Intégrer les migrants par le travail, de gré ou de force

AsileLe socialiste bernois Rudolf Strahm jette un pavé dans la mare. Plus facile à dire qu’à faire, réagissent les spécialistes.

Un migrant de l’EVAM entretient des tombes au cimetière du Bois-de-Vaux, à Lausanne.

Un migrant de l’EVAM entretient des tombes au cimetière du Bois-de-Vaux, à Lausanne. Image: Keystone

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Le socialiste alémanique Rudolf Strahm a l’habitude des coups d’éclat. En début de semaine, il a une nouvelle fois jeté un pavé dans la mare en s’attaquant à la question de l’intégration des réfugiés dans la vie professionnelle, plus que défaillante aujourd’hui. «En Suisse, l’intégration passe par le marché du travail. Et sur ce point, nous sommes en recul, dénonce cet ancien spécialiste des questions économiques au sein du PS dans le Blick. Le système actuel est une véritable bombe à retardement.»

Le problème, selon lui: le recours quasi systématique à l’aide sociale, une filière qui ne promeut pas l’intégration. En 2014, 8 réfugiés sur 10 en ont bénéficié. Et si rien n’est fait, les nouveaux réfugiés qui vont affluer cette année iront gonfler le nombre de personnes qui dépendent déjà de ce soutien.

Aux yeux du Bernois, la solution passe par un mélange d’incitation et de sanctions financières. Rudolf Strahm propose d’instaurer un délai au-delà duquel les bénéficiaires de l’aide sociale devraient effectuer un stage ou une formation, comme c’est le cas pour les chômeurs. S’ils ne le font pas, ils verraient leur prestation réduite. Les cantons et les communes devraient de leur côté s’engager à créer des programmes d’occupation, par exemple dans le nettoyage des quartiers ou des forêts. Et sinon? Les subventions de la Confédération seraient diminuées.

Utopique ou réaliste? L’idée fait réagir les spécialistes. «Laisser traîner les choses est malsain, tant pour les personnes concernées que pour la société, souligne Stefan Frey, porte-parole de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés. Et le système actuel ne leur permet pas de s’intégrer.» Giovanni Ferro-Luzzi, professeur en économie à l’Université de Genève et à la Haute Ecole de gestion de Genève, émet, lui, des réserves. «Le travail est la meilleure façon d’intégrer les réfugiés. Mais les expériences faites avec les programmes d’occupation pour les personnes au chômage montrent que ces emplois publics ne sont pas toujours efficaces ni très intégrateurs.»

Les politiques, eux, accueillent l’idée assez fraîchement. «En théorie, la proposition de Rudolf Strahm est correcte. Mais, à mon avis, elle n’est pas réalisable, réagit le conseiller national Heinz Brand (UDC/GR), spécialiste de l’asile au sein de son parti. Les cantons font déjà beaucoup de choses dans ce domaine, mais les résultats sont rares.» Le Grison redoute le coût de tels programmes.

Un système coûteux

Son collègue Kurt Fluri (PLR/SO), également maire de Soleure, ajoute qu’il faudrait engager des personnes pour encadrer les réfugiés. La conseillère d’Etat fribourgeoise Anne-Claude Demierre (PS), également vice-présidente de la Conférence des directeurs cantonaux des Affaires sociales, conclut que les moyens alloués aujourd’hui par la Confédération ne suffiraient pas, alors même que des mesures d’économie sont prévues dès 2018. «Avant de prévoir des mesures contraignantes, il faut supprimer les barrières actuelles en assurant l’équivalence des diplômes, en supprimant la taxe de 10% du salaire ou les exigences administratives», souligne la conseillère nationale Cesla Amarelle (PS/VD).

Quels travaux à proposer?

Au-delà du principe, reste à voir quels travaux pourraient être proposés aux migrants qui, dans leur majorité, sont peu formés? En Suisse, le taux de chômage des personnes sans qualification professionnelle est déjà d’environ 10%. «Les travaux les plus simples sont rationalisés ou effectués à l’étranger, souligne Kurt Fluri, qui est aussi président de l’Union des villes suisses. A Soleure, nous pouvons nettoyer les rives de l’Aar. Mais pas tous les jours!»

Pour Etienne Piguet, vice-président de la Commission fédérale des migrations, le risque est que les communes soient contraintes d’inventer des activités qui ne servent à rien, comme cela se voit dans la protection civile. Les petits jobs peu qualifiés proposés aux réfugiés présentent un autre danger: celui du dumping salarial. «Avec de telles occupations, on est à la limite de l’exploitation des travailleurs, qui sont mal payés et n’ont pas d’emploi stable. Cela n’est pas non plus motivant pour eux», résume Giovanni Ferro-Luzzi. Cette question préoccupe évidemment les syndicats, qui veillent au grain. Dans le canton de Vaud, Unia s’est par exemple opposée au projet de la Confédération et de l’Union suisse des paysans visant à embaucher des réfugiés dans l’agriculture, parce que le salaire était en dessous du contrat type durant le premier mois.

Former, une nécessité

La solution pourrait passer par la formation. C’est en tout cas l’avis de la Conférence suisse des institutions d’action sociale. Dans un rapport publié en novembre, elle souligne l’importance de débuter le plus vite possible des programmes de qualification des migrants. Et estime même que l’obligation de suivre un tel cours devrait être inscrite dans la loi sur l’asile. Le débat ne fait que commencer. (24 heures)

Créé: 19.02.2016, 06h56

Créer un bonus pour les employeurs?

«Pour différentes raisons, la productivité d’un demandeur d’asile est assez faible au début de son séjour, note Etienne Piguet. Ce n’est pas forcément attirant pour les employeurs.» Plutôt que de baisser les salaires, le professeur avance l’idée d’une?troisième voie, celle d’encourager les patrons en versant un bonus à ceux qui embauchent un réfugié. «Cela mérite vraiment d’être étudié, salue Stefan Frey, porte-parole de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés. Ensuite, il faudrait voir comment l’appliquer dans l’économie privée, en discutant notamment avec les syndicats.» Aldo Ferrari, vice-président du syndicat Unia, se montre lui aussi intéressé par un tel soutien aux entreprises. «Mais il faut exiger un plan de formation», précise-t-il. Heinz Brand, en revanche, n’y croit pas. Il avance là aussi le problème des compétences. «Prenez l’horlogerie: on ne peut pas engager des gens sans formation professionnelle!» s’exclame-t-il. Alors, que faire? «Il faut éviter que ces gens viennent chez nous, et trouver des solutions à?la source», conclut l’élu démocrate du centre.

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