250 dans la vie des Vaudois
1889: Une supplémentaire à Vevey
Par Michel Rime. Mis à jour le 03.07.2012
Dossiers
Cette année-là
22 avril ?L’Oklahoma est déclaré ouvert à la colonisation. En quelques heures, le district, situé en territoire indien, est occupé par 50?000 colons.
2 mai ?Le traité d’Uccialli établit le protectorat théorique de l’Italie sur l’Éthiopie.
6 mai?Inauguration de la Tour métallique d’Eiffel à l’Expo universelle de Paris.
Lausanne ?Grave inondation du Flon à la rue Centrale.
Kazakhstan? Un décret permet la libre installation de paysans russes: plus de 1 million s’y implanteront au nord des steppes jusqu’en 1914.
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Depuis la précédente célébration, portée aux nues par Théophile Gautier en 1865, il y a eu la guerre franco-allemande et les premières attaques du phylloxera. 1889 explose Vevey les 5, 6, 8 et 9 août. Devant le succès, le spectacle et son cortège remplissent aussi la ville le samedi 10. Avec plus de soixante mille visiteurs, cette sixième Fête des Vignerons dégage, pour la première fois, un bénéfice. La une de la Feuille d’Avis de Lausanne du lundi 5 août, entièrement publicitaire, consacre sa colonne de droite à des annonces autour de l’événement. Un omnibus part chaque jour à 4?h du matin de la place de St-François: c’est 3?fr.?50 à l’intérieur, et 3?fr. sur l’impériale, retour programmé à 4?heures et demie du soir. A ce prix-là, on obtient une jolie chambre à l’Hôtel Beaulieu de Vernex-Montreux, ou on achète 60?litres de pommes de terre.
Le bateau s’avère moins onéreux: 2?fr. aller et retour. Même prix pour un char à échelles «bien arrangé» au départ de la Riponne. Et le magasin de charcuterie Charles Forney, rue du Pont, d’annoncer son ouverture pendant la Fête tous les matins à 4?h, proposant un grand choix de «pâtés frais et salé assorti». L’album illustré (ou dépliant) est, lui, en vente au kiosque du débarcadère à Ouchy, pour 4?fr.
Des coins de ciel bleu
Le même jour sur place de bonne heure, on craint le pire, car la pluie «se précipite sur le sol avec une violence farouche, pendant que les roulements de la foudre retentissent avec fureur.» Pour la première fois, on avait pourtant fait appel à des spécialistes des lunaisons afin de fixer les dates de ce que les chroniqueurs de l’époque nomment la plus belle des fêtes nationales suisses. La sagesse commande alors de retarder le lancement de la journée officielle. Sur le coup des 10?h, des coins de ciel bleu rendent l’espoir, les cloches sonnent et le canon gronde.
M. l’abbé Cérésole monte, une crosse dorée à la main, sur la tribune qui lui est réservée. L’ancien président de la Confédération va bientôt s’adresser aux quelque 12000 spectateurs, parmi lesquels tout le gratin politique du pays et de la région. L’heure est au frisson patriotique: trois ans plus tard, la Confédération inventera le 1er août.
Le maître de danse, le Genevois Benjamin Archinard, compte déjà deux Fêtes à son actif. Henri Plumhof, de Vevey, dirige la musique pour la deuxième fois. Elle est composée par Hugo de Senger, un autre Genevois. Le livret est encore collectif. Le poète de la Fête n’apparaîtra qu’en 1905 avec René Morax.
Ernest Ansermet notera plus tard à propos du maître de musique de 1889: «L’auteur de la partition avait su trouver un style où la spontanéité et la fraîcheur de sentiment s’alliaient à la grâce de l’expression et aux heureuses proportions de la forme.» Et le public d’applaudir à tout rompre l’air printanier du Devin du village de Rousseau («Allons danser sous les ormeaux»).
De manière générale, la mise en scène d’Ernest Burnat est très marquée XVIIIe siècle. Les textes en patois ont fondu: il ne reste que deux chansons de vignerons et le Ranz des vaches, qui tirent les larmes à tous. Si l’on en croit le correspondant anonyme de la Julie, des pleurs ponctuent régulièrement les moments forts du spectacle. Sa description des différents tableaux – bleu pervenche pour le printemps et Palès, rouge coquelicot pour l’été de Cérès, et vert vigne pour Bacchus – s’étale sur plusieurs jours. Il n’oublie pas de conter avec quelle générosité les autorités locales régalent «Messieurs les journalistes» d’ici, de France, d’Allemagne et d’Italie. Leur dîner au Grand Hôtel de Territet passe de la truite du lac au contre-filet à l’anglaise, de volailles sautées Bordelaise au gigot de chevreuil. Le tout arrosé de Sherry, de clos de Chillon, de Moulin à vent et de champagne suisse.
Source: La confrérie des vignerons et la Fête des vignerons, Emile Gétaz, 1941 (24 heures)
Créé: 03.07.2012, 21h16
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