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250 dans la vie des Vaudois

1890: Bocion, «l’essence du lac»

Par Françoise Jaunin . Mis à jour le 04.07.2012

Au-delà du chantre des beautés lémaniques, le Lausannois révèle une stature européenne.

Belle émotion lémanique, toute de transparence et?de lumière, dans <i>Le?remorqueur</i> de François Bocion. Cette huile sur toile (67 x 155?cm) date de 1867.

Belle émotion lémanique, toute de transparence et?de lumière, dans Le?remorqueur de François Bocion. Cette huile sur toile (67 x 155?cm) date de 1867.
Image: J-C. DUCRET/MUSÉE CANTONAL DES BEAUX-ARTS DE LAUSANNE

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Le 12 décembre 1890 meurt à Lausanne François Bocion, le chantre du Léman, l’homme qui voulait «rendre en quelque sorte l’essence du lac». Pari réussi: ses marines d’eau douce n’ont jamais cessé de ravir les Vaudois qui en ont fait l’un de leurs peintres favoris. Il avait 62?ans et venait tout juste de démissionner de son poste de maître de dessin à l’Ecole moyenne et industrielle qu’il occupait depuis 1849.

Issu d’un milieu d’artisans prospères, François Bocion était allé faire ses classes artistiques à Paris, dans l’atelier du Vaudois Charles Gleyre, chez qui il avait rencontré les futurs impressionnistes (Monet a douze?ans de moins que lui, Sisley onze, Renoir et Bazille treize). Il a parachevé sa formation à Rome, y apprenant la pratique de la veduta, la peinture de villes et de paysages mis en perspective. Après quoi, le Vaudois n’a plus guère quitté ses chers rivages lémaniques que pour quelques escapades à Paris, à Venise et à San Remo. Il partageait son temps entre l’enseignement, la peinture et sa famille: des neufs enfants que lui avait donnés son épouse zurichoise, seuls quatre sont parvenus à l’âge adulte.

Sa peinture le montre bien: l’homme n’était ni un révolutionnaire ni un chercheur de lumières fugaces, de touches vibrantes et de couleurs pures comme son camarade d’atelier Claude Monet. Il ne portait pas non plus un regard critique sur la société de son temps comme ses compatriotes établis à Paris, Théophile-Alexandre Steinlen et Félix Vallotton. Il admirait Corot plus que tout, sans que l’on sache s’il l’a vraiment rencontré. Il était un peu un cousin lacustre d’Eugène Boudin, le peintre des baigneurs des côtes normandes qui n’était que de quatre?ans son aîné.

Et il a été l’ami de Courbet pendant ses dernières années de vie à La Tour-de-Peilz. Il semble même que les deux compères aient planté leurs chevalets côte à côte face au lac. Mais si le Léman de Courbet se démène parfois en hautes pâtes, celui de Bocion reste toujours aimable, irisé et serein, préservé des orages et du gros temps. Sa palette aussi se garde de toute violence pour se faire la championne des gris colorés infiniment déclinés et modulés dans le registre d’un lyrisme délicat que quelques couchers de soleil majestueux viennent parfois embraser d’éclats orangés. Bocion est un rêveur lémanique, un poète amoureux des reflets nacrés sur la nappe liquide et de la haute silhouette bleue des Alpes au loin.

Pré-impressionniste

Pour autant, le peintre n’est pas un provincial isolé dans sa région. Il est même parfaitement inscrit dans la mouvance de son époque que l’on qualifie de «plainairiste» et pré-impressionniste. Il avait très tôt marqué son indépendance en rompant tant avec la peinture d’histoire (mise à part la commande que l’Etat de Vaud lui avait faite en 1857 pour illustrer la dispute religieuse de Lausanne) qu’avec l’école de peinture alpestre, dont la Suisse s’était fait une spécialité.

Il s’est d’emblée concentré sur le paysage lémanique et les scènes de genre qui se rapportent au lac, entre les travaux et les jours des pêcheurs, des lavandières et des bateliers, les jeux d’enfants et les promenades du dimanche, les barques à rame ou à voile latine, les chaloupes et les remorqueurs. Tel l’emblématique Remorqueur de 1867 du Musée cantonal, avec son format panoramique et les transparences mordorées de sa lumière. Bocion aimait plus que tout travailler en plein air, devant son motif, quand bien même ses peintures réalisées en atelier étaient plus recherchées et se vendaient plus cher. Depuis lors, l’histoire et le goût lui ont donné raison.

Derrière sa personnalité discrète et sa vie privée peu connue, Bocion n’est pas non plus resté isolé dans son atelier ou derrière son chevalet. Certes, sa production est considérable, mais l’homme s’est beaucoup impliqué aussi dans sa profession d’enseignant (Grasset et Vallotton ont fait partie de ses élèves et reconnu leur dette à son égard) comme dans la vie artistique vaudoise et suisse, notamment en tant qu’organisateur d’expositions, juré de concours, membre de la Commission fédérale des beaux-arts ou même conseiller communal.

Sources: François Bocion au seuil de l’impressionnisme, sous la direction de Dominique Radrizzani, Musée Jenisch, 2004. Bocion, Béatrice Aubert-Lecoultre, Ed.?Marendaz, 1977. Chefs-d’œuvre du Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne, 1989. (24 heures)

Créé: 04.07.2012, 21h18

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