250 ans dans la vie des Vaudois
1793: avant le Routard, le Reichard
Cette année-là...
21 janvier? Le roi Louis XVI est guillotiné à Paris.
23 janvier?La Prusse et la Russie se partagent la Pologne.
23 mars?Le Jura épiscopal, éphémère République rauracienne en 1792, devient le département du Mont-Terrible.
24 juin?Début de la Convention montagnarde (fin en juillet 1794).
16 octobre?La reine Marie-Antoinette est exécutée.
Afrique?L’île de La Réunion prend son nom actuel.
Etats-Unis?Eli Whitney invente l’égreneuse de coton.
Les guides de voyage circulent déjà à la fin du XVIIIe siècle. Hans Ottokar Reichard, conseiller de S.A.S Mgr le Duc Régnant de Saxe-Gotha et Altenbourg, en avait édité une série à Weimar. En 1793 paraissent une série de titres consacrés à l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, la Belgique, l’Europe de l’Est, la Hongrie et Constantinople. Et naturellement à la Suisse.
«L’on rencontre dans les vallées solitaires des Alpes la simplicité touchante des premiers âges; et auprès des habitants des villes, tous les raffinements du luxe, et toute la culture d’esprit des temps modernes. Dans les environs des glaciers, on se croit transporté en Sibérie, tandis que dans le pays plat, comme dans celui de Vaud, il règne un climat très doux.» Il est écrit que le lait est si gras, qu’une fois écrémé, il reste aussi épais que les autres. «Le fromage qu’on exporte de Fribourg a la préférence sur tous les autres de la Suisse.» Il se fabrique en Gruyère, dans la vallée de la Simme et le Gesseney.
Les vins neuchâtelois et vaudois sont les meilleurs. Que de sources d’eaux minérales! Et les bains les plus célèbres se trouvent à Loiche (sic) et Pfeffers. Vive la toile de lin, les fonderies, l’imprimerie et l’horlogerie. «Les montres de Suisse vont jusqu’en Perse et en Amérique.»
Notices détaillées
Le Reichard estime la population du canton de Berne à 400?000 âmes, y compris 113?000 personnes du Pays de Vaud. Lausanne est créditée d’entre 7000 et 8000 habitants, Fribourg de 6000 et Genève de 26?500. Sept villes bénéficient d’une notice détaillée. Aux trois citées s’ajoutent Berne et Bâle, Zurich et Lucerne.
Au chapitre des curiosités lausannoises, la cathédrale (avec les tombeaux de la princesse Orlow et de la duchesse de Courlande), le collège, l’Hôtel de Ville, l’arsenal et l’hôpital. Le docteur Tissot est celui «qui n’a pas moins contribué d’illustrer cette ville». Côté commerce, on retient les livres, les ouvrages d’orfèvrerie et de joaillerie. Est citée aussi une excellente teinture de coton rouge, une manufacture de chapeaux et une filature de coton.
A ne pas rater, la collection sur le règne minéral de M. le baron d’Erlach, la bibliothèque de l’Académie et le cabinet d’insectes et de serpents. On recommande de coucher au Lion d’or et d’acheter le relief de la vallée de Chamonix «en bois d’arole et colorié». «Un voyageur qui ne ferait que traverser cette ville, assure-t-on, ne pourrait guère lui supposer l’étendue, la population, la richesse, le commerce, les agréments de société, qui lui assurent l’un des premiers rangs, entre les villes de la Suisse.»
Le Reichard loue l’auberge d’Ouchy, la tour de Glérolles. A Saint-Saphorin, un reste romain. Il s’agenouille devant le «très ancien et estimé» vignoble de Lavaux. Quant aux auberges, elles sont réputées très propres, «excepté dans le Vallais (sic) et dans les villages des bailliages d’Italie», où on stigmatise vermine et saleté. A Morges on couchera à La Couronne, à Moudon à la Maison de Ville, à Nyon à la Croix-Blanche, à Vevey à la Ville de Londres et à Yverdon à l’Aigle ou aux Bains.
«Les tables en Suisse sont parfaitement servies, et l’on n’a jamais moins de 8 ou 10 plats, tous bien apprêtés.» Beurre et fromage sont pourtant déclarés mauvais dans les tavernes. Ah, les truites du lac de Genève et honneur aux vins de La Côte! Pour se déplacer, le guide signale une super- poste entre Berne et Lausanne qui ne prend qu’un peu plus de 12?heures, au lieu d’un jour et demi pour les autres. En montagne, on ne voyage qu’à cheval ou à pied. D’où l’importance du bâton ferré, «long, épais, lisse et garni au bas d’une pointe de fer», le bâton des Alpes.
Source: Guide de la Suisse, 1793, Hans. O. Reichard, Les Editions de la Courtille, 1971. (24 heures)
Créé: 14.02.2012, 22h22
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