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250 ans dans la vie des Vaudois

1791: de séditieux banquets

Par Laure Pingoud. Mis à jour le 12.02.2012 2 Commentaires

Lorsque les Vaudois fêtent l’anniversaire de la prise de la Bastille, Berne sévit

1/2 Le banquet bien arrosé donné le 14 juillet 1791 à Ouchy, vu par Karl Jauslin (1842-1904).
MUSÉE HISTORIQUE DE LAUSANNE

   

Ce 14 juillet 1791, on festoie à Ouchy, dans la campagne des Jordils du banquier lausannois Dapples. «Quatre tables pouvant recevoir environ 160 convives, disposées en forme de croix de Malte. Au centre, une estrade pour la musique était couronnée d’un mât surmonté d’une énorme cocarde tricolore, ombragée de feuilles de laurier», décrit une lettre de l’époque.

Des notables vaudois, frustrés par les privilèges de l’occupant bernois, fêtent le deuxième anniversaire de la prise de la Bastille. Ces magistrats, seigneurs, négociants, avocats, médecins, banquiers ou officiers sans autre perspective de carrière expriment leur mécontentement. Mais ils ne savent pas encore que ce «Banquet des Jordils» constituera l’un des jalons du renversement de Leurs Excellences de Berne, en 1798.

En cet après-midi à la météo mitigée, le souffle de la Révolution française s’exprime sur un ton bon enfant. «La gaîté fut bruyante, mais sans excès et sans désordre», rapporte un des participants. Des tirs d’artillerie marquent le début du repas, sûrement simple: à l’époque, la viande de porc ou de vache couronne les grandes occasions.

Mais la fête est arrosée dans ce Pays de Vaud qui comptait presque le double de vignes qu’aujourd’hui. Les convives trinquent. Arborant pour certains la devise «Vivre libre ou mourir» à la boutonnière, ils boivent à la liberté, à la santé des Suisses de Berne, ou des Etats vaudois, dans une coupe «Liberté, Fraternité, Egalité».

Danse et feu d’artifice
Et l’on danse la farandole, avant de descendre, au rythme de l’air révolutionnaire Ça?ira, à Ouchy, où des barques attendent les patriotes. «La flottille a tiré un feu d’artifice, auquel ont répondu nos frères de Vevey, qui célébraient le même anniversaire. Revenus à terre, on a porté de nouvelles santés, au nombre desquelles était la régénération de notre gouvernement.» Une foule de curieux a fait le déplacement au bord du lac. On parle de 3000?personnes, pour une ville de 6000 âmes.

Le lendemain, à l’instigation d’Amédée de La Harpe, cousin de Frédéric-César, la fête se répète à Rolle, où se réunissent les Abbayes de l’Arc. Le bailli de Nyon de Bonstetten fait partie des convives, placé à l’honneur à côté du roi du tir. «Certains de ces baillis fréquentaient les gens de leur région», relève l’historienne Marie-Claude Jequier.

Le Bernois a beau être ami de Mme de Staël et ouvert aux idées nouvelles, il finit par quitter le banquet compromettant rythmé par les toasts, les tirs et les chants révolutionnaires.

Ces banquets, qui ont lieu dans d’autres villes du canton, ne sont pas les premiers de cette année 1791. Se réunir à l’occasion d’un repas est alors une manière discrète de parler politique à l’insu des autorités bernoises. Ainsi, le 10 juillet, sous le prétexte de fêter une noce, ils sont une quinzaine réunis à Lausanne pour échanger leurs idées. «Ces Messieurs parlèrent du projet qu’ils avoient de célébrer un diner le 14e de juillet et d’en célébrer un le lendemain à Rolle», rapportera un peu plus tard un dénonciateur secret aux Bernois.

Car Leurs Excellences ont décidé de sévir. Elles nomment une Haute Commission chargée de trouver les agitateurs, qui prononce des sentences exemplaires: Amédée de La Harpe, qui a déjà fui en France, est condamné à mort, alors que d’autres écopent de longues peines de prison. La liste est longue. Elle inclut même le propriétaire d’un merle ayant eu l’audace de siffler le Ça?ira révolutionnaire: il ne sera libéré qu’après avoir promis de tuer son oiseau. «Un huissier du bailli eut la mission expresse d’assister à l’exécution de ce dangereux sans-culotte», raconte Frédéric-César de La Harpe.

Tout se déroule dans un climat de peur. Tandis que des milliers d’hommes sont postés dans le canton, la Haute Commission organise une cérémonie d’humiliation: les délégués des Conseils des villes doivent défiler tête nue, entre deux haies de soldats. «Tous emportèrent et transmirent un sentiment d’amertume, dont le souvenir n’est pas encore effacé», témoigne Ferdinand de Rovéréa.

Les années de Terreur qui secouent ensuite la France éteindront momentanément les ardeurs contestataires. Mais la répression de Berne allume la mèche de la future révolution.

Sources: 1798, à nous la liberté, Corinne Chuard, Ed. 24?heures, 1998. De l’ours à la cocarde, collectif, Ed. Payot, 1998. (24 heures)

Créé: 12.02.2012, 22h42

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2 Commentaires

Jean Claude Simonin

13.02.2012, 08:28 Heures
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Bon, dans mon enfance à Peney-Vuiteboeuf, un paysan allait récolter ou planter des "oranges de Berne". des patates donc. Et quand les affaires marchaient bien "on était de Berne" Mes copains d'école se nommaient Duvoisin, Perrin Leuenberger, Muller, Karlen, Roy, Champod... On érait tous de bon copains. Allez maintenant raconter ça à des Irlandais ou à des Palestiniens... Répondre


Weber Jean

13.02.2012, 12:39 Heures
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Pour un lyonnais, belle découverte que cet article. Comme quoi vous pouvez être lu à ....quelques kilomètres. Après tout l'eau du glacier, donne le Rhône qui constitue ensuite le Léman pour reprendre son cours qui l'amène à épouser en votre bonne ville de Lyon, Demoiselle Saône. Répondre




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