250 ans dans la vie des Vaudois
1781: le médecin de la montagne
Cette année-là...
30 janvier:?le Maryland est le 13e État américain à ratifier les articles de la Confédération.
Janvier-février: troubles populaires à Genève contre le Petit Conseil.
18 mai:?le dernier Inca, Tupac Amaru II, est écartelé et décapité à Cuzco au Pérou.
4 septembre: fondation de la ville de Los Angeles par 44 colons espagnols.
Posieux (FR): Pierre-Nicolas Chenaux, révolutionnaire gruérien, est assassiné par l’un des siens après avoir tenté de renverser le Patriciat de Fribourg.
En ces temps lointains comme aujourd’hui, la maladie guette et rôde. Tous y succombent un jour ou l’autre. Et si à Lausanne le docteur Samuel Tissot jouit d’une formidable réputation, d’autres disciples d’Esculape attirent des cohortes de malades.
Michel Schüppach, établi à Langnau, également dans le canton de Berne, est de ceux-ci. Etait, car en mars 1781, le fameux médecin s’éteint à l’âge de 74?ans d’une attaque de goutte. Ce qui lui vaut un hommage dans le Messager boiteux de l’année suivante: «Ceux qui croyent que l’on ne peut se rendre habile qu’en humant la poussière des universités et en payant un bonnet de docteur devraient être détrompés par l’exemple de cet Hypocrate moderne.»
Ce petit chirurgien de village a étudié l’art de guérir dans la nature. Digne héritier de Paracelse, ce botaniste averti prépare lui-même ses remèdes, essentiellement à base de plantes indigènes.
Comme dit l’almanach veveysan, «sa pharmacie ne détruisait pas l’estomac et ne vidait pas la bourse des malades par des drogues viciées, falsifiées, apportées à grands frais des pays lointains; sa médecine n’était pas à la mode, et elle n’en était que mieux.»
L’examen de l’urine
On vient de loin pour se faire soigner chez lui, de Paris comme de Lausanne, évidemment. On y croise le landgrave de Hesse-Hombourg, la princesse de Hesse-Darmstadt, celle de Baden-Baden ou la comtesse de Champagne. Goethe lui rendit visite. L’historien anglais William Coxe raconte que Schüppach identifiait le problème de ses patients rien qu’en observant leur urine.
Le célèbre cardinal de Rohan arrive porté en chaise par deux grands laquais fringants. Un chariot transporte moult bagages, dont son lit. En tout, son équipage compte jusqu’à huit valets de chambre et laquais qui doivent s’en retourner, car on ne peut les loger. Les séjours chez Michel Schüppach peuvent durer longtemps.
Ces belles dames et grands messieurs côtoient les gens du coin. Car l’empirique médecin a coutume de se lever tôt, de préparer ses potions et de se rendre dans les villages voisins apporter réconfort aux personnes les plus simples, avant de recevoir en sa demeure. Et si l’on en croit une comédie écrite sur lui anonymement, mais attribuée à Samuel Constant (oncle de Benjamin), les aristocrates ne parviennent pas à brûler la politesse aux paysans chez le médecin emmentalois. On le nomme «de la montagne», car sa maison se situe sur une colline élevée.
Dans des lettres adressées à Mme de Sévery, la comtesse de Champagne, en séjour à Langnau pour plus d’un mois, dit y découvrir trente nouveaux visages par jour. Elle souffre de fièvre, avoue un estomac délabré et des douleurs dans les reins (Michel Schüppach ne parviendra pas à la tirer d’affaire).
De Mmes de Montolieu et de Chandieu, elle dit qu’elles sont reparties pour Lausanne, si ce n’est guéries, du moins beaucoup mieux. D’un ami, elle ajoute qu’il ne veut pas que M. Tissot sache qu’il vient ici. Il y a bel et bien concurrence entre les deux médecins, et beaucoup craignent d’indisposer leur ami lausannois s’il devait apprendre leur infidélité… Mme de Montolieu écrit: «Lausanne renaît de ses cendres; tous les «Langnau» reviennent successivement.»
Comme aujourd’hui, les adeptes de traitements naturels se recrutent dans toutes les couches de la société. Le magnétisme est prisé par certains, rejeté par d’autres, dont le docteur Tissot. Les eaux thermales ont la cote. Les riches fréquentent Plombières (F) et Spa (B), les autres Yverdon, Saint-Loup ou Aix-les-Bains. Les sceptiques arguent qu’elles procurent une distraction au malade et un repos pour le médecin traitant. Du Pays de Vaud, ceux qui le peuvent se rendent jusqu’à Lyon pour se faire soigner les dents.
Toutes sortes de potions circulent. Il y a l’eau merveilleuse pour raffermir la vue, à base d’aloès en poudre, de sucre fin, d’eau de rose et de bon vin blanc plutôt doux. Existe même du lait d’ânesse artificiel, composé d’eau de fontaine, de râpure de corne de cerf, d’orge perlée mélangée à quelques escargots nettoyés et de la racine de chardon. L’on fait bouillir le tout. (24 heures)
Créé: 29.01.2012, 23h00
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