250 ans dans la vie des Vaudois
1840: Mister Strutt peint Rossinière
Par Michel Rime. Mis à jour le 23.04.2012
Dossiers
Cette année-là...
20 janvier?Le Français Jules Dumont d’Urville explore la Terre-Adélie.
10 février?La reine Victoria épouse Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Un anarchiste tirera sur leur carrosse, sans les blesser, quatre mois plus tard.
12 juin?La Convention mondiale contre l’esclavage se tient à Londres. Les femmes peuvent assister aux débats? dissimulées derrière un rideau.
Genève?Première exposition mondiale de photos: Jean-Baptiste Isenring présente ses daguerréotypes.
New York?Epidémie de typhus.
L'image
?Les cendres de Napoléon Ier sont transférées aux Invalides à Paris. Balzac écrit: «(…) Cent mille personnes dans les Champs-Elysées! Chose qui ferait croire à des intentions dans les effets naturels: au moment où le corps de Napoléon est entré aux Invalides, il s’est formé un arc-en-ciel au-dessus de la nécropole.»
Partager & Commenter
Dans ses livres, le journaliste Pierre Grellet s’est passionné pour la vieille Suisse, les séjours de Casanova dans ce pays et le tourisme au XIXe siècle. Paru à Lausanne, La Suisse des diligences raconte comment le peintre anglais William Thomas Strutt (1777-1850) se retrouve sur le chemin du Pays-d’Enhaut. Rejoignons-le sous la plume de Grellet. «Par une matinée printanière de 1840, M. Strutt et sa femme prennent à Lausanne la diligence de Bulle pour se rendre de là à Rossinière peindre à l’huile le portrait du vénérable pasteur Henchoz. A Bulle où ils doivent passer la nuit, ils hésitent entre les enseignes des deux principales auberges de la localité.
Logeront-ils à l’Hôtel de Ville ou à l’Hôtel de la Mort? Ce dernier gîte ne leur paraît guère engageant, en dépit des promesses peintes sur la façade de la maison: «A la Mort, Bon logis à pied et à cheval. Le vin qu’on y boit Guérira votre mal. Entrez donc, passans, Assiégez mon tonneau, Ce n’est pas celui-ci Qui conduit au tombeau.»
Etonnement à Rossinière
Les voyageurs donnent la préférence au premier hôtel, où ils trouvent excellent logement, bonne cuisine, beaucoup de prévenance et des prix modérés. Retour à Grellet dont nous avons mis quelques verbes au présent. «A Rossinière, on est bien loin de tout cela. L’arrivée de deux étrangers prend l’hôte au dépourvu; le dessinateur anglais et sa femme, qui n’ont guère l’impression d’être très désirés, font décharger leurs malles – leur butin comme on dit autour d’eux – sous les regards étonnés de presque tout le village; prenant possession de la salle commune, qui sert aux séances des autorités municipales, ils s’assoient sur des bancs de bois et s’enquièrent des ressources culinaires de leur auberge.
»?Le patron de céans, qui est veuf, appelle en consultation une sorte de Maître Jacques en jupons qui cumule les fonctions de cuisinière et de femme de chambre. Après de laborieux pourparlers, suivis de longs préparatifs, on leur sert un potage assaisonné de beaucoup de cannelle, où des tranches de pain nagent dans un liquide qui tient le milieu entre l’eau et le lait, et comme plat de résistance, un petit morceau de vache séchée, entourée d’une sauce fortement pimentée.
»?C’est le menu à peu près invariable des quatre semaines qu’il faut pour achever le portrait en pied du pasteur Henchoz. La nuit, le couple anglais dort aux sons bizarres produits par la grosse machinerie de l’horloge du village qui tictaque à quelques pouces de leur oreiller. Le portrait terminé, toute la population vient le voir; les paroissiens descendent des alpages pour contempler les traits de leur pasteur reproduits sur la toile et l’on députe auprès de l’artiste une délégation du Conseil pour le prier d’en peindre un second, aux frais de la commune.»
Pierre Grellet ne nous dit pas ce qu’il advint, il renvoie aux écrits d’Elizabeth Strutt, Domestic residence in Switzerland, deux volumes parus à Londres en 1842.
Aubergiste Janus
La Suisse des diligences s’intéresse aux sites, aux auberges et aux mœurs. Des illustrations ponctuent le propos de l’auteur, entre la gravure de paysage et la caricature. Comme celle de cet aubergiste Janus qui se courbe devant un milord bien sapé et, en même temps, regarde de haut un voyageur avec un sac à dos. Toujours en 1840, mais à Lausanne, Pierre Grellet s’émerveille des lanternes.
Car l’obscurité des rues s’étendait aux vestibules et aux escaliers. Et comme on habitait volontiers au second voire au troisième, une visite «comportait souvent tous les hasards et toutes les incertitudes du colin-maillard, mais sans ses amusements». Et de citer les noms évocateurs des villas lausannoises: Belle-vue, Belle-fontaine, Beau-lieu, Beau-séjour, Beau-site, Beau-soleil, Les Bergères, La Roisère, Le Désert, les Délices, l’Elysée, sans oublier Mon Repos. La déception rode aussi chez les touristes. Lorsqu’ils s’élèvent dans les alpages, ils déchantent parfois, à l’image de l’écrivain breton Jacques Cambry s’étonnant de ces lits d’herbage et de peaux de mouton jetés au-dessus d’une étable «dont les vapeurs, qui vous infectent, s’élèvent et se confondent avec la fumée qui vous aveugle». Envolé le mythe du bon sauvage.
Source: La Suisse des diligences, Pierre Grellet, Editions SPES 1921 et Cabédita 2010 (24 heures)
Créé: 23.04.2012, 22h43
Publier un nouveau commentaire
Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction
ABONNEMENTS MOBILE
Grâce à notre outil comparatif indépendant, nous vous aidons à trouver l’abonnement optimal pour votre téléphone portable.
ASSURANCES AUTO
Est-ce que votre assurance auto répond à vos attentes ? En seulement cinq petites étapes, trouvez l’offre qui vous convient.





Veuilliez attendre s'il vous plaît 























