd une grande partie de son électorat en raison de la diminution du nombre d’agriculteurs au sein de la population (de 20% à 4%). Il ne voit d’autre solution que de s’ouvrir au centre. En 1971, il fusionne avec les partis démocratiques des Grisons et de Glaris, qui suivent une ligne sociale et libérale. L’Union démocratique du centre est née. En plus de la défense des intérêts des agriculteurs et des artisans, des thèmes comme l’écologie et la protection des consommateurs sont mis en avant. Pas suffisant pour remonter la pente. Entre 1970 et 1980, l’UDC récolte entre 9,9% et 11,6% de voix aux élections au Conseil national.

Le tournant Blocher

Arrive Christoph Blocher. Le jeune juriste prend les commandes de l’UDC zurichoise en 1977. Critique de la nouvelle orientation, il adopte une position autonome de celle du parti national, dominé par les Bernois. Et marque un virage à droite toute. Le parti se concentre davantage sur les thèmes de l’asile, de la drogue et de la sécurité. En 1992, c’est la consécration. Christoph Blocher savoure une campagne victorieuse contre l’accord sur l’EEE. Un tournant. «Il a alors acquis une renommée nationale, et l’UDC zurichoise s’est profilée comme défenseur de la neutralité et de l’indépendance suisse», rappelle le politologue Pascal Sciarini.

«Aujourd’hui, le programme national est celui de l’UDC zurichoise»

La marche en avant de la section zurichoise est lancée. Tous les partis cantonaux qui se créent le font sur son modèle. L’UDC Zurich impose ses thèmes et ses vues en matière d’asile, d’immigration et sur l’Europe. En se «blochérisant», l’UDC Suisse fait un bond, devenant le premier parti du pays aux élections de 1999 à égalité avec le PS. Avant de prendre le large. En 2015, la formation remporte 29% des voix au National.

La section zurichoise est-elle toujours aussi influente? La question ne se pose pas, selon l’ancien conseiller national zurichois Christoph Mörgeli, qui vient de publier un livre retraçant l’histoire de son parti. «Aujourd’hui, le programme national est celui de l’UDC Zurich.» (24 heures)

Créé: 17.03.2017, 07h32

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