250 ans dans la vie des Vaudois
1796: Germaine et Benjamin
Par Michel Rime. Mis à jour le 19.02.2012
Dossiers
Cette année là
14 février?Les Britanniques prennent Ceylan aux Hollandais.
14 mai?Le médecin anglais Edward Jenner réalise la première vaccination sur un enfant avec du pus de variole des vaches, qui l’immunise contre la variole.
1er juin?Le Tennessee devient le 16e Etat de l’Union américaine.
15 octobre?Bonaparte crée la République cispadane autour de Modène, et des Légations occupées par l’armée française.
Maçons Catherine II de Russie demande la dissolution des loges maçonniques.
Le milieu des années 1790 voit la baronne de Staël osciller entre Paris et les bords du Léman. L’épouse infidèle d’Eric Magnus de Staël, ambassadeur de Suède en France, se voit plus souvent qu’à son tour interdite de la République française. Les hommes au pouvoir la craignent comme la peste, on la fait espionner, et la fille du banquier Necker éprouve de la peine à passer pour républicaine. C’est à Lausanne, le 18 septembre 1794, qu’elle rencontre, selon ses termes, «un homme de beaucoup d’esprit, qui s’appelle Benjamin Constant». Elle n’est guère attirée par ce rouquin disgracieux, comme elle le dit à son amant suédois, Adolphe-Louis, comte Ribbing. Benjamin, à cette époque, court les tripots, car il est joueur, et fréquente les filles. Il est mal marié à une Allemande, dont il divorcera. Mme de Staël le foudroie et il lui fait une cour assidue. «Je passai tout l’hiver à l’entretenir de mon amour.» Elle le congratule pour L’esprit des religions. Mais tout son cœur appartient à Ribbing. Benjamin lui écrit cinq lettres par jour. Elle n’en veut pas dans son lit, mais l’emmène à Paris. Amoureux transi et assoiffé de gloire, le voici aux anges. En 1795, les Thermidoriens se montrent rassurants, entre Jacobins et contre-révolutionnaires. La baronne cherche à récupérer les 2 millions que son père a prêtés au Trésor français. Lausannoise par sa mère, une Curchod, elle se sent en exil sur les bords du Léman.
La conjugaison des centres
Les gazettes parisiennes se méfient d’elle, elle n’en a cure et rouvre son salon rue du Bac. Avec Constant, elle préconise la conjugaison des centres contre les extrêmes. Malgré ses occupations politiques, Benjamin lui écrit toujours. Elle ne rêve que de son Adolphe-Louis, qui lui promet, fin 1795, de venir la rejoindre en Suisse au printemps suivant. Le 30 décembre, M. Necker accueille sa fille à Lausanne. Elle retrouve aussi Albert, son fils cadet. Constant fait partie des bagages. Elle est le premier écrivain politique féminin. Le Suisse d’ascendance française aspire à tenir un rôle majeur à Paris. A Ribbing: «Il m’est dévoué comme, aux conditions que je lui impose, aucun homme ne le serait.»
Comme le comte fait le mort, Germaine finit par céder aux avances de Benjamin au printemps 1796. Il note: «Nous promettons de nous consacrer réciproquement notre vie.» Elle a 30?ans et lui près de 29. De retour à Paris, le fougueux doit se battre en duel contre un journaliste. Elle se confie à la cousine de Constant: «Si vous saviez ce qu’il est pour moi: c’est à lui que tient tout ce que j’ai de vie.» Quel retournement! Le duel n’a pas lieu.
Le Directoire déclare Mme de Staël en arrestation si elle pénètre sur sol républicain. Elle ne passe plus par Versoix (alors français) pour se rendre à Genève et, comble de malheur, son ambassadeur de mari reçoit un congé du roi de Suède. Après son essai De la force du gouvernement actuel et de la nécessité de s’y rallier, Constant, lui, a la cote. Il revient à Coppet en août et les tourtereaux gagnent Ouchy. Il s’est coupé les cheveux. De lui, la cousine écrit «le tondu», et d’elle, «la trop célèbre». Il l’appelle publiquement «bonne petite chatte». Pour eux, la Suisse est le théâtre de l’ennui. En juin 1797, la baronne accouche, à Paris, d’Albertine, présentée officiellement comme la fille de M. de Staël. Le baron a passé par Coppet l’année précédente. Pour certains, le père ne peut être que Benjamin. Ce brouillard ne se lèvera jamais. Constant écrira pourtant dans Cécile: «Mes liens avec Mme de Staël s’étaient resserrés, sans nous rendre heureux.» En janvier 1798, Germaine est à Coppet lorsque les troupes françaises débarquent. Benjamin, lui, est à Paris. Le 15 juin, il demande à sa tante, la comtesse de Nassau, de lui trouver une femme «ayant des habitudes simples». Il précisera plus tard: «Germaine est la meilleure créature de la terre, mais elle a un tel besoin de mouvement et un tel fond de douleur qu’il m’est impossible de vivre heureux en laissant ma vie sous sa dépendance.» Ils resteront amis presque jusqu’au bout.
Sources: Madame de Staël, Michel Winock, Ed. Fayard. Mme de Staël et Benjamin Constant sur les bords du Léman, Pierre Cordey, Ed. Payot. (24 heures)
Créé: 19.02.2012, 23h28
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