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250 ans dans la vie des Vaudois

1768 à Lausanne: la belle vie d'étudiant

Par Michel Rime. Mis à jour le 10.01.2012 1 Commentaire

Théâtre, musique, jeux, c’est fou ce qu’on s’amusait alors à Lausanne.

Carton d'invitation à un bal lausannois de l'époque. On est prié

Carton d'invitation à un bal lausannois de l'époque. On est prié "de venir danser à 5 heures".
Image: DR

Faits marquant de 1768

9 janvier? Philip Astley ouvre le premier cirque moderne à Londres.

16 mars?Retour de Bougainville à Saint-Malo après qu’il a exploré les îles les plus septentrionales des Salomon.

10 avril?Mort de Canaletto, peintre et graveur italien.

15 mai?Gênes cède la Corse
à la France.

25 septembre?Les ambassadeurs français, pour sauver la Pologne, poussent l’Empire ottoman à attaquer la Russie.
Décembre?Début de la guerre russo-turque (fin en 1774).

La bonne société lausannoise s’adonne au théâtre, à la musique et affectionne les bals. On aime se déguiser et on se passionne pour toutes sortes de jeux: macédoine, pharaon, macas, trente et un ou vingt et un, vive l’amour, piquet, tarot et whist pouvaient engendrer des pertes d’argent. Quelqu’un propose même une taxe à prélever sur les enjeux: «Tous les mois on enverrait au pasteur du quartier ce qu’il y aurait de bon; et quel bonheur de penser que les malheureux trouveront leur subsistance dans les plaisirs d’une société!» La lettre qui suit de Samuel de Werdt de Toffen en dit long. Ce Bernois en séjour à Lausanne, auteur d’une autobiographie et proche de Julie Bondeli, qui forma un cercle littéraire dans la ville de l’ours, l’écrivit en 1768.

«Bien que jeune homme sans titre ni mérite connu, les gens les plus comme il faut, le bourgmestre, le magistrat, les nobles, vinrent me rendre visite, et on me fit de tous côtés les offres les plus polies et des protestations d’amitié. Les dames m’invitèrent d’abord dans les assemblées et journées; ainsi, dans la première semaine, j’appris à connaître tout Lausanne. Cette manière de vivre me plut beaucoup, elle m’égayait, dissipait ma tristesse et rétablit ma santé. Lausanne n’avait pas encore un grand luxe; j’ai peine à me représenter un genre de vie plus agréable. Les étrangers qui y étaient alors suivaient des cours des professeurs qui avaient le plus de réputation.

»La société de Lausanne était partagée par quartiers, ou plutôt par bourgs, comme sa situation semble l’exiger. Il y avait les compagnies de la rue de Bourg, celle de la Palud, celle de la Cité, etc. Celle de la rue de Bourg passait pour la meilleure et était en effet très bonne. C’était de l’ancienne noblesse, qui n’était pas riche, mais qui compensait par la politesse et les sentiments ce qui lui manquait du côté de la fortune. Il y avait plus de vingt familles où je pouvais rester familièrement à souper et où j’étais regardé comme l’enfant de la maison. J’en conserverai toujours un sentiment reconnaissant. »Voici qu’elle était leur façon de se voir et s’amuser. On donnait des «journées» quand on voulait faire politesse à quelqu’un ou qu’il arrivait des étrangers; une dame faisait une liste et invitait trente à quarante personnes (de l’un et de l’autre sexe). L’assemblée commençait à trois heures après dîner; on servait le café; ensuite les dames d’un certain âge, les mères et les grands-mères faisaient des parties de jeu.

»Les jeunes gens ne jouaient point; mais sous la présidence d’une vieille tante ou cousine (car dans ce pays-là les vieilles filles ne sont ni ridicules, ni prudes), on faisait toutes sortes de jeux d’esprit, qui étaient propres à exercer l’imagination et former le langage. A six heures, les parties de jeu étaient finies; dans la belle saison on allait se promener; dans la mauvaise, on se rendait dans quelque maison hospitalière, où l’on faisait une avant-veillée jusqu’à sept heures, où l’on soupait; après le souper on veillait, tantôt dans une maison, tantôt dans une autre; là nouveaux jeux d’esprit, les dames qui avaient de la voix chantaient avec accompagnement de violon ou de flûte. Souvent on jouait des proverbes, sorte de spectacle très amusant. Quelque personne faisait un plan et une suite de scènes qui étaient exécutées immédiatement. Il y avait quelques acteurs et actrices excellents. Au bout de l’hiver, tout le monde jouait bien. Il y avait deux troupes qui se critiquaient sans aigreur, sans se fâcher ni se brouiller. On rassemblait parfois la bonne compagnie du quartier, souvent pour danser, ou pour souper en pique-nique. Il y avait aussi les parties de campagne dans la belle saison. Jamais je n’ai passé mon temps plus agréablement, ni goûté de plaisirs plus innocents, plus variés et moins dispendieux. Mes matinées étaient remplies par des travaux de droit, de mathématiques et de musique. Cette vie était si agréable et le temps s’écoulait si vite que j’oubliais presque que j’avais un cœur et des sens.»

Source: La vie de société dans le Pays de Vaud, Salomon et Catherine de Charrière de Sévery et leurs amis, Slatkine, 1909 et 1978 Carton d’invitation à un bal lausannois de l’époque. On est prié «de venir danser à 5 heures». DR (24 heures)

Créé: 10.01.2012, 22h46

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1 Commentaire

Debleu Debleu

10.01.2012, 23:39 Heures
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Décidément, j'adore cette façon de célébrer les 250 ans du 24heures. Répondre




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