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250 ans dans la vie des Vaudois

1803: le drapeau vaudois est recalé

Par Julien Magnollay. Mis à jour le 28.02.2012 4 Commentaires

Le premier projet d’armoiries du canton de Vaud a été jugé trop compliqué

1/2 Le premier projet et sa devise en latin n'ont pas séduit le Grand Conseil.
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Cette année-là...

19 février Acte de médiation entre la France et la Suisse.

10 mars?Le canton de Vaud proclame sa souveraineté.

7 avril?Héros de l’indépendance haïtienne, Toussaint Louverture, décède au Fort de Joux.

14 avril?Le canton de Vaud adhère à la Confédération suisse (ainsi que l’Argovie, le Tessin, Saint-Gall, la Thurgovie et les Grisons).

26 avril?Une pluie de 3000 météorites s’abat sur un village en Normandie.

30 avril?La France cède la Louisiane aux Etats-Unis.

Le Grand Conseil vaudois siège pour la première fois le 14 avril 1803. Le bâtiment du parlement étant en construction, les députés se réunissent à l’Hôtel de Ville de la Palud, à Lausanne.

Le troisième jour, ces messieurs se penchent sur les armoiries du nouveau canton. Le Petit Conseil (Conseil d’Etat) présente un projet. Il s’agit du tout premier décret de l’exécutif du canton. Les conseillers proposent un drapeau blanc et vert clair. Le bleu et le blanc a été envisagé, mais abandonné, peut-être parce que les couleurs ressemblaient trop à celles des voisins français.

Sur l’écusson, deux mains jointes tiennent une épée surmontée du chapeau de Guillaume Tell. Au-dessus, une devise en latin: pro libertate et foedere (pour la liberté et l’union). Le chapeau de Guillaume Tell est très à la mode chez les révolutionnaires français de 1789. Les mains jointes (la foi, en termes héraldiques) symbolisent la concorde et l’épée, la justice.

Trop compliquées
Ces armoiries ne sont pas du goût de la commission du Grand Conseil, qui renvoie le gouvernement à son ouvrage. Pourquoi ce refus? On ne peut émettre que des hypothèses. Les procès-verbaux des premières séances du parlement ne contiennent malheureusement pas les discussions, seulement les décisions. Les députés ont peut-être peu apprécié la devise en latin, qui sonne très Ancien Régime. Ces armoiries ont surtout dû être jugées trop compliquées à reproduire.

Le Petit Conseil revient avec un nouveau projet. Exit Guillaume Tell, le latin et l’épée. Le drapeau est toujours vert et blanc, mais beaucoup plus sobre, avec une devise modifiée, et cette fois-ci en français: Liberté et Patrie. Le parlement accepte. La particularité vaudoise est d’avoir écrit une devise sur un drapeau d’Etat. Il s’agit d’un cas unique en Suisse. Au début du XVIIIe siècle, le mot patrie est en vogue, autant chez les révolutionnaires que chez les conservateurs. Dans le cas présent, elle désigne à la fois le canton de Vaud et la Suisse.

Pourquoi le vert? C’était la première couleur des révolutionnaires français, rapidement abandonnée car elle rappelait les uniformes du comte d’Artois. Mais les Vaudois l’ont gardée. Berne la considérait comme séditieuse. Le 24 janvier 1798, lors de la proclamation de l’indépendance du canton, les habitants se parent de cocardes vertes. Le drapeau qui flotte à la Palud, arborant l’inscription «République Lémanique, Liberté, Egalité», est de couleur verte. La teinte est aussi utilisée lors des banquets de Rolle et des Jordils, en 1791. Le vert, c’est aussi la couleur de Guillaume Tell. Frédéric-César De La Harpe la recommande par ailleurs comme signe de ralliement.

Le décret de 1803 décrivant les armoiries est d’une approximation toute vaudoise. Plusieurs générations d’héraldistes ne cesseront de le déplorer. Le texte parle de vert et de blanc, alors qu’en héraldique, cela se dit «sinople» et «argent». Il ne précise pas si le blanc doit occuper le tiers (chef) ou la moitié (coupé) de l’écusson. L’usage confirmera le coupé. L’ordonnance des deux couleurs est même intervertie dans le décret, qui ne précise par ailleurs pas l’émail de la devise. Celle-ci a d’abord été écrite en noir. Puis en or. Ce qui pose un autre problème: la règle de base de l’héraldique veut qu’on ne superpose pas deux métaux, ici or sur argent, pour des questions de lisibilité. D’où le liseré noir, qui est apparu avec le temps sur le bord des lettres.

Malgré toutes ces approximations, le décret concernant les armoiries du canton restera inchangé pendant près de deux siècles. Il est corrigé et intégré dans la nouvelle Constitution cantonale de 2002. En septembre 2000, un constituant radical, Stéphane Masson, propose de remplacer le mot «patrie» par «solidarité». La majorité de l’assemblée le suit, avant de revenir en arrière une année plus tard, de peur que cette idée ne provoque le rejet de l’ensemble de la Constitution par la population. La patrie est sauve.

Source: Les armoiries vaudoises du Moyen Age à nos jours, Pierre-Yves Favez, Identités vaudoises, Revue historique vaudoise, 2003. (24 heures)

Créé: 28.02.2012, 22h56

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4 Commentaires

Eric Fletcher

29.02.2012, 14:20 Heures
Signaler un abus 2 Recommandation 0

Selon la tradition dans les brigades de pompiers Vaudoise, on disait en regardant le drapeau: Le Vert, c'estpour nos vaches et le Blanc, c'est pour nous ! Quand à la devise, elle était devenue: La Liberté est Partie ! Répondre


Adeline d'Aquitaine

29.02.2012, 23:11 Heures
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Intéressant l'article, merci! A noter que la république lémanique était précédemment un département français: "Lémanique" créé par Napoléon 1er. Répondre