250 ans dans la vie des Vaudois
1813: l’étincelle de Rivaz
Par Gilles Simond. Mis à jour le 13.03.2012
Le 22 octobre 1813, des Veveysans assistent à un spectacle inouï: chargé de plus de 700 kilos de pierres et de quatre passagers, un immense chariot grimpe ce jour-là sur les pavés d’une rue en pente, «traîné par une force invisible», comme l’écrit son inventeur. La machine franchit précisément 80 pieds, soit 26?mètres, en dix détonations sonores de son moteur, avant que la rupture d’une chaîne ne mette fin à l’expérience.
La «grande voiture à explosion», longue de 6,5 mètres, aux roues de 2?mètres de hauteur, le char «le plus grand qui ait été fait par les humains», effrayait jusqu’à son concepteur, Isaac de Rivaz. Né en 1752 à Paris mais originaire de Saint-Gingolph, le Valaisan avait obtenu en 1807 déjà un brevet pour son invention de char mû par un moteur à explosion. Soit 80?ans avant que l’Allemand Carl Benz ne construise ce qui est considéré comme la première automobile.
Rêves de gloire et de fortune
Inventeur prolifique, en avance sur son temps dans plusieurs domaines, travailleur infatigable guidé par l’espoir de procurer gloire et fortune à sa famille, Rivaz élabore dès 1783 un projet de chariot à vapeur. Au fond de la cave de sa maison de Sion, de crainte que ses secrets ne soient mis au jour. A la veille de Pâques 1787, il écrit qu’il a «eu le plaisir de faire plusieurs fois le trajet de la cave». Isolé dans son Valais – qui est jusqu’en 1798 un Etat indépendant, la République des Sept-Dizains –, manquant des journaux scientifiques courants à l’époque, il n’a vraisemblablement pas connaissance des travaux du Français Nicolas-Joseph Cugnot, dont le fardier a – brièvement – roulé en 1770.
En 1812, Rivaz abandonne le système à vapeur, trop encombrant, au profit du moteur à explosion. La démonstration veveysanne d’octobre 1813 est le point culminant de ses recherches. Mais ce succès n’aura pas les répercussions rêvées par Rivaz, hanté par le souvenir de son père, également inventeur, qui mourut ruiné.
Convaincu que ses inventions doivent à bref délai envahir le monde et lui procurer «mille fortunes», il songe à adapter son moteur aux moulins, aux bateaux, à des machines militaires ou encore à une pompe à incendie. Mais son associé, Jean-François Paschoud, transporteur à Vevey et au Bouveret, renonce à poursuivre.
Et puis Isaac de Rivaz a d’autres chats à fouetter. Depuis 1810, le Valais, devenu Département du Simplon, est intégré à l’empire de Napoléon. De Rivaz en est l’un des administrateurs. Tout en poursuivant ses recherches et le développement de ses usines (une salpêtrière et une poudrerie à Martigny, une papeterie à Vouvry), il est inspecteur des ponts et chaussées, travaillant jour et nuit, dimanches et fériés, au péril de sa santé. Mais octobre 1813, c’est aussi la déroute française à la bataille de Leipzig. En décembre, les Français quittent en hâte le Valais, alors que l’armée autrichienne y entre. Le pays retrouve son indépendance et, en 1815, le Valais devient le 20e canton suisse. Nommé chancelier, Rivaz se consacre au service de l’Etat.
Son esprit universel lui permet de rédiger des rapports et mémoires consacrés à des domaines aussi variés que les routes, l’amélioration du bétail, la lutte contre la misère, la suppression des droits féodaux, l’amélioration des systèmes de poids et mesures, l’endiguement du Rhône ou encore les glaciers. Il fait en outre percer des galeries pour récolter du sel dans le val d’Hérens.
Il décède le 30 juillet 1828, épuisé, laissant derrière lui une masse de documents relatifs à ses nombreux intérêts, de la navigation à vapeur à l’aéronautique en passant par la fabrication des acides et la machine typographique devant faciliter le travail de l’imprimeur.
Source: L’inventeur Isaac de Rivaz (1752-1828), Henri Michelet, Pillet Martigny, 1965. (24 heures)
Créé: 13.03.2012, 22h55
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