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250 ans dans la vie des Vaudois

1771: Mme de Sévery a la plume facile et belle

Par Michel Rime . Mis à jour le 15.01.2012 1 Commentaire

Les écrits de cette aristocrate d’ici servent d’ascenseur à remonter le temps.

Catherine de Chandieu, devenue de Charrière de Sévery (à dr.), et Salomon de Charrière de Sévery, son époux.

Catherine de Chandieu, devenue de Charrière de Sévery (à dr.), et Salomon de Charrière de Sévery, son époux.
Image: JOHANN HEINRICH TISCHBEIN

Cette année-là...

12 février Gustave III de Suède monte sur le trône. Retour à l’autocratie.

Marchandage?Marie-Thérèse d’Autriche signe un traité avec le sultan ottoman dans lequel elle lui promet une partie de la Moldavie lorsqu’il fera la paix avec la Russie.

Sciences?Création à Rio de Janeiro de l’Academia cientifica.

Peinture?Jean Honoré Fragonard peint L’amour réveillé dans le cœur d’une jeune fille.

Décoration?Francisco Goya prête son talent à la décoration de la cathédrale de Saragosse.

«Adieu ma très chère, très aimable et très aimée, je vous chéris tous les jours davantage, je vous embrasse, vous, votre mari et vos enfants, tous pêle-mêle; cela fait une galimafrée bien de mon goût et dont je suis friande. Aimez-moi et m’écrivez beaucoup.» Ces mots concluent une lettre, datée de 1771, de Mme Polier de Corcelles, née Louise de Saussure-Bercher, à Mme de Sévery. Qui est-elle pour attirer tant de sympathie, l’affection des femmes comme l’attachement des hommes?

Catherine de Chandieu, future épouse de Salomon de Charrière de Sévery, est née à L’Isle, au château, trente ans plus tôt, non loin des sources de la Venoge. De Charlemagne à Louis XVI, la famille Chandieu se distingue à la guerre, dans le commerce et au sein de l’Eglise. Esaïe, un des descendants, épouse, en plein XVIIe siècle, Marie de Dortans, héritière de la seigneurerie de L’Isle. Benjamin, son arrière-petits-fils, colonel du régiment de Lausanne, est le père de Louise-Jaqueline-Catherine, la nôtre. Une de ses sœurs mit au monde Benjamin Constant.

La vie à L’Isle

Entre 10 et 14?ans, la délicieuse, sur les traces d’une de ses tantes, tient une sorte de registre de «ce qui se passe à L’Isle». Pour ses 11?ans, elle note: «Ma mère m’a donné du turin (ndlr: sorte de gâteau) pour faire la fête.» Cinq jours plus tard: «La vache a fait un veau. Le 8 et le 9 (février) nous avons eu une grande tempête. Le 10 il a beaucoup tombé de neige, nous avons été enfermées.» Ainsi de suite, de menus faits en incidents, Catherine tente de fixer le cours des jours.

Ses observations permettent de suivre les allées et venues de sa famille et des amis qui passent en visite. Dans une lettre à sa mère, depuis Genève en 1760, elle parle de Voltaire. «Il était mis à faire étouffer de rire, il avait de grandes culottes qui venaient à la cheville du pied, une petite veste d’étoffe de soie rouge travaillée en or, par dessus cette petite veste une fort grande veste d’une étoffe magnifique à fond blanc brodée en or et en argent, elle était relevée d’un côté pour laisser voir la petite veste et de l’autre elle redescendait jusqu’au-dessous du genou, les culottes étaient de satin cramoisi, par-dessus la grande veste il avait une espèce de surtout de satin avec de l’argent, et par-dessus le tout un manteau bleu doublé de cramoisi galonné d’or superbe; quand il se présenta au théâtre beaucoup de gens se mirent à rire et je fus du nombre.» On donnait Mahomet.

La voici mariée en 1766. Sa correspondance ne fléchit pas à l’image de son impertinence. Elle écrit bien, sacrifie aux menus détails, parle chiffons, donne son avis sur des poudres contre les langueurs d’estomac ou décrit les gens qu’elle rencontre. Elle n’a laissé aucune œuvre, n’ayant aucune ambition littéraire, mais était atteinte du furieux besoin d’exprimer ses pensées. Les Gibbon, Necker et Tissot l’adoraient. Elle connaissait le docteur depuis longtemps, car il a été élevé à L’Isle chez son oncle pasteur. Curieuse, de nature ardente et expansive, impulsive et sentimentale, elle fit tourner la tête à plus d’un, mais semble être restée fidèle à son époux. Elle confesse néanmoins en février 1772: «J’ai été mortellement fatiguée et triste d’une faute que j’avais faite à l’égard de mon mari, je la réparerai sûrement.» Deux ans plus tard: «On a dansé ici, je n’ai pas été sage, j’en demande pardon à mon cher ange que j’adore.» Et encore en 1789: «Un peu de douceur est rentrée dans mon âme. Ledit est parti. J’en ai béni le ciel. Puisse le ciel protecteur me préserver!»

Trilingue, elle pratiquait couramment l’anglais et l’allemand. Son Salomon ne cachait pas sa germanophilie, après avoir été gouverneur des jeunes princes de Hesse. Maîtresse de maison accomplie et énergique, elle aimait autant recevoir que se dédier aux siens. Elle eut deux enfants, Guillaume-Benjamin-Samuel dit Wilhelm (en 1767) et Angletine-Livie-Wilhelmine (en 1770). Partagée, elle l’était aussi entre ses campagnes de Sévery et de Mex et la rue de Bourg, où elle rayonnait au milieu des étrangers et de l’aristocratie locale. A suivre demain.

Source: La vie de société dans le Pays de Vaud à la fin du XVIIIe, Salomon et Catherine de Charrière de Sévery et leurs amis, Editions Slatkine 1911 et 1978. (24 heures)

Créé: 15.01.2012, 22h31

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1 Commentaire

Katia Converset

16.01.2012, 17:32 Heures
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Un grand merci pour cette leçon d'histoire, ma foi, bien sympathique...
A quand les suivantes ?
On se délecte à l'avance
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