«Spéculer sur les denrées alimentaires est nuisible»

Votations du 28 févrierL’Alliance romande contre la spéculation sur les denrées alimentaires présente ses arguments avant le vote du 28 février.

Muriel Waeger, vice-présidente de la Jeunesse Socialiste Suisse.

Muriel Waeger, vice-présidente de la Jeunesse Socialiste Suisse. Image: Keystone

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«Jeu de casino», marché «détestable», «nuisible à l’économie et à l’agriculture»… L’Alliance romande contre la spéculation sur les denrées alimentaires n’avait pas de mot suffisamment fort, hier à Lausanne, pour condamner ces opérations financières. Et pour défendre l’initiative soumise au peuple le 28 février (lire ci-dessous) .

La spéculation, ils ne l’aiment pas. Celle sur les denrées alimentaires est, à leurs yeux, particulièrement problématique car elle touche à un besoin de base. Muriel Waeger, vice-présidente de la Jeunesse socialiste suisse, cite les crises alimentaires de 2008 et de 2012, qui «n’auraient pas été possibles sans spéculation sur la nourriture». Les initiants rappellent encore que près de 1,8 milliard de personnes souffrent dans le monde de la faim ou de la malnutrition.

La spéculation compte pour 60% dans les fluctuations de prix

Selon une étude citée par Samuel Bendahan, député socialiste au Grand Conseil vaudois et docteur en sciences économiques, environ 60% des fluctuations des prix dans le domaine alimentaire sont liées à la spéculation. «Les études présentent des chiffres plus ou moins importants, précise-t-il. Mais si des gens spéculent dans ce domaine, c’est parce que c’est rentable.» En Suisse, par exemple, les fonds de pension et d’investissement comprennent souvent des produits de placement liés à ces marchés.

L’initiative, souligne-t-il, n’empêche pas d’acheter des produits alimentaires et d’en faire le négoce. Le maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne distingue ainsi l’investisseur, qui place son argent dans une production, du spéculateur, qui ne fabrique rien. «Il est là pour gagner le plus d’argent possible, le plus vite possible. C’est souvent le producteur qui perd cet argent, ou le consommateur à travers des prix d’achat trop élevés par rapport aux coûts de production.»

«Nous ne voulons pas qu’un jour les prix de l’eau et de l’air dépendent également du caprice de la Bourse»

Pour les initiants, il faut poser une limite. «Nous ne voulons pas qu’un jour les prix de l’eau et de l’air dépendent également du caprice de la Bourse», martèle Muriel Waeger. Ilias Panchard, coprésident des Jeunes Verts, pointe aussi du doigt une «incohérence». D’un côté, notre pays dépense des millions de francs par année dans des programmes de sécurité alimentaire. «Dans le même temps, il abrite parmi les plus grandes entreprises responsables des fluctuations massives des prix des aliments dans les zones les plus sensibles et pauvres de la planète.»

Selon Muriel Waeger, 30% de la spéculation alimentaire mondiale se fait dans notre pays. «Agir ici ne va pas régler le problème, admet Samuel Bendahan. Mais cela va dans le bon sens. Et avec notre système de 2e pilier, la décision de ne plus investir dans ce secteur aurait un impact.»

Coût de 100 millions par an pour l'agriculture suisse

Quitte à perdre des emplois? «Trois fermes disparaissent chaque jour en Suisse, notamment à cause de la spéculation, s’exclame Rudi Berli, agriculteur genevois membre d’Uniterre. Qu’on ne vienne pas me dire que notre initiative détruit des places de travail!»

Cette spéculation coûterait aussi près de 100 millions de francs par année à l’agriculture helvétique. La baisse du prix du lait et la hausse de celui du fourrage sont citées en exemple. «Nous ne pouvons plus investir dans la production future car nous ne savons pas comment les prix vont évoluer», regrette Rudi Berli, avant de conclure qu’il est «immoral de profiter de la misère pour s’en mettre plein les poches sans se salir les mains» . (24 heures)

(Créé: 11.01.2016, 19h15)

Ce que demande l’initiative

L’initiative «Pas de spéculation sur les denrées alimentaires» a été lancée par les Jeunes socialistes. Elle demande d’interdire aux entreprises ayant leur siège ou une succursale en Suisse les opérations financières spéculatives liées à des matières premières agricoles et à des denrées alimentaires. Le texte est soutenu par la gauche et par de nombreuses organisations non gouvernementales. La droite, le Conseil fédéral et les milieux économiques y sont opposés.

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