Les 250 ans de 24 heures
1864: Les cartes de Dufour font foi
Par Gilles Simond. Mis à jour le 29.05.2012
Dossiers
Dufour en dates
Dufour en dates
1787 Naissance à Constance.
1809 Ecole polytechnique de Paris, puis Ecole d’artillerie et du génie de Metz.
1811 Devient spécialiste des fortifications dans l’armée française.
1813 Blessé dans un affrontement naval contre les Anglais. Promu capitaine.
1817 Retour en Suisse. Devient ingénieur cantonal de Genève, où il réalise de grands travaux. Intègre l’armée suisse.
1823 A Genève, construit le premier pont suspendu à câbles métalliques d’Europe.
1830 Député à la Diète fédérale.
1831 Directeur de l’Ecole d’officiers.
1833 Occupe Bâle avec une division.
1847 Commandant en chef, remporte la guerre du Sonderbund en 27?jours.
1862 Conseiller aux Etats.
1863 Cofondateur du Comité international de la Croix-Rouge.
1875 Meurt à Genève.
Cette année-là
Bâle?Ouverture d’une fabrique de colorants, la future entreprise chimique Ciba.
Lausanne?Fondée à Berne en 1863, la Banque Fédérale ouvre la première succursale d’un établissement suisse.
22 août A Genève, suite à l’invalidation de l’élection d’un opposant aux radicaux au Conseil d’Etat, une fusillade fait cinq morts. La ville est occupée par les troupes fédérales.
28 septembre?Fondation à Londres de l’Association internationale des travailleurs, connue sous le nom de
Ire Internationale Socialiste, par Marx et Engels.
Des billets émis à Payerne
?La Banque nationale n’existant pas encore, la Banque Populaire de la Broye, créée en 1864 à Payerne, obtient le droit d’émettre des billets, comme d’autres établissements régionaux. Elle met en circulation des coupures de 10 et 20?francs illustrées d’une image de l’abbatiale. La BPB sera absorbée par la Banque Cantonale Vaudoise en 1965.
Retrospective
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Trente-deux ans. Lorsque paraît la 25e et ultime feuille de la carte de Suisse au 1: 100?000, Guillaume Henri Dufour met un terme à une entreprise qui l’a occupé durant plus de trois décennies. L’une des trois tâches dont il se déclarera le plus fier, avec la campagne du Sonderbund et l’aménagement des quais de Genève, dans une carrière fort bien remplie (lire ci-contre).
Dès le début du XIXe siècle, le manque de bonnes cartes géographiques se fait sentir dans le cadre de manœuvres militaires. En 1828, la Société helvétique des sciences naturelles demande une carte détaillée des Alpes, importante pour la connaissance du pays, les voyages mais aussi la géologie et la botanique. Dès 1832, les pays d’Europe se mettent à publier des cartes d’état-major et la Suisse ne peut que mesurer son retard en la matière: elle ne dispose que de travaux partiels, dispersés, non coordonnés, inexacts ou ne pouvant être reliés les uns aux autres.
Lorsqu’il prend ses fonctions de directeur des travaux topographiques suisses, fin 1832, Dufour, 45?ans, est l’homme de la situation. Chef de l’état-major général, formé à la topographie et à la cartographie par les Français – la référence de l’époque –, mathématicien et géomètre, il excelle aussi comme organisateur et meneur d’hommes. En 1837, la Diète fédérale lui accorde les moyens d’ouvrir, à Genève, un bureau topographique permettant l’indispensable unification des travaux des divers cartographes œuvrant à travers le pays.
Au péril de leur vie
La tâche est gigantesque. Il faut rendre hommage aux collaborateurs qui se sont, littéralement, tués à la tâche pour effectuer les mesures dans les Alpes: le Jurassien Gobat, foudroyé au sommet du Säntis, l’ingénieur Glanzmann, victime d’une chute mortelle dans les Grisons. Rochers qui se détachent, avalanches et intempéries sont le lot quotidien de ces hommes. En plus, ils doivent parfois faire face à l'hostilité de montagnards qui les prennent pour des espions et détruisent leurs signaux de triangulation…
Et puis les crédits sont insuffisants, obligeant des arpenteurs à mettre leurs montres en gage pour pouvoir payer le billet de train qui les ramènera à la maison. Car le milieu politique n’a pas toujours bien saisi l’intérêt de l’investissement (1,5 million de francs au total) et Dufour doit lutter pour obtenir les moyens d’engager le personnel nécessaire, dont les indispensables graveurs sur cuivre.
Les cartes font débat
En 1845, lorsque les premières cartes paraissent – couvrant les cantons de Genève, de Vaud et du Valais –, Dufour doit faire face aux critiques qui contestent les choix graphiques et signalent d’impardonnables erreurs, notamment dans les dénominations. Dufour se fend d’un rapport, soulignant l’«immense difficulté» posée «par la diversité des jargons suisses» et l’impossibilité de satisfaire à la fois les puristes et les habitants attachés aux appellations locales. Il convient de faire contrôler les feuilles par les autorités cantonales. Ses défenseurs, eux, estiment que les cartes Dufour surpassent «en exactitude du dessin» et «en beauté d’exécution» tout ce qui a été fait jusqu’alors. La reconnaissance internationale vient des plus fameux géographes européens, pour qui l’ouvrage n’est autre que «le chef-d’œuvre de ce siècle dans l’art de la cartographie», plaçant la Suisse à «la première place parmi les Etats, étant donné qu’aucun autre pays n’a quelque chose d’analogue à lui opposer». Une réputation d’excellence qui s’est prolongée depuis dans les productions de l’Office fédéral de la topographie.
Héros national après la campagne éclair du Sonderbund en 1847, Dufour, lui, est au sommet. Plus précisément à 4634?mètres d’altitude, depuis que le Conseil fédéral a décidé en 1863 de nommer Pointe-Dufour le plus haut sommet du pays, dans le massif du Mont-Rose.
Sources: Guillaume Henri Dufour ou la passion du juste milieu, Jean-Jacques Langendorf, Ed. Coeckelberghs, 1987. Histoire de la Carte Dufour, Bureau topographique fédéral, 1898. (24 heures)
Créé: 29.05.2012, 22h36
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