Des militants s'en prennent à la publicité pour sauvegarder le climat

GenèveDénonçant une surconsommation nuisible à la planète, le Réseau d'objection de croissance pirate des affiches.

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«Nuit gravement au climat!» C'est l'avertissement que des militants du Réseau d'objection de croissance ont apposé samedi matin sur des affiches publicitaires à la gare genevoise de Cornavin. Cette action intervenait dans le cadre de la «Journée sans achat» et à l'avant-veille de l'ouverture du sommet de Paris sur le changement climatique.

La presse avait été invitée, avec un rendez-vous révélé à la dernière minute, à suivre une dizaine de membres, tous déterminés, mais dépourvus de la moindre hostilité. Première «victime» choisie: une affiche, déjà ciblée par un bandeau dénonçant une «pollution visuelle», où un célèbre compatriote adepte du tennis vante les mérites d'une marque allemande de voitures haut de gamme. Armé d'un adhésif en spray, le groupe déclenche l'assaut. Les méfaits présumés du véhicule sur l'atmosphère terrestre se retrouvent fustigés au moyen d'un panneau blanc, au graphisme évocateur des avertissements qui ornent les produits tabagiques. L'acte est illicite, s'agissant d'une atteinte à la propriété. Il est perpétré sous le regard approbateur de passagers attendant le prochain Intercity attendu sur la voie 4.

Désobéissance assumée

Chirugien spécialiste en transplantations à l'Hôpital cantonal, Pietro Majno n'a aucun problème à se montrer au photographe et révéler son identité. «C'est l'un des principes de la désobéissance civile, explique-t-il. Nous assumons ce que nous faisons et, si nous sommes poursuivis en justice, nous utiliserons le procès comme une tribune.» Une forme de publicité, en somme, à laquelle le groupement se déclare fortement allergique. Surtout en ces lieux. «Le problème, à la gare, à la différence d'un journal où vous pouvez tourner la page, c'est que vous n'avez d'autre choix que de regarder ces publicités, s'insurge Pietro Majno. Or, ces annonces imposent des modèles impossibles et créent de l'insatisfaction pour pousser les gens à la consommation.»

L'escouade part s'attaquer, dans le couloir traversant l'aile Est de la gare, à une autre cible: un panneau lumineux promouvant une carte bancaire, sur fond de cocotiers ensoleillés. On comprend moins. Le groupe argumente: rejoindre ce paysage exotique risque d'impliquer des émissions polluantes importantes; mais c'est aussi le principe crédit qu'il fustige, accusé qu'il est d'être, aux côtés de l'obsolescence programmée et de la publicité, l'un des principaux moteurs de la croissance économique.

La décroissance par le tricot

Et pourquoi donc cette allergie aux embellies du produit intérieur brut (PIB), généralement saluées avec enthousiasme? «La croissance est impossible sans faire augmenter la consommation de matière et d'énergie, avec toutes les émissions polluantes qu'impliquent leur production, martèle Pietro Majno. Ceux qui prônent une croissance immatérielle sont des charlatans qui n'ont rien compris aux lois de la physique. Nous sommes favorables à une baisse raisonnée et choisie du PIB dans les pays riches, pas au Burkina Faso!»

La discussion se poursuit. Faire chuter le PIB ne revient-il pas à faire croître le chômage? Le groupe appelle à mieux distribuer le travail: la diminution de la pollution doit ainsi se coupler à une réduction des inégalités. Vaste programme, donc. Mais les membres du réseau détaillent aussi les mesures prises au quotidien pour éviter le gaspillage et mieux préserver le capital naturel de la planète. Et, pour résumer, cela commence par renoncer au superflu et à la multiplicité des choix, pour se centrer sur l'essentiel. Une militante, qui affirme se passer toujours davantage de sa voiture, loue auprès du journaliste les vertus des blocs-notes en papier recyclé et lui recommande de tricoter désormais ses propres bonnets en réutilisant de la laine usagée. (24 heures)

Créé: 28.11.2015, 13h01

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