250 ans dans la vie des Vaudois
1789: La Révolution, «ce poison»
Mis à jour le 08.02.2012 1 Commentaire
Cette année-là...
7 janvier?Première élection présidentielle aux Etats-Unis: unanimes, les grands électeurs désignent George Washington.
26 janvier?Emeutes à Genève suite à la décision des autorités d’augmenter le prix du pain.
4 mars?La Constitution américaine entre en vigueur.
5 mai?Ouverture des Etats généraux à Versailles.
26 août?Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Science? Le chimiste allemand Martin Klaproth (1743-1817) découvre l’uranium, le zirconium et le chrome.
Les tremblements de la Révolution française se font rapidement sentir dans le Pays de Vaud. L’idée d’un peuple souverain prend une résonance particulière dans une région occupée par Berne depuis plus de deux siècles et demi. Les idées, pro- et antirévolutionnaire, se propagent via les soldats suisses au service du roi de France, par les aristocrates et les hommes d’Eglise fuyant la France pour se réfugier en terre vaudoise. Mais surtout par le biais de pamphlets.
Les colporteurs cachent sous leurs bibelots des textes révolutionnaires. Des bateliers de Vevey ou d’Ouchy font entrer en douce des textes séditieux. Pour empêcher l’arrivée de ces tracts, Berne renforce la censure, augmente le contrôle aux frontières et respecte de moins en moins le secret postal. Mais cela n’empêche pas les brochures de proliférer.
Leurs Excellences de Berne utilisent alors la même arme, la plume, en payant des personnes pour écrire des pamphlets pro-Bernois. Dans le Pays de Vaud, l’exigence des révolutionnaires est que les citoyens puissent participer à la vie publique et accéder aux mêmes charges que les Bernois.
Projet de déclaration
«Le premier droit du citoyen est de concourir, par sa volonté libre, à la formation de la société civile», écrit Michel Servan, dans son Projet d’une déclaration des droits de l’homme et du citoyen, édité le 24 août 1789 à Lausanne. L’ancien avocat au parlement de Grenoble est un habitué de Lausanne. Il y est venu une première fois pour consulter le docteur Tissot en 1770 et y habitera presque sans discontinuer de 1793 à 1802. Le bailli est blâmé par Leurs Excellences pour avoir laissé imprimer cette brochure. Les exemplaires sont confisqués et détruits.
Quelques mois plus tard, le 28 janvier 1790, c’est un dénommé Philantropus qui écrit une chronique enflammée dans The London Chronicle. Derrière ce pseudonyme se cache Frédéric-César de La Harpe, le fameux avocat vaudois, précepteur du futur tsar Alexandre Ier. Dans son article, il décrit une révolution qui se serait passée dans le Pays de Vaud.
Une fiction en forme de programme politique prônant la souveraineté du peuple, l’abolition de taxes, la liberté de presse et la tolérance religieuse. «L’écho du mot sacré de liberté, l’universel besoin du genre humain aspirant à la restauration de ses droits naturels, et la révolution qui a éclaté en France, tout cela a produit des effets. Le sort des oligarchies suisses est fixé.»
Visiblement, le journal anglais est lu avec attention du côté de Berne. Le conseiller secret Christoph-Friedrich Freudenreich y répond. «Notre loi est douce et juste, assure-t-il. (…) Le gouvernement de Berne mérite l’éloge qu’en fait Montesquieu plutôt que le sarcasme venimeux d’un auteur anonyme.» Pour lui, Philantropus est «un de ces faux apôtres qui abondent à notre époque, que la rage d’innovations inspire, dont l’esprit est excité par les passions les plus basses de la foule: l’envie, la malignité et l’intérêt personnel.»
Pamphlets anonymes
Berne multiplie les pamphlets contre-révolutionnaires anonymes. Elle paie 200?louis un dénommé Pierre Landes, avocat au parlement de Dijon, pour qu’il rédige et fasse imprimer, en 1790, une Adresse aux habitants du canton de Berne par un ami de l’ordre et de la Félicité publique. Le ton est éloquent.
«Combien donc sont coupables ceux qui viennent distribuer chez nous le poison de la discorde et tenter de renverser un ordre de choses qui, depuis trois siècles, fait la prospérité de nos villes et de nos campagnes! (…) Employons donc, mes chers compatriotes, cette union si précieuse à repousser les attaques de ceux qui veulent introduire parmi nous les fausses maximes dont ils ont empoisonné leur pays. Ils ne veulent qu’une indépendance criminelle; sachons mieux apprécier le bonheur. (…) L’histoire des révolutions des peuples nous donne de grands exemples; ne les perdons pas de vue; calculons les maux affreux qu’elles ont entraînés et nous serons loin de les considérer comme un avantage.»
Cette fièvre pamphlétaire se calme dès 1792. Berne réprime plus sévèrement les déviants et le massacre de la Garde suisse aux Tuileries refroidit les révolutionnaires. Elle reprendra de plus belle en 1797, juste avant la révolution vaudoise.
Créé: 08.02.2012, 22h29
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Cette rubrique est décidemment passionnante, je l'attends chaque jour avec impatience. Merci ! Répondre


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