Oskar Freysinger sort son «Petit Livre rouge» en solo

EnseignementLe ministre valaisan choisit une forme originale pour exposer ses conceptions. Les enseignants optent pour la prudence.

Le livret pédagogique d’Oskar Freysinger a été distribué
à l’ensemble des directions des écoles du canton.

Le livret pédagogique d’Oskar Freysinger a été distribué à l’ensemble des directions des écoles du canton. Image: Keystone

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C’est une petite brochure à couverture violette présentant dix thèses sur l’école, développées sur une à deux pages. Tiré à 5000 exemplaires, pour un coût de 2000 francs, cet opuscule ne ferait guère parler de lui si son auteur n’était autre qu’Oskar Freysinger. Et si le chef du Département valaisan de la formation et de la sécurité (DFS) n’avait pas décidé d’envoyer son ouvrage à toutes les directions des établissements du canton.

Réflexions personnelles

«Ce sont des idées sur l’enseignement que j’ai mûries fort de mon expérience comme enseignant et comme chef de département», explique l’intéressé. Des réflexions personnelles donc, qui ont été relues par son conseiller en communication et par quelques personnes dans son service. Bien que le logo du DFS figure en bonne place sur la couverture, le ministre UDC n’y voit pas de confusion des genres. «C’est une démarche personnelle. Il ne s’agit pas de directives ou de mesures concrètes. J’ai voulu amorcer une réflexion dans la société civile sur l’acte d’enseigner.»

Une opération de com

«C’est une pure opération de communication», rétorque Olivier Solioz. Pour le président de la Société pédagogique valaisanne (SPVal), les thèses d’Oskar Freysinger ne sont pas une surprise: «Il les avait déjà exposées en août 2015, lors de la conférence des directeurs d’établissement.» Même s’il juge que nombre de ces thèses enfoncent des portes ouvertes, Olivier Solioz en conteste d’autres, comme l’accent mis sur la mémorisation de dates ou de lieux. «Un tel apprentissage n’a de sens que s’il s’inscrit dans l’étude d’une période ou d’une région.»

Il en va de même des notes – «Il faut les préférer aux appréciations, forcément teintées de jugements subjectifs», écrit le ministre –, qui ne peuvent pas être, selon le président de la SPVal, un outil unique d’évaluation. Olivier Solioz craint aussi une ingérence du ministre lorsque ce dernier évoque un «enseignement basé sur les contenus». «De quels contenus parle-t-on, la culture générale doit-elle être la même pour tous?» s’interroge-t-il.

Culte de la personnalité

Le conseiller national Philippe Nantermod (PLR) ne s’émeut guère du fond: «Oskar Freysinger fait beaucoup de théorie et pas beaucoup d’action.» L’élu s’interroge en revanche sur la forme: «On dirait une publication officielle du Directeur du service informatique (DSI). Le comble, c’est que son auteur critique l’école alors qu’il la dirige. S’il veut la réformer, il y a des procédures pour ça.» Pour le Montheysan, ce «Petit Livre rouge» rappelle le culte de la personnalité de rigueur sous d’au­tres régimes. «Finalement, ça ressemble assez au personnage.»

«Tout le monde n’est pas génial, tout le monde n’est pas un Mozart qui ne demande qu’à être révélé»

Il en faut un peu plus pour dés­arçonner Oskar Freysinger. «J’ai le plus grand respect pour la liberté pédagogique. Le Valais n’est pas le canton de Vaud, où il faut en référer au département pour le moindre crayon.» Avec cette brochure destinée à tous ceux qui voudront bien la lire – directeurs, enseignants, parents et citoyens en général –, le ministre veut prendre ses distances avec «l’école des post-soixante-huitards fumeurs de kékés. Tout le monde n’est pas génial, tout le monde n’est pas un Mozart qui ne demande qu’à être révélé.»

(24 heures)

Créé: 02.03.2016, 20h51

Une certaine idée de l'école

1. La pédagogie est un art de vivre, non une science exacte: elle capte l’attention de chaque élève.
2. Pour une école de l’élévation: elle suscite l’engagement de l’élève.
3. Pour un enseignement basé sur les contenus: l’élève doit apprendre à apprendre, puis acquérir du savoir.
4. La qualité de l’école dépend de la qualité des enseignants.
5. Pour un retour aux fondamentaux: la langue maternelle, les maths, etc.
6. Pour la dignité de l’école: elle doit être en prise avec son temps et au-dessus des modes.
7. Les fins commandent les moyens et non l’inverse: l’approche de l’informatique est subordonnée à un savoir.
8. L’école est aussi une école de vie: elle pose des repères et forme une culture morale.
9. L’école promeut les langues.
10. La subsidiarité plutôt que la centralisation: pour le fonctionnement de l’école, les décisions doivent être prises au plus près du quotidien.

Les thèses peuvent être consultées sur le site de la Société pédagogique valaisanne www.spval.ch

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