La Une | Mardi 21 mai 2013 | Dernière mise à jour 07:57
250 ans dans la vie des Vaudois

1907: Voici la tempête rouge

Par Anne Rey-Mermet. Mis à jour le 29.07.2012

Plâtriers peintres, cimentiers ou chocolatiers, les ouvriers se mettent en grève.

En mars 1907, les ouvriers de la chocolaterie d’Orbe sont en grève. Leurs enfants sont envoyés chez des camarades à Lausanne.

En mars 1907, les ouvriers de la chocolaterie d’Orbe sont en grève. Leurs enfants sont envoyés chez des camarades à Lausanne.
Image: SPALINGER/LA PATRIE SUISSE

Rétrospective

Infobox

22 mars L’avocat indien Mohandas Gandhi lance un mouvement de résistance en Afrique du Sud contre les mesures obligeant l’enregistrement des Asiatiques.
20 juin La Banque nationale suisse ouvre ses portes.
Lausanne Création de la Sté de la Feuille d’Avis et des Imprimeries Réunies, futur Edipresse.
19 août Première Conférence internationale des femmes socialistes à Stuttgart, sous la houlette de Rosa Luxembourg.
21 octobre Panique boursière à Wall Street. Début de crise économique aux Etats-Unis.

Les anciens de l’Ecole industrielle

Marcel Burri, de Bex, nous a fait parvenir cette photo de 1907. Tout à gauche, au premier rang, son ancêtre, Maurice, âgé de 49 ans. Ses anciens camarades de l’Ecole industrielle de Lausanne portent la moustache fleurie et le canotier paraît très en vogue. (Image: ARCHIVES MARCEL BURRI)

Mistinguett en «gigolette»

En 1907, Mistinguett se produit pour la dixième année à l’Eldorado de Paris. Elle s’est d’abord fait appeler Miss Helyett puis Miss Tinguette. De son vrai nom Jeanne Bourgeois, la chanteuse et actrice française a alors 32?ans. Elle se produit en chanteuse comique, en épileptique ou en «gigolette», comme on appelle alors les filles des rues. Elle commence à s’en sortir plutôt bien et compense ses faiblesses vocales par un peu de comédie. Sa mimique unique et ses pas de danse font le reste. Deux ans plus tard, la future gloire nationale danse au Moulin Rouge.

mrm

Partager & Commenter

L’ours qui parle

Depuis 1891, notre Julie accompagne son édition du samedi d’un supplément gratuit intitulé Lecture du dimanche. Ce cahier de huit pages sans illustrations «feuilletonne», en 1907, les Nouvelles couches, de Charles de Vitis, puis Sa mère, d’El Neccar, qui présente les vues d’un Allemand sur la France. Les autres entrées, des articles plus ou moins scientifiques dans l’air du temps ou divertissants, prennent moins de place. Magnétisme, télépathie et radium rivalisent avec la recherche du pôle, une journée de pêche ou un résumé du champ exploratoire de l’hypnose. On y trouve un article non signé, pour une fois: Les fumeries d’opium à Paris. Il y en aurait partout, de la rue Blanche au Quartier latin. Les pipes de Bénarès y sont présentées comme les meilleures. La chute se veut morale sur la base des méfaits de la fumée bleue en Chine.

Et puis, avec Le ventriloque, on se marre. Il y est question de l’arrivée d’un montreur d’ours dans un village des Pyrénées. Lui et sa compagne sont bohémiens, naturellement. Les autochtones, forcément naïfs, s’extasient devant les tours du plantigrade. Mais un voyageur, descendu la veille à l’auberge, demande au bateleur d’où vient l’animal. Haussement d’épaules. «Est-ce qu’il parle? – Vous n’avez qu’à le lui demander.» S’ensuit une discussion tout à fait surprenante. L’ours, d’une voix gutturale, déclare venir de Suisse. Stupeur! Et à la question de savoir s’il se plaît dans son rôle, il s’exclame en regardant le public: «Si vous croyez que c’est gai d’amuser ces imbéciles.» De fil en aiguille, la bête finit par lâcher qu’un de ces jours il dévorera son maître.

Panique: tout le monde prend ses jambes à son cou, les saltimbanques les premiers. Le poilu en profite pour se faire la malle. Le soir venu, le voyageur explique aux villageois qu’il possède le don de ventriloquie… mais personne ne le croit. Et Eugène Fournier, auteur de l’article, de conclure: «les hommes préfèrent le merveilleux à la vérité.»

Michel Rime

Au tournant du siècle, une tempête rouge agite le canton. Les bourgeois assistent, consternés, à la montée aux barricades du prolétariat. Des conflits sociaux éclatent un peu partout, la grève devient un outil de révolte privilégié. Pour la seule année 1907, on recense quelque 300 cas en Suisse. Pierristes à Lucens, plâtriers peintres à Montreux, cimentiers à Paudex: quel que soit le corps de métier, les raisons de cesser le travail sont plus ou moins semblables.

Les ouvriers réclament une hausse du salaire horaire, une journée de travail plus courte et la reconnaissance des syndicats par le patronat. L’agitation règne et il suffit d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres.

Le renvoi d’un ouvrier chocolatier de la fabrique Peter Kohler, à Orbe, le 15 mars, déclenche une série de réactions qui aboutissent à une grève générale de Lausanne à la Riviera. Le mouvement se limite d’abord aux employés des chocolateries Peter Kohler: à Vevey et à Bussigny, on se solidarise avec les collègues du Nord dès le début du conflit. La première semaine de chômage forcé se déroule sans heurts. Mais, dès le 25 mars, les premiers incidents se produisent à Vevey.

On tente d’empêcher les «jaunes», les non-grévistes, d’accéder aux usines. Désormais, la haine des grévistes vise toute l’industrie. Les gendarmes essaient de s’opposer aux manifestants qui caillassent les bâtiments de Nestlé. Bien mal leur en prend: les émeutiers se trouvant à côté des voies ferrées, le ballast constitue une réserve de projectiles quasi inépuisable. Les pandores ont droit à leur comptant de gnons.

Coups de revolver
Peu habituée à de telles démonstrations, la population est choquée. «Les gendarmes tirèrent des coups de revolver, d’abord en l’air. (…) Si leurs balles firent quelques blessures, ils furent blessés eux-mêmes.» Tel est le récit de l’envoyé spécial de la Feuille d’avis de Lausanne du 26 mars. A partir de là, les événements s’accélèrent. Une centaine de soldats gagnent Vevey dans l’après-midi pour prêter main-forte aux gendarmes, suivis de 600 dans la soirée. La réaction musclée des autorités contribue probablement à l’élargissement du foyer de grève. L’esprit révolutionnaire gagne Lausanne. Le Conseil d’Etat envoie la cavalerie sur la place de la Riponne pour empêcher les rassemblements et tuer dans l’œuf toute velléité de rébellion.

On lit dans un manifeste distribué dans la capitale: «Nous protestons contre l’assassinat de nos camarades veveysans par des brutes militaires gorgées d’alcool.» L’assassinat en question est purement métaphorique: on ne déplore que des blessés à Vevey. Les bourgeois ne sont pas plus tendres avec les grévistes. «On se plaint du renchérissement de la vie, c’est la conséquence naturelle des grèves et du renchérissement de la main-d’œuvre», commente le notable veveysan Ernest Burnat dans son «journal de famille».

C’est une intervention du Conseil d’Etat qui met fin au conflit entre les patrons de Peter Kohler et les chocolatiers. Après moult tergiversations, les revendications des grévistes sont en partie acceptées par les dirigeants.

Source: La grève généralisée de mars 1907, Monique Jaccard, Revue historique vaudoise, 1971.



Les cigarières d’Yverdon contestent

Les mouvements syndicaux ne sont pas l’apanage des hommes. Souvent stigmatisées pour leur participation aux événements de mars 1907, les femmes sont les instigatrices d’une grève à la fabrique de cigares Vauthier d’Yverdon en mai de la même année. L’opinion publique, hostile aux grévistes en général, se montre particulièrement dure envers les femmes. La Gazette de Lausanne du 28 mai fustige les ouvrières en grève qui «ont la prétention de continuer d’amener leurs enfants à la crèche», alors qu’elles sont faites pour «celles qui travaillent». Comme la presse est jugée bourgeoise, on l’envoie au diable. Les ouvrières syndiquées possèdent, depuis le 1er mai, leur propre journal au titre évocateur: L’Exploitée. En août, on y lit: «Camarades, (…) les cigares Vautier sont boycottés. Demandez les cigares Helvetia de la coopérative de production des grévistes!» Une dizaine d’ouvrières renvoyées ont créé une coopérative de cigarettes. Les conditions y sont meilleures qu’ailleurs, on y travaille seulement 9?heures par jour.

(24 heures)

Créé: 29.07.2012, 20h51

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

Caractères restants:

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.
Aucun commentaire pour le moment

Sondage

Vous arrive-t-il encore de chanter?





Rencontre serieuse

publicité
  • [Alt-Text]

Le monde en images


ABONNEMENTS MOBILE

Grâce à notre outil comparatif indépendant, nous vous aidons à trouver l’abonnement optimal pour votre téléphone portable.

Bébé

Toutes les infos "bébé"

Cinéma

Sorties et bandes-annonces

Energie

Toute l'actualité sur l'énergie

ASSURANCES AUTO

Est-ce que votre assurance auto répond à vos attentes ? En seulement cinq petites étapes, trouvez l’offre qui vous convient.