Les 250 ans de 24 heures
1883: Radical est le scandale
Par Justin Favrod. Mis à jour le 25.06.2012
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Cette année-là...
1er janvier?Le Vaudois Louis Ruchonnet (1834-1893) est président de la Confédération.
19 mars?Inauguration de l’Hôpital cantonal au Champ-de-l’Air, à Lausanne, futur CHUV.
Médecine?Le médecin allemand Robert Koch identifie
le bacille du choléra.
4 octobre?L’Orient-Express relie Paris à Constantinople via Munich, Vienne et Budapest.
24 novembre?A Paris, le préfet Eugène Poubelle oblige les propriétaires d’immeubles à mettre à disposition de leurs locataires des récipients pour les déchets ménagers.
L'image
En funiculaire vers les sommets: dès août 1883, les nombreux touristes en villégiature sur la Riviera vaudoise profitent du premier chemin de fer de montagne romand: le funiculaire Territet-Glion, d’une longueur de 600?m pour 300?m de dénivellation et fonctionnant à contrepoids d’eau.
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Une cheminée défectueuse fait trembler le tout-puissant Parti radical vaudois. Mais commençons par le commencement. Nous sommes le 7 avril 1883, il est 8?heures 45. A Vallorbe, la maison Bosshardt, à côté de l’Hôtel de la Croix-Blanche, a pris feu.
Les pompiers s’activent. Ils maîtrisent l’incendie. Lorsqu’ils se retournent, ils découvrent que des bardeaux enflammés du toit ont été projetés par la bise. La Grande Rue flambe. Puis les rues adjacentes. A 13?heures, 98 bâtiments sont détruits.
Louis Vallotton, âgé de 68?ans, est mort en voulant sauver des valeurs de son frère. Entre 700 et 900 Vallorbiers sur les 2000 que compte la commune ne possèdent plus que les habits qu’ils portent. Les actes de courage ne manquent pas. Ainsi le capitaine Glardon, détenteur du débit de poudre, pousse au milieu des flammèches une charrette chargée de ses dangereux barils. Qu’il laisse dans un champ où ils ne tardent pas à exploser, sans dommage.
Le télégraphe de la gare crépite, mais les pompiers de Pontarlier et de Lausanne n’arrivent plus que pour déblayer les ruines. «Quelques murs calcinés, troués, lézardés, branlant et menaçant ruine. Voilà tout ce qui reste», décrit la Feuille d’avis de Lausanne.
Un élan de sympathie gagne le pays. Le jour même, trois conseillers d’Etat sont sur place avec le sous-préfet de Pontarlier. Couvertures et nourriture affluent. Les villages voisins recueillent femmes et enfants. Une souscription réunit 190?000?francs.
Les caisses sont vides
Après la solidarité, le scandale. Lorsqu’il faut rembourser les biens meubles détruits, on découvre que le gouvernement vaudois a illégalement vidé la caisse des établissements cantonaux d’assurance pour boucher les trous du budget. L’Etat doit emprunter 800?000?francs.
Or les libéraux sont justement en train de dénoncer la gestion des radicaux: le receveur des impôts de Nyon, radical, est devant la justice pour détournement de fonds. En mai, c’est le receveur d’Oron, tout aussi radical, qui disparaît avec 30?000?francs.
La très libérale Gazette de Lausanne se déchaîne: «L’association démocratique (les radicaux) est au pouvoir, elle détient toutes les ressources du budget, elle dispose de toutes les influences, elle fait la loi, elle l’exécute, elle nomme tous les emplois, son personnel est partout, elle occupe tout, depuis les places de gardes champêtres jusqu’à la présidence du Grand Conseil.» Pour les libéraux, le Parti radical est responsable des scandales, comme de la situation délicate des finances cantonales.
Cela n’empêche pas les libéraux de perdre les élections cantonales complémentaires du 27 mai. Les radicaux, qui ont eu chaud, se vengent en révoquant les juges et assesseurs libéraux du canton. La tension monte. La Gazette de Lausanne dénonce de nouvelles irrégularités comptables. Le Parti libéral a une crainte: que les radicaux augmentent les impôts. Et un désir: que le train de l’Etat soit réduit. Mais demander au Parti radical une «réduction de dépenses, c’est lui demander un suicide», écrit la Gazette. En novembre, le journal lance avec succès une pétition pour changer la Constitution.
Une assemblée constituante est élue en 1884. Mais les radicaux y restent très majoritaires. Ils instaurent l’impôt progressif. Le diable pour les libéraux. L’ambiance est si tendue que les constituants s’invectivent. Un jour de 1884, le radical Eugène Ruffy lance des accusations contre un parent d’Edouard Secretan, rédacteur en chef de la Gazette de Lausanne. Secretan provoque Ruffy en duel aux pistolets. La rencontre a lieu à Troinex, dans le canton de Genève. Le témoin de Ruffy a prévenu la police et l’affaire se termine pitoyablement à l’Hôtel de Ville. Tout cela à cause de la cheminée de Monsieur Bosshardt.
Sources: Histoire de la Gazette de Lausanne, 1874-1917, Alain Clavien, Lausanne, 1997. Histoire des incendies mémorables à Vallorbe, Vallorbe 1983. (24 heures)
Créé: 25.06.2012, 22h19
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