250 ans dans la vie des Vaudois
1809: les archers vaudois entre tirs et banquets
Par Michel Rime. Mis à jour le 07.03.2012
Dossiers
Image du papegai tirée des Statuts des archers d’Avignon (1612). (Image: Keystone )
Cette année-là...
4 janvier: ?Naissance de Louis Braille, l’inventeur du système d’écriture pour les aveugles et malvoyants.
13 mars:?Le roi de Suède Gustave IV Adolphe est contraint d’abdiquer par une révolte militaire.
12 avril:?Reprise des hostilités entre la France et l’Autriche.
14 octobre:?Battue à la bataille de Wagram, l’Autriche doit signer la Paix de Vienne, qui l’oblige à céder d’immenses territoires.
12 décembre:?La guerre fait rage en Espagne et les Français s’emparent de Gérone, après avoir occupé Madrid.
«Une Sibylle piémontaise
M’a dit qu’Apollon autrefois,
Entre le Flon et la Veveyse,
Perdit les traits de son carquois:
Les Lausannois les retrouvèrent,
En cueillant la rose de mai,
Et noblement les partagèrent
Avec leurs voisins de Vevey.»
«Dès ce jour même sympathie
Unit l’une et l’autre cité,
Et rien n’a troublé l’harmonie
De leur douce société.
Les francs archers de ces deux villes
Aiment qu’un banquet fraternel
Resserre par des nœuds faciles
Ce lien tendre et mutuel.»
Ainsi chantent en octosyllabes les archers veveysans à leurs frères d’armes lausannois. Nous sommes le 24 août 1809, les derniers reçoivent les premiers à Montbenon. La rencontre comporte concours de tir, collation et dîner dans la maison Liard. «Salut! généreux frères d’armes… salut, trois fois salut à vous!» L’amitié virile s’exprime avec cérémonial. La fondation de la Société de l’arc de Vevey remonte à 1694. Dénommée Abbaye de l’arc depuis 1908, elle tire toujours au boulevard Saint-Martin 23 bis. Une cinquantaine de membres la constituent, dont quinze actifs. L’Abbaye de l’arc de Lausanne, dont l’histoire débute en 1691, avoue quelque trois cents membres aujourd’hui et s’exerce encore à côté du Palace.
Invitation rendue
Ces premiers couplets comme les huit autres enchantent les Lausannois, bientôt invités à leur tour. Le déplacement se fait dans l’autre sens le 13 août 1810. Florian Cosandey, qui a écrit l’histoire des archers lausannois, évoque cette journée: «Messieurs de Vevey surent flatter le palais des plus gourmets sans avoir recours à des liqueurs étrangères. Les coteaux du Léman avaient vu croître tous les vins qui furent servis.» Bacchus côtoie d’ailleurs Apollon dans la chanson veveysanne.
Elle dit aussi: «Loin, bien loin de nous tout profane qui voudroit ici se glisser!» Les archers aiment se retrouver entre eux. De nos jours, Veveysans, Lausannois et Morgiens – l’Abbaye de l’arc de Morges porte ce nom depuis 1869 et résulte de la fusion de deux sociétés dont la plus ancienne remonte à 1764 – se réunissent chaque été et se défient lors de concours. Une fois par année, en mai, les Vaudois se mesurent à des Genevois lors du Tir des traditions. Le noble exercice de l’arc de Genève est cité dans des documents antérieurs à 1500 et ses membres se font appeler chevaliers. «Une société semblable existe à Berne, mais nous n’avons pas de contacts», affirme François Margot, secrétaire de l’Abbaye de l’arc de Vevey. Affinité, joutes de tir, gueuletons, discrétion – une valeur cardinale pour l’Abbaye lausannoise – et patriotisme si l’on en croit le chant d’autrefois.
«Notre patron le Sagittaire
D’une butte a fait son autel;
Le carquois de notre grand-père
a fourni la flèche de Tell…
Et si jamais la Tyrannie
Ressuscitoit Gessler chez nous,
Au nom sacré de l’Helvétie,
Que Gessler tombe sous nos coups!»
Dans un ouvrage sur l’Abbaye des vignerons de Vevey paru en 1881, Eugène de Mellet évoque aussi les archers. A côté des tirs aux buttes existait celui du papegai, un oiseau peint aux couleurs voyantes placé au sommet d’une perche. «Cette fête avait lieu au printemps et s’ouvrait par une parade par ville, musique militaire en tête. Tous les bourgeois de cette commune, faisant partie des milices, composaient ce cortège en uniforme. (…) La ville donnait le vin d’honneur, ainsi qu’une subvention pour les prix à décerner.» Dans l’après-midi, on dansait… au son de la musique militaire. Cette fête prit fin dans le courant du XIXe siècle.
A Vevey, on tirait au Pré de la Ville, à l’endroit où se trouve la gare. En 1781, on y construit une salle «de belles proportions», qui était louée pour des représentations de comédies, des concerts ou des bals. L’arrivée du chemin de fer poussera les archers plus à l’est du côté de l’église Saint-Martin. A Lausanne, l’inauguration du bâtiment toujours existant de Montbenon remonte à 1814. Les plans ont été établis par Mathieu-Henri Perregaux (1785-1850), à qui l’on doit aussi les églises de la Mercerie et de Notre-Dame du Valentin. Selon les anciennes chroniques de Savoie, les Vaudois avaient la réputation de manier l’arc avec une rare habileté. (24 heures)
Créé: 07.03.2012, 19h56
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