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1918: Le diable tient le soldat
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4 avril?Opération de l’armée japonaise en Sibérie contre la Russie soviétique.
26 mai?Les Arméniens, sous la domination tsariste, proclament leur indépendance, fondant la république autonome d’Arménie, reconnue par les Alliés en 1920.
12 juin?Les États-Unis font approuver une Constitution à Haïti lors d’un référendum truqué. Le pays est administré par le pays de l’Oncle Sam et un dictateur fantoche.
L’artillerie suisse au travail
Ce poste d’artillerie contre avions ?à Porrentruy montre des soldats suisses au boulot. Le pointage, auquel le canonnier est occupé, s’effectue selon des tables de tir très spéciales. La région est une des plus courue par les aviateurs étrangers, mais l’armée veille.
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«Je vous prie d’excuser la liberté que je prends de vous écrire sans vous connaître, mais le projet que je vous soumets me tient si grandement à cœur que je me fais un devoir de vous l’exposer.»
Lorsque Charles Ferdinand Ramuz écrit ces mots à Werner Reinhart pour lui demander un soutien financier, le 2 mars 1918, ni lui ni Igor Stravinski n’ont encore écrit une ligne de ce qui deviendra L’histoire du soldat . Mais ils y réfléchissent depuis des semaines. L’œuvre est tirée d’un conte russe, où il est question d’un soldat qui rentre chez lui, de son violon et de son marché avec le diable. Werner Reinhart répond favorablement à Ramuz et garantira l’entier du capital du spectacle, soit 15?000?francs. Ramuz se met au travail dès le 3 mars et reprend plusieurs fois le texte. Stravinski va composer une partie de sa musique sur la quatrième version. A ce stade, l’histoire comporte encore le rôle du roi.
René Auberjonois est prié de se charger de la construction des décors et des costumes. Les auteurs, qui n’ont aucune expérience théâtrale, souhaitent aussi qu’il contribue à la mise en scène. Mais Auberjonois ne semble pas très enthousiaste. Il écrit à un ami: «Je suis au fond très ennuyé de m’être laissé entraîner dans cette affaire de Stravinski – je souhaite que l’on ne puisse s’y lancer faute de capitaux.» En fait, il voudrait travailler pour lui! Ce qui ne l’empêche pas de remplir à merveille son travail, malgré les difficultés à trouver des matériaux pour le théâtre.
Ansermet cherche les musiciens
Début juillet, Ernest Ansermet se met à la recherche des sept musiciens – violon, contrebasse, clarinette, basson, cornet à piston, trombone et percussion. Il songe un temps à les recruter dans l’orchestre des internés alliés de Montreux. Finalement, grâce à Reinhart, il les trouve quasi tous à Zurich.
Quant à Ramuz, il se met en contact avec des acteurs, tous amateurs: Paul Robert (le soldat), Gabriel Rosset (le diable) et Jean Demiéville (le roi). Stravinski propose Ludmilla Pitoëff pour incarner la fille du roi (rôle dansé). Elle se désespère bientôt: impossible de trouver des escarpins de danse en Suisse.
Le 17 juillet, Ramuz écrit dans son journal: «Travail au Soldat, toujours; bien ingrat; mais je veux m’en débarrasser. Et tout le reste, pour l’instant, mis de côté.» Il vient de trouver le fameux début de l’œuvre «Entre Denges et Denezy, un soldat qui rentre chez lui.» Le surlendemain, il écrit à Stravinski: «Je réécris tout». Le personnage du roi passe à la trappe, l’écrivain rend son texte plus direct.
A propos des répétitions, Paul Robert écrit à un ami: «Stravinski met en scène et tournique et sautille autour de nous comme un diable. Il est assourdissant et enveloppant. Ramuz, plus calme, regarde et est assailli lui-même par les éclats et les «cher ami» du compositeur.» Le 28 août, Jean Villard, qui n’est pas encore Gilles, participe à sa première répétition. Il est censé doubler le rôle du diable. Comme Gabriel Rosset sert aussi d’impresario au spectacle, le poète a peur que la surcharge de travail ne le distraie. Il souhaite comparer les deux acteurs.
Un soldat monocorde
Les difficultés restent telles que Ramuz songe à repousser la première, prévue le 28 septembre au Théâtre municipal de Lausanne. A Auberjonois: «Je suis plein d’inquiétude au sujet des acteurs, il leur manque à tous un fond de nature. Vous pourrez nous être très utile: venez le plus tôt possible. (…) Par moments je ne retrouve même plus mon texte, et jamais encore je n’ai vu se réaliser la moindre de mes intentions.» C’est le soldat qui l’embête: «Il est complètement monocorde pour le moment. (…) nous commençons à nous user, Stravinski et moi, devant cette pâle ébauche du rôle.»
Le 8 septembre, Paul Robert est évincé. Gabriel Rosset sera le soldat, Elie Gagnebin le lecteur, Jean Villard le diable. Ludmilla et Georges Pitoëff danseront les rôles de la fille du roi et du diable. Stravinski achève plusieurs morceaux dans les semaines qui précèdent le spectacle. Le 20, Ansermet répète à Zurich avec les musiciens. La première a lieu devant une salle comble à Lausanne. Mais la tournée prévue en Suisse alémanique n’aura finalement pas lieu pour cause de grippe espagnole.
Source: C.F. Ramuz Igor Stravinski Histoire du soldat, Philippe Girard et Alain Rochat, Editions Slatkine 2007 (24 heures)
Créé: 14.08.2012, 21h25
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