Pourquoi l’UDC peine à se maintenir au pouvoir

Suisse romandeLes démocrates du centre n’ont plus de représentant dans un gouvernement cantonal en Suisse romande. Seul un Romand est présent à l’Exécutif bernois.

Oskar Freysinger était le dernier élu UDC dans un Exécutif cantonal romand.

Oskar Freysinger était le dernier élu UDC dans un Exécutif cantonal romand. Image: OLIVIER MAIRE/Keystone

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«Oskar Freysinger songe à arrêter ses activités politiques», dit Jérôme Desmeules, coprésident de l’UDC du Valais romand. Le candidat malheureux va-t-il quitter la scène publique? Il ne nous a pas répondu ce lundi. Une chose est sûre, son éviction du gouvernement cantonal n’est pas seulement un coup dur personnel. Avec son échec, l’UDC n’a plus de conseiller d’Etat dans les cantons romands. Au total, le parti compte 22 représentants dans des gouvernements cantonaux, mais tous en Suisse alémanique. Certes, il y a dans ce panorama un francophone: Pierre Alain Schnegg. Mais c’est à l’Exécutif bernois qu’il siège depuis juillet 2016.

En 2013, les sections romandes de l’UDC ont pourtant réussi deux percées. En mars, Oskar Freysinger entrait triomphalement au Conseil d’Etat valaisan. Il arrivait en tête des élections, avec pas moins de 8000 voix d’avance sur la socialiste Esther Waeber-Kalbermatten. Dans la foulée, Yvan Perrin était élu à l’Exécutif neuchâtelois en mai. Mais le triomphe n’a pas duré. En novembre 2013 à Genève, Céline Amaudruz terminait avant-dernière de la course au Conseil d’Etat. Suite à son burnout, Yvan Perrin présentait sa démission en juin 2014. En novembre dernier dans le canton de Fribourg, Stéphane Peiry n’a pas non plus réussi à reprendre un siège perdu il y a vingt ans. Malgré une alliance de son parti avec le PDC et le PLR, les électeurs de centre droit ont été réticents à voter pour cet homme proche des milieux économiques.

Le succès de profils plus consensuels

A ces échecs se sont ajoutées des tensions. Dans le canton de Vaud, Claude-Alain Voiblet était exclu du parti en avril 2016. En juin, Jean-Charles Legrix était évincé de l’Exécutif de La Chaux-de-Fonds, les électeurs lui préférant un colistier plus consensuel. De mauvais augure pour un parti qui comptait sur les francophones pour dépasser les 30% des suffrages.

Pourtant, l’UDC avance dans les gouvernements cantonaux. En 1991, la formation y comptait 15 représentants. Ils sont désormais 22. Tous dans des cantons à majorité alémanique. Alors, qu’est-ce qui cloche côté romand? «C’est quelque chose que nous devons améliorer», admet le secrétaire général Gabriel Lüchinger. Le parti a ainsi engagé un responsable pour la Suisse romande, qui devra soutenir les sections locales dans cette tâche à l’interne, a-t-il indiqué à l’ATS. Seule consolation, Pierre Alain Schnegg, originaire du Jura bernois, l’a emporté haut la main face à Roberto Bernasconi (PS), lors de l’élection complémentaire à l’Exécutif bernois il y a un an. Il a même fait passer le gouvernement cantonal à droite après dix ans de majorité rose-verte. Dans cette revue des sommets, relevons l’élection au Conseil fédéral de Guy Parmelin, en décembre 2015.

Le Vaudois a un point commun avec Pierre Alain Schnegg: il ne fait guère de vagues. «La question est bien plus liée au style qu’aux idées, précise Oscar Mazzoleni, politologue et professeur à l’Université de Lausanne. Le conseiller fédéral Ueli Maurer, par exemple, est l’expression de l’UDC dont il a été le président. Mais il arrive à se glisser dans le système.» Le politologue pointe du doigt la jeunesse de plusieurs sections romandes (Genève, Neuchâtel, le Valais), dont les représentants ont été formés «à la direction nationale, sous l’influence de Christoph Blocher». Parmi eux, certains ont du mal à se fondre dans le moule et rencontrent beaucoup d’adversaires. C’est le cas d’Oskar Freysinger qui a dû faire face au PDC et au PLR valaisans. «D’un vote pour ou contre l’UDC, cette élection s’est transformée en un plébiscite pour ou contre lui», résume Yvan Perrin, aujourd’hui président de l’UDC neuchâteloise.

Des personnalités «plus lisses» se heurtent aussi au fait que les autres partis ne veulent pas se rapprocher de l’UDC, ou que les électeurs ne suivent pas. «Cette capacité à faire des alliances avec le centre droit est fondamentale, poursuit Oscar Mazzoleni. L’UDC y parvient par exemple dans les cantons d’Argovie et de Zurich.» Dans ces deux cantons, les agrariens font davantage partie du paysage. «Et les PLR n’appartiennent pas à l’aile la plus progressiste du parti», ajoute le spécialiste. Dans cette logique, le système de vote majoritaire, employé dans les élections gouvernementales, dessert l’UDC. «Nous devrions essayer de proposer des élections à la proportionnelle», note Céline Amaudruz, vice-présidente du parti.

Cela étant, il faut relativiser les échecs en Suisse romande. D’abord, l’UDC y enregistre de bons résultats dans les élections parlementaires. «L’UDC valaisanne a par exemple gagné deux sièges au Grand Conseil. Le parti réussit donc à imposer sa propre ligne», commente Oscar Mazzoleni. Ensuite, les sections alémaniques ont malgré tout du mal à grimper à l’Exécutif. Ainsi, l’UDC est le parti qui, en Suisse, a le plus de sièges dans les parlements cantonaux. Mais il pointe au quatrième rang pour les gouvernements cantonaux. Ces échecs sont liés à la difficulté «d’être dans le gouvernement tout en se construisant comme un parti d’opposition», résume Oscar Mazzoleni. C’est le problème de l’UDC: sa polarisation la fait gagner d’un côté mais perdre de l’autre.

Vaud et Neuchâtel

Les regards sont désormais tournés vers les cantons de Neuchâtel et de Vaud, où les citoyens élisent leurs gouvernements le 2 et le 30 avril. L’UDC neuchâteloise espère reconquérir le siège d’Yvan Perrin et lance trois candidats. Parmi eux, le sulfureux Jean-Charles Legrix et le président du Grand Conseil Xavier Challandes. Signe des tensions, ce dernier s’est distancié de son parti au point d’annoncer qu’il pourrait en changer après les élections.

Côté vaudois, le conseiller national Jacques Nicolet se bat contre la socialiste Cesla Amarelle pour conquérir la place de la sortante Anne-Catherine Lyon (PS). Là, l’UDC est alliée au PLR. Leur slogan, «Unis pour vous», veut montrer que le président de l’UDC Vaud pourra se fondre dans un gouvernement à majorité de droite. Le but est de reconquérir le siège perdu par le camp bourgeois au profit des Verts, après le décès de l’UDC Jean-Claude Mermoud en 2011. Cet agrarien avait, lui, été conseiller d’Etat durant treize ans. (24 heures)

Créé: 20.03.2017, 18h47

Quand les vice-présidents dévissent

S’il devait arrêter la politique, comme il le laisse entendre à ses proches sous le coup de l’émotion, Oskar Freysinger abandonnerait alors son mandat de vice-président de l’UDC Suisse. Sans être méchant, on ne verra pas vraiment la différence. Le Valaisan a été tellement accaparé par sa fonction de conseiller d’Etat qu’il n’a plus pu jouer vraiment son rôle de porte-drapeau au niveau national.

Pour l’UDC, cette défection potentielle intervient à un moment qui n’est pas favorable. L’autre vice-présidente romande du parti, Céline Amaudruz, remonte tout juste la pente après son affaire burlesque d’alcoolémie au volant. La Genevoise a été la risée de la Suisse pour avoir appelé le conseiller fédéral Guy Parmelin à son secours. Avant elle, c’est son prédécesseur vaudois Claude-Alain Voiblet qui avait bu le calice jusqu’à la lie. Incapable de se faire élire au National, il s’est perdu dans des luttes intestines avant de se faire éjecter de l’UDC Vaud.

Freysinger restera-t-il à son poste, comme le lui enjoint Christoph Blocher? Si c’est le cas, il devra néanmoins traîner le boulet de sa non-réélection populaire. Il devra aussi faire face à une dévaluation du poste de vice-président. Depuis 2016, on assiste, au sein de l’UDC, à la montée en puissance des responsables des thématiques du parti. Un Roger Köppel sur l’Europe ou un Andreas Glarner sur l’asile occupent à haute dose le terrain médiatique. Certains estiment même qu’ils éclipsent le président de l’UDC, le «gentil» Albert Rösti.
AR.G.

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