«La sécurité des patients est en danger!»

SantéLes infirmiers s'inquiètent de la pénurie de personnel. Ils lancent une initiative pour revaloriser leur statut

C'est une première pour les infirmiers: ils lancent une initiative qui a notamment le soutien des conseillers nationaux Marina Carobbio (PS/TI) et Christian Lohr (PDC/TG).

C'est une première pour les infirmiers: ils lancent une initiative qui a notamment le soutien des conseillers nationaux Marina Carobbio (PS/TI) et Christian Lohr (PDC/TG). Image: Keystone

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«Les soins infirmiers sont un des piliers du système de santé. Mais ce pilier est en train de s’effondrer.» L’appel a été lancé ce mardi matin à Berne par la conseillère nationale Marina Carobbio (PS/TI). La Tessinoise a soutenu en ces termes une initiative populaire de l’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) «Pour des soins infirmiers forts». Ce texte demande aux Cantons et à la Confédération d’investir davantage dans la formation, d’améliorer les conditions de travail des soignants et de leur donner plus d’autonomie.

«Notre futur système de soins est menacé si des mesures efficaces ne sont pas enfin prises contre la pénurie du personnel», renchérit Helena Zaugg, présidente de l’ASI. Depuis cinq ans, seuls 43% des infirmiers nécessaires ont été formés. Il aurait fallu délivrer 10'000 diplômes supplémentaires pour répondre aux besoins. Les charges administratives ont augmenté, réduisant le temps accordé aux malades. «Cela met la sécurité des patients en danger et cause du stress et de l’épuisement chez les soignants», souligne encore l’ASI.

Aujourd’hui, sur cinq infirmiers accédant au marché du travail en Suisse, deux ont un diplôme étranger. L’ASI ajoute que l’augmentation du nombre de personnes souffrant de maladies chroniques va encore augmenter les besoins. L’Observatoire suisse de la santé (Obsan) estime ainsi que les besoins en personnel soignant vont croître de 36% à l’horizon 2030.

La solution? Les infirmiers demandent des conditions de travail plus attrayantes - au niveau des horaires, des services de piquet, des possibilités de formation continue. Une meilleure rémunération est aussi exigée, notamment pour attirer davantage d'hommes. Le but est de recruter du personnel, mais aussi de le garder. Car c’est un autre problème relevé par l’Obsan: plus de 45% des infirmiers quittent leur profession - que ce soit pour en exercer une autre ou pour cesser toute activité.

L’initiative vise aussi à augmenter l’autonomie du personnel soignant. Pour l’instant, un infirmier ne peut se faire payer des prestations que si un médecin a délivré une ordonnance. Helena Zaugg donne un exemple: «Il est inadmissible que les infirmières aient besoin d’une ordonnance médicale, par exemple pour enfiler des bas de compression à une patiente ou l’aider à faire sa toilette!»

Une initiative parlementaire de l’ex-conseiller national Rudolf Joder (UDC/BE) visant à assouplir cette règle a été débattue au Conseil national. Le projet a toutefois été modifié puis enterré en avril 2016. Ses opposants, parmi lesquels le Conseil fédéral, craignaient une hausse des coûts. C’est suite à cet échec que les infirmiers, comme les médecins généralistes avant eux, ont décidé de se tourner vers le peuple. Un signe du malaise qui touche la profession? Une praticienne nous livre ses impressions. (24 heures)

Créé: 17.01.2017, 14h12

Témoignage

Une accélération

Christine Kenel Scagnetti, 52 ans, consultante en soins infirmiers au sein de la Fondation de La Côte pour l’aide et les soins à domicile et la prévention, nous livre ses impressions

Centre de traitement et de réadaptation, hôpital, soins à domicile... Comme infirmière, Christine Kenel Scagnetti a travaillé dans de nombreux secteurs. Dans sa fonction de consultante, elle reste davantage au bureau. Et recrute notamment du personnel - souvent à l’étranger. «En plus de renforcer les compétences des infirmières, un des buts du bachelor en soins infirmiers est d’augmenter l’attractivité de notre profession en Suisse. Mais certains jeunes se disent peut-être que, quitte à étudier quatre ans après le bac, autant devenir médecin... Ils gagneront mieux leur vie et seront plus autonomes.»

Selon la Nyonnaise, ce dernier point est crucial: on ne laisse pas assez d’autonomie aux infirmiers. Le problème? A domicile notamment, seuls les soins prescrits par un médecin sont remboursés par l’assurance-maladie. Et le soignant ne peut pas, par exemple, décider de son propre chef de traiter une plaie. «En plus des soins médicaux, les patients âgés (qui sont toujours plus nombreux) ont besoin d’explications, de conseils, de surveillance et d’aide pour suivre leur traitement. C’est le cœur du métier de l’infirmière, qui a les compétences pour gérer cela de manière autonome.»

Durant sa carrière, Christine Kenel Scagnetti a vu de nombreux collègues jeter l’éponge. Si le travail était déjà éprouvant il y a 25 ans, tout s’est accéléré «de façon vertigineuse» et les tâches administratives ont augmenté. «On demande toujours plus de rentabilité, ce qui diminue la qualité des soins et augmente les risques, ajoute-t-elle. Certaines personnes me disent que le métier n’a plus de sens parce qu’elles n’ont pas assez de temps à consacrer aux patients.»

Après la naissance de ses enfants, Christine Kenel Scagnetti ne voulait plus s’occuper des autres. Elle a arrêté les soins. «J’en avais soupé», relève-t-elle simplement. Pourtant, elle n’hésiterait pas une seconde avant de recommander son métier. Parce qu’il est varié, évolue avec les techniques, offre des possibilités de formation continue et d’évolution professionnelle - dans le domaine de la clinique, de la pédagogie ou du management. Le temps partiel est possible... Et il n’y a aucun risque de chômage.

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