Les 250 ans de 24 heures
1879: une nature enfin domptée
Par Philippe Dumartheray. Mis à jour le 19.06.2012
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Johann Rudolf Schneider, le sauveur du Seeland, peut enfin fumer un cigare, le premier depuis 28?ans, en admirant la fin des travaux du percement du canal de Hagneck. Un canal qui permet de détourner les eaux de l’Aar vers le lac de Bienne. En ce 22 août 1878, la correction des eaux du Jura commence à devenir réalité, même si les travaux vont se poursuivre jusqu’en 1891. Dès 1879 cependant, les résultats sont visibles au point de remodeler complètement le paysage de la région des Trois-Lacs (Neuchâtel, Morat et Bienne). Le niveau des étendues d’eau s’abaisse de 2,5 mètres et débouche sur des gains de terrains: 23,3 km2 autour du lac de Neuchâtel, 4,5 km2 et 3,7 km2 autour de ceux de Bienne et de Morat. Pas moins de 400 km2 de marais sont asséchés. Toute la région du Seeland connaît un formidable essor économique.
Depuis le XIIIe siècle, les chroniqueurs relatent crues et inondations qui se succèdent à intervalles réguliers. Le Seeland, tous ces siècles, reste une zone marécageuse très pauvre, favorisant les épidémies et interdisant des récoltes régulières. Face à cette nature hostile, un homme luttera de toutes ses forces pour tenter de la dompter. C’est Johann Rudolf Schneider, bien sûr, qui jeune médecin comprend que la misère sociale et sanitaire des Seelandais est étroitement liée aux marais. Les crues dramatiques de 1831 et de 1832 l’aident. A Nidau, là où il officie, les gens se mobilisent, organisent des comités d’initiative sans toutefois parvenir à se mettre d’accord sur le projet à soutenir en priorité.
Assèchement préconisé
Le célèbre ingénieur grison, Richard La Nicca, est finalement appelé à la rescousse. Son plan, présenté en 1842, préconise un assèchement des marais et un abaissement du niveau des lacs. Quatre axes principaux sont retenus. Tout d’abord dévier l’Aar dans le lac de Bienne par le canal de Hagneck. Puis faciliter l’écoulement des eaux du lac de Bienne par la construction du canal de Nidau à Büren. Et en amont, corriger la Broye entre les lacs de Morat et de Neuchâtel, comme la Thielle entre ceux de Neuchâtel et de Bienne. Entreprendre, enfin, de colossaux travaux d’assèchement et de drainage des Grands Marais.
Les travaux ne débutent pourtant pas tout de suite. La Suisse n’existe comme Etat que depuis 1848. Et la région concernée par les travaux touche cinq cantons: Vaud, Fribourg, Berne, Soleure et Neuchâtel. Des entités promptes à se diviser sur le coût des travaux jugés trop élevé, par les Vaudois. Trop limités par les Bernois. Tous trouvent également à redire au projet de Richard La Nicca.
Une fois la Confédération aux commandes, elle prône l’acceptation, le 20 juin 1863, d’un projet quelque peu modifié, fruit des idées de La Nicca et d’un nouveau venu, l’ingénieur biennois, Gustav Bridel. Mais il faudra toutefois attendre quatre années et des pressions aux Chambres pour qu’un arrêté fédéral attribue 5 millions de francs aux cinq cantons, soit un tiers des frais. Une année plus tard, le premier coup de pioche est donné à Nidau, la patrie de Schneider.
Il s’agit dès lors de creuser plusieurs canaux. Entre Nidau et Büren, il mesure douze?kilomètres, celui de Hagneck, huit à travers les collines. En amont, le canal de la Broye et de la Thielle, huit?kilomètres également.
Terrible crue en 1910
Cette première correction des eaux du Jura ne prendra fin qu’en 1891. Elle montrera assez vite ses limites. Lors d’une nouvelle crue en 1910, notamment. Déjà envisagés par Richard La Nicca, d’importants travaux reviennent sur le devant de la scène. Il faudra néanmoins patienter près de cinquante ans pour qu’ils démarrent. Entre 1962 et 1973, ils permettront d’élargir les canaux de la Broye et de la Thielle. Le cours de l’Aar est aussi une nouvelle fois corrigé et un barrage de régulation construit. Depuis l’achèvement de la seconde correction des eaux du Jura, aucune grande inondation n’a surpris le Seeland. Jusqu’à celle d’août 2007 dont les effets ont, toutefois, pu être limité grâce aux corrections entreprises au XIXe et XXe siècle.
Source: L’histoire de la correction des eaux du Jura, Matthias Nast, Verein Schlossmuseum Nidau, 2006, 192 p. (24 heures)
Créé: 19.06.2012, 20h30
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