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250 ans dans la vie des Vaudois

1842: un vrai palace sur la Riviera

Par Christophe Boillat. Mis à jour le 25.04.2012

L’Hôtel des Trois Couronnes conduit Vevey vers le tourisme hôtelier de grand luxe

1/2 Cette gravure de la décennie 1850 montre l'Hôtel des Trois Couronnes, côté lac, avant que ne soit construit le quai Perdonnet.
Image: MUSÉE HISTORIQUE DE VEVEY

   

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L’Hôtel des Trois Couronnes ouvre à Vevey le 3 mai 1842. Il s’inscrit en droite ligne de la nouvelle vague de l’hôtellerie suisse, après l’Hôtel des Bergues, à Genève.

Construit sur les murs du château des Belles Truches, maison fortifiée qui contrôlait le petit port attenant et où l’on percevait des droits de douane, le Trois Couronnes se situe rue d’Italie. On y jouit d’un magnifique panorama sur le lac et les Alpes.

Gabriel Monnet, son propriétaire, descend d’une longue lignée d’hôteliers veveysans. En fait d’hôtel, on parle plutôt en 1842 de logis ou d’auberge. Mais Monnet, en visionnaire, entend capter les touristes de passage en leur offrant un écrin digne de ce nom. Anglais et bourgeois allemands sont déjà sur place. Ils viennent prendre le bon air, profitant de la douceur du climat et du paysage. Et montent à Blonay pour se plonger avec délectation dans les bains à l’Alliaz.

Vers la révolution industrielle
Si Vevey bénéficie déjà du statut de station touristique, le lit et le couvert ne sont pas au niveau. Ce pôle de l’est du canton officie, depuis le Moyen Age, comme dépôt de fiacres. C’est un ancien relais de diligences postales. Alors que le train n’arrivera que deux décennies plus tard, la ville vit les prémices de la révolution industrielle. Une fonderie et de nombreuses tanneries s’y taillent une bonne place. Le Trois Couronnes ouvre entre les Fêtes des Vignerons de 1833 et de 1851.

Monnet souhaite développer le tourisme de qualité. Il demande à l’architecte veveysan Philippe Franel (1796-1867), lui aussi visionnaire, de lui dessiner les contours de son nouveau bâtiment. L’homme a voyagé et innove en créant des modèles dans la région. L’empreinte de celui qui est aussi charpentier reste aujourd’hui omniprésente sur la Riviera. On lui doit les plans de l’école des garçons, du bâtiment de la Part-Dieu, de la tour de l’Horloge ou du Manoir de Ban, à Corsier (là où s’installera Charlie Chaplin). Franel est surtout connu pour donner, à partir de 1840, son aspect néogothique au château de l’Aile.

Séduit par le projet de Monnet, l’architecte expérimente de nouvelles idées. Le hall se veut lumineux et aéré grâce à l’installation de verrières. Il conçoit un immense espace public. Les chambres, en enfilade et indépendantes, sont modulables à loisir en suites. Des baignoires mobiles sont chauffées par un poêle à cheminée. Eclairage à la bougie ou à l’alcool dans chaque chambre. La terrasse qui surplombe le lac – les quais n’existent pas encore – est complétée par deux escaliers permettant de descendre au lac et d’avironner sur de petites barques.

Très vite, le Trois Couronnes gagne ses galons de palace, l’un des plus importants de Suisse. Les Allemands s’installent à demeure. Et les Anglais, qui obtiendront le culte anglican célébré dans l’hôtel et des concessions au cimetière Saint-Martin, sont rejoints par d’autres nationalités. Parmi eux des Russes qui, passant par Baden-Baden, y font escale avant de poursuivre leur périple vers Nice et Biarritz. Se feront remarquer à l’hôtel des empereurs allemands ou hollandais, la tsarine russe Alexandra, Allemande de naissance, qui loua tout l’établissement un hiver entier, le chah de Perse ou Jérôme Bonaparte. L’Aga Khan s’y mariera.

Sources: Musée historique de Vevey et Luigi Napi, archéologue et historien de l’art. (24 heures)

Créé: 25.04.2012, 22h23

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