Ce que les Chinois attendent de la Suisse

Visite d'EtatLe président Xi Jinping sera dès dimanche dans notre pays. Sa visite le conduira aussi à l’ONU et au Comité international olympique. Avec quels objectifs?

Johann Schneider-Ammann, alors président de la Confédération, et le président chinois Xi Jinping, le 8 avril dernier à Pékin.

Johann Schneider-Ammann, alors président de la Confédération, et le président chinois Xi Jinping, le 8 avril dernier à Pékin. Image: AP PHOTO

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La Suisse s’apprête à vivre à l’heure chinoise. Le président Xi Jinping entame dimanche une visite d’Etat qui passera notamment par Berne, Genève et Lausanne. Il se rendra aussi à Davos, où le Forum économique mondial débute le 17 janvier. A l’heure d’annoncer ce voyage, la semaine dernière, la Confédération soulignait que les relations bilatérales sont «toujours plus étroites». Quelles sont-elles exactement?

Entre Pékin et Berne, il y a d’abord un écueil: la Chine compte près de 1,4 milliard d’habitants, la Suisse 8,3 millions. Pourtant, l’intérêt que portent les Chinois à notre pays semble inversement proportionnel à sa taille. Lors d’une table ronde entre des médias des deux pays, organisée hier par la Chine à Genève, Sun Yusheng, directeur adjoint de CCTV (chaîne de télévision nationale chinoise), a précisé que 60 journalistes sont envoyés en Suisse. L’attention est d’ailleurs réciproque. Notre représentation à Pékin est par exemple la plus grande ambassade helvétique à l’étranger.

Les Alpes, l’économie, la politique

Le goût chinois pour la Suisse est lié à une image de carte postale. Le chocolat, les montres et les Alpes ont bonne presse dans l’Empire du Milieu. Jiang Jianguo, directeur général du Bureau de l’information du Conseil des affaires d’Etat chinois, a encore évoqué, hier à Genève, une contrée «aux paysages pittoresques».

Dans les relations bilatérales, les questions économiques tiennent bien sûr le haut du pavé (lire ci-dessous). Précisons que l’accord de libre-échange, en vigueur depuis mi-2014, a été le premier signé avec une nation d’Europe continentale et avec l’une des 20 plus grandes économies du monde. Mais de part et d’autre, on aime aussi rappeler que la Suisse a été l’un des premiers pays occidentaux à reconnaître la Chine de Mao, en 1950. «Comme pays neutre et n’appartenant pas à certaines organisations internationales, elle a pu servir de tête de pont en Europe et de marché test, note Jean-Philippe Jutzi, chef de la communication à l’ambassade de Suisse à Pékin. C’est d’ailleurs toujours le cas.»

Priorité à l’innovation

Cette visite doit aussi permettre d’approfondir une autre dimension, plus récente, de nos relations. Au printemps dernier, Johann Schneider-Ammann, alors président de la Confédération, a signé en Chine un partenariat stratégique pour l’innovation, ainsi que des accords dans le domaine de la protection de l’environnement et de la recherche. «Le but est de voir avec les partenaires économiques, académiques et scientifiques comment ce partenariat peut être concrétisé», précise Jean-Philippe Jutzi.

Il pourrait par exemple s’agir d’accords entre universités et d’échanges d’étudiants. Jean-Philippe Jutzi ajoute que la Direction du développement et de la coopération est très présente en Chine, avec des programmes dans le domaine de l’eau et de la lutte contre la pollution. Cette dernière question est importante pour Pékin. La pollution, souligne Jiang Jianguo, s’est aggravée durant la deuxième moitié de l’an dernier, notamment en raison du froid. Les médias chinois insistent pour leur part sur la dimension «innovante» de notre pays, et le potentiel de coopération dans la haute technologie.

Préparation des Jeux olympiques

Durant son séjour, Xi Jinping se rendra aux sièges de l’ONU et de l’Organisation mondiale de la santé, à Genève. C’est aussi la première fois qu’un président chinois participera au Forum de Davos (ce sera le 17 janvier). Cela montre la volonté d’ouverture de ce pays et celle de compter sur la scène internationale. Rappelons à ce sujet le projet «One Belt, One Road», présenté comme la nouvelle route de la Soie. Le but est de renforcer les relations économiques chinoises en développant notamment un réseau de transport et d’infrastructures en direction de l’Asie centrale.

Enfin, n’oublions pas que la Chine prépare les Jeux olympiques d’hiver 2022. La Suisse ayant «plus d’expérience», Pékin compte approfondir la collaboration dans ce domaine, confirme Jiang Jianguo. Le président chinois est d’ailleurs annoncé le 18 janvier au Comité international olympique, à Lausanne. Sur le même sujet, «la Chine a aussi la volonté de développer ses sports d’hiver et d’améliorer ses infrastructures dans ses régions touristiques», conclut Jean-Philippe Jutzi.


Droits de l’homme

La Suisse a été la première à ouvrir le dialogue

En 1991, la Suisse a été le premier pays du monde à ouvrir un dialogue bilatéral sur les droits de l’homme avec la Chine – un dialogue qui se poursuit. Cette question a aussi mené à un incident diplomatique en 1999. En visite à Berne, le président d’alors, Jiang Zemin, avait été confronté à des manifestants pro-Tibet. Il avait déclaré dans la foulée que la Suisse venait de perdre un ami.

Cette fois, les contestataires seront certainement tenus à distance. Vendredi dernier, des professeurs, des entrepreneurs, des journalistes, des juristes et des artistes ont déposé à Berne une pétition demandant que les questions de la protection de l’environnement et du respect des droits humains figurent au programme de la visite. Le directeur général du Bureau de l’information du Conseil des affaires d’Etat chinois, Jiang Jianguo, l’a assuré hier: «La liberté politique et la liberté d’expression existent en Chine. Nous sommes une démocratie consultative, du haut vers le bas.» Le recours à des consultations pour des arrêts juridiques est inédit et n’est pas appliqué en Occident, a-t-il justifié, en appelant «à mieux connaître» son pays et sa «démocratie enracinée dans notre culture». C.Z./ATS (24 heures)

Créé: 11.01.2017, 06h39

Economie

La Chine, premier partenaire de la Suisse en Asie

En novembre dernier arrivait à Genève une délégation chinoise pour plusieurs séances importantes à huis clos. Autour de la table prenaient place Zhu Jun, directrice des affaires internationales de la Banque centrale chinoise, et d’autres responsables de l’autorité de tutelle du secteur bancaire chinois. Face à eux, Alexander Karrer, secrétaire d’Etat suppléant aux questions financières internationales, des cadres de la Banque nationale suisse, de l’autorité en charge de la surveillance du secteur financier (Finma) et du Département fédéral des affaires étrangères. Ces rencontres portaient sur le renminbi, la monnaie chinoise, et le rôle de la Suisse dans sa transformation en une devise internationale. Un point capital pour la Chine, mais aussi pour la Suisse.

Les échanges entre la Confédération et l’Empire du Milieu sont anciens. La Suisse a été l’un des premiers pays occidentaux à reconnaître en 1950 la nouvelle République populaire de Chine et, en 2007, l’un des premiers d’Europe à reconnaître la Chine en tant qu’économie de marché.

Dès lors, les échanges entre les deux Etats se développent à toute allure. La patrie de Mao représente même depuis 2010 le principal partenaire commercial de la Suisse en Asie et son troisième partenaire commercial global, derrière l’Union européenne et les Etats-Unis.

Les conditions pour développer ces échanges se sont améliorées dans un passé récent. A l’issue de négociations lancées en janvier 2011, un accord bilatéral de libre-échange a été signé à Pékin en juillet 2013 et est entré en vigueur le 1er juillet 2014. Il a stimulé les échanges: au cours des douze premiers mois suivant son entrée en vigueur, le volume des échanges entre la Suisse et la Chine a augmenté bien plus qu’entre la Suisse et le reste du monde. En 2005, la Suisse a exporté pour 3,2 milliards de francs vers l’Empire du Milieu; une décennie plus tard, ce chiffre a presque triplé. En 2015 en effet, des marchandises portant sur une valeur totale de 8,9 milliards de francs ont été écoulées dans la patrie de Mao, selon les douanes suisses.

Les relations commerciales entre la Suisse et la Chine apportent des avantages considérables aux deux partenaires. Lorsque la production économique chinoise gagne 1%, la demande de marchandises suisses en Chine progresse de 3,4%, un chiffre nettement plus élevé que pour d’autres partenaires commerciaux comme la zone euro (2,7%) et les Etats-Unis (2,2%), selon une étude.
O.W/R.ET.

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