Les 250 ans de 24 heures
1881: Forel, l’homme du Léman
Par Madeleine Schürch. Mis à jour le 21.06.2012 1 Commentaire
Dossiers
Lac et glacier, une histoire d’eau
C’est pour expliquer la brusque montée des eaux du Léman que François-Alphonse Forel a l’idée de mettre en place un protocole d’observation des glaciers. A l’aide d’alpinistes et de guides qui lui rapportent tout changement, il est l’un des premiers à établir, sur plusieurs années, des observations systématiques de l’évolution des glaciers. Celles-ci aboutiront en 1881 à la publication d’une série de rapports sur les variations des glaciers. Le savant avait déjà remarqué, durant son siècle, que ces derniers changeaient de volume et s’allongeaient pendant dix à vingt ans, puis reculaient sur une même période, sans pouvoir vraiment expliquer le?phénomène. Dans ce domaine, François-Alphonse Forel fait désormais autorité. Au VIe Congrès international de géologie de Zurich, en 1894, il est décidé de créer une commission internationale sur les variations des glaciers dans les diverses contrées de la?Terre. Le Vaudois en est le premier président.
Cette année-là...
Mars:?Alexandre II de Russie est assassiné à Saint-Pétersbourg. S’ensuit une première vague de pogroms à l’encontre des Juifs dans l’Empire.?Un certain nombre d’entre eux émigre en Palestine.
28 avril:?Billy the Kid s’évade de prison au Nouveau-Mexique et est abattu en juillet par Pat Garrett, devenu shérif.
20 juillet:?Reddition du chef sioux Sitting Bull.
10 octobre:?Les troupes françaises occupent Tunis.
Brésil?São Paulo produit 1?200?000 sacs de café et Rio de Janeiro 4?400?000.
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François-Alphonse Forel aurait mérité tout autant que son cousin Auguste, l’éminent psychiatre et myrmécologue, de figurer sur notre précédent billet de 1000?francs. Ou de voir un musée porter son nom, comme celui de Morges, qui rend hommage au graveur Alexis, un autre de ses cousins. Car cet inventeur de la limnologie, ou comme il le disait lui-même de «l’océanographie des lacs», a laissé aux chercheurs du monde entier un incroyable héritage scientifique.
En signe de reconnaissance, ses pairs ont donné son nom à un institut, à un sous-marin, à des instruments de mesure, mais aussi au deuxième plus haut sommet du Groenland (3360?m). Parce que ce savant universel, écologiste avant l’heure, fut aussi un pionnier de la glaciologie. En 1881, il publiait ses premières Variations périodiques des glaciers des Alpes, un rapport sur l’avancement et le recul des neiges éternelles qu’il tiendra à jour jusqu’en 1912 (lire ci-contre).
Né à Morges en 1841 dans une famille de magistrats, notaires et négociants, François-Alphonse Forel, comme la pomme, n’est pas tombé loin de l’arbre. C’est à l’âge de 13?ans que le garçon élevé sur les rives du lac participe aux fouilles que son père, François, président du tribunal du district et historien, mène sur les stations néolithiques subaquatiques, autrement dit les lacustres, dans la baie de sa ville natale.
Passion pour la recherche
Une première expérience scientifique qui fera naître chez le jeune Vaudois une véritable passion pour la recherche. A l’Université de Genève, il étudie les sciences naturelles et physiques et les lettres, mais il se destine à la médecine. Après avoir passé par Montpellier, Paris et Würzburg, il obtient son titre de docteur en 1867. De retour en Suisse, il est nommé professeur de physiologie et d’anatomie à l’Université de Lausanne, poste qu’il occupera jusqu’en 1895. A cette époque, il veut alors se consacrer entièrement aux recherches qu’il a lancées en parallèle depuis trois décennies sur son objet de prédilection: le Léman.
Cela fait un bail que ce savant à la curiosité encyclopédique sonde, écoute, mesure et analyse toute la vie et les phénomènes qui agitent la plus grande gouille d’Europe occidentale. Correspondant avec des collègues et des étudiants suisses ou étrangers, il compare des données sur les lacs et enquête auprès des hommes de terrain – capitaines, bateliers et pêcheurs du Léman – pour dresser observations et statistiques.
Large reconnaissance
C’est la découverte du phénomène des seiches qui lui vaudra, de son vivant déjà, une reconnaissance internationale. Il parvient en effet à démontrer que l’onde stationnaire que l’on perçoit à la surface des lacs (sorte de petite marée qui représente, pour le Léman, une amplitude de 30?cm sur une période de 73?minutes) trouve son origine dans la gravité induite par les variations atmosphériques. Une observation qui lui permettra de résoudre une énigme vieille de 2000 ans et qui aurait provoqué le suicide d’Aristote. Car comme le philosophe, on se demandait depuis l’Antiquité pourquoi le courant change de direction plusieurs fois par jour dans le détroit de l’Euripe, entre la Grèce et l’Eubée! Forel expliquera qu’il s’agit d’une seiche oscillant le long du canal.
Dans sa monographie du Léman parue en trois volumes entre 1892 et 1904, le savant ne se contente pas de relever tout l’écosystème du lac, sa climatologie, sa géographie, sa biologie, son histoire ou même son acoustique et son optique. Il découvre aussi fortuitement, alors que les océanographes prétendaient que les fonds marins étaient inhabités, qu’il y a des êtres vivants dans les abysses. En 1869, par 40?mètres de profondeur, il découvre en eau douce un nématode, le Mermis aquatilis.
Pour étudier le Léman et ses origines glaciaires, François-Alphonse Forel s’intéresse à toutes les disciplines. Il devient ainsi un précurseur de la sismologie puisqu’il a mis au point, avec un Italien, la première échelle de mesure des secousses, appelée Forel-Rossi. Il a aussi été le premier à lancer des ballons-sondes pour effectuer des observations météorologiques en haute atmosphère.
Expert en tout, il dressera, en 1872, un rapport pour le Conseil d’Etat sur le phylloxéra qui ravage les vignes, un autre sur les eaux thermales de Lavey. Il disparaît en 1912, laissant cette réponse à ceux qui se demandaient à quoi pouvaient bien servir toutes ses recherches: «La grandeur de l’homme ne réside-t-elle pas en partie dans cette curiosité singulière qui l’entraîne à surprendre et à comprendre les secrets de la nature qui l’entoure?» (24 heures)
Créé: 21.06.2012, 22h29
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La rédaction
1 Commentaire
Très bel et très intéressant article. Merci Répondre
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