Les 250 ans de 24 heures
1921: Tous férus de Landru
Par Pascale Burnier. Mis à jour le 19.08.2012 1 Commentaire
Dossiers
Louise Jaume et Célestine Buisson, deux des victimes de celui que l’on surnomme Barbe-Bleue. (Image: AKG IMAGES)
Interactif
Cette année-là...
16 mars?L’Arménie cède la moitié de ses terres à la Turquie, lors du Traité de Moscou
1er juillet?Création du Parti communiste chinois
28 juillet Adolf Hitler devient président du Parti nazi en Bavière.
Printemps?Une grande famine sévit sur la Russie et fait 5 millions de morts.
Récompense?Albert Einstein reçoit le Prix Nobel en expliquant l’effet photoélectrique.
19 septembre Mise en service de la première autoroute du monde en Allemagne.
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Palais de Justice de Versailles, 7 novembre 1921. Tout est prêt pour le grand jour. Dix cabines téléphoniques et un service télégraphique capable d’expédier 50?000 mots en une journée sont à disposition des journalistes venus en nombre.
Parmi eux, de grands noms comme l’écrivain Colette ont fait le déplacement. Dehors, la foule patiente depuis l’aurore. Tous sont venus voir, de leurs propres yeux, l’assassin présumé de onze personnes, Henri Désiré Landru.
Celui que l’on nomme le Sire de Gambais, Barbe-Bleue ou Don Juan, fascine. Ensorcelle même. Si bien que le récit de son procès occupe une place importante dans la presse. Durant près d’un mois, la Feuille d’avis de Lausanne (FAL) rapporte chaque jour tous les soubresauts du tueur en série français dans ses Nouvelles étrangères. Parfois sur une page entière.
Après trois ans d’instruction, l’affaire Landru occupe les gros titres jusqu’à reléguer l’armistice au second plan. Sans signature, les articles de la FAL laissent imaginer l’envoi d’un correspondant ou l’utilisation d’une agence de presse. Seule certitude, ils ressemblent furieusement à ceux de la Gazette de Lausanne.
Elles quittent tout pour lui
«Nul n’est censé ignorer l’affaire Landru», avertit la Feuille au premier jour du procès. Sous ses airs de Français moyen de la Belle Epoque, économe comme on l’était dans la France profonde, Landru aurait séduit 283 femmes entre 1914 et 1919. Des années où la guerre provoque une disette de mâles. Parmi elles, dix amantes et le fils d’une d’entre elles seront assassinés.
Pour appâter ses victimes, il se sert d’une annonce matrimoniale. «M. seul, 45?ans, situation 4000?francs, désire épouser dame même situation.» Ses proies? «Des femmes de petites conditions, ouvrières ou domestiques possédant des économies, veuves ou délaissées.»
Redoublant d’attentions, il parvient à leur faire tout quitter pour lui. Landru est méthodique. Il consigne tout de sa lugubre entreprise et chaque nom de victime dans un carnet de notes retrouvé sur lui lors de son arrestation. Car derrière le crime se cache une affaire qui se veut rentable. Ses amantes lui confient meubles et titres. Elles lui signent des procurations. Après chaque assassinat, il retourne à Paris et distribue un peu de son pécule à sa famille.
Avant d’être tueur, Landru était escroc. Né en 1869 à Paris, élevé chez les Frères (catholiques), puis sergent à l’armée, il s’improvise comptable, entrepreneur ou cartographe. Marié et père de 4 enfants, il monte une entreprise de bicyclettes qui fera faillite. C’est là qu’il commence ses premières arnaques.
Condamné à plusieurs reprises, il écope en 1914 d’une peine de 4?ans de prison accompagnée d’une déportation à vie au bagne en Guyane. Pour y échapper, il se laisse pousser la barbe, quitte sa famille et se présente sous de fausses identités. Le meurtre de femmes esseulées sera la prochaine étape. Il choisit alors consciencieusement une maison isolée à Gambais.
«Il a scié les os avec une scie à? métaux»
Selon l’accusation, explique la FAL, «il les a tuées d’un coup de hachette ou de marteau. Il leur a brisé le crâne et puis il les a dépecées. Il a scié les os avec une scie à métaux; il a brûlé les morceaux dans une cuisinière qu’il a fait installer et qui tire à merveilles.» Dans le quartier, on peste sur «l’odeur infecte de corne brûlée» qui se dégage de sa cheminée.
En audience, Landru fait de sa défense un numéro d’acteur. Il n’avoue jamais. Il rétorque avec politesse, avec grandiloquence parfois, aux assauts de la Cour. «Que puis-je faire Monsieur le président si toutes ces femmes voulaient m’épouser!» Puis se défend: «Ce n’est pas à moi à fournir les indications pour retrouver les disparues.»
Mais, le 25 novembre, le procès prend une autre tournure alors que le médecin légiste expose ses découvertes dans les cendres de la cuisinière. «250 morceaux d’os retrouvés, dont 47 ont des dents; 8 proviennent de colonnes vertébrales; 15 de pieds ou de mains.»
Dernier coup de théâtre lors de la plaidoirie de l’avocat de Landru. L’homme de loi affirme avoir retrouvé les victimes et pointe du doigt la porte du tribunal par laquelle elles vont toutes entrer. L’assistance au complet se retourne. Signe que le doute subsiste dans cette affaire, affirme l’avocat. Mais l’avocat général riposte: «Landru n’a pas tourné la tête!»
Henri Désiré Landru sera condamné à mort et guillotiné le 25 février 1922.
Les mémoires d’un Javert vaudois
Il a 57?ans, s’appelle Marius Augsburger, mais ses collègues policiers lui disent «Augs». Les gredins et gredines des rues tortueuses du quartier du Pré, le plus malfamé de Lausanne, l’ont surnommé «Traclette», à cause de ses cuisses incurvées en forme de douve de tonneau.
Voilà trois lustres que cet inspecteur de la Sûreté piste et capture les arsouilles les plus intrépides, les imposteurs les plus effrontés, les aventurières les plus enjôleuses et des trafiquants internationaux. Le repérant de loin à son dandinement lent devenu légendaire et à sa nuque taurine, ses proies croient lui échapper en prenant leurs jambes à leur cou, mais lui, sans courir, les attend au tournant d’une imprévue venelle – la cartographie de la zone, il la connaît par cœur.
Redevenant un serviteur de l’Etat, il procède à leur arrestation avec la solennité, mais parfois en tirant l’esgourde d’un petit récidiviste en y fredonnant la vieille stéréotypie des rompols: «Cette fois, tu es fait mon gaillard, t’es pris comme un rat!» Avec un accent vaudois à racler des rebibes. Cette mélodieuse et attendrissante intonation locale parfumera tous ses souvenirs de flic, lorsque, deux ans plus tard, et jusqu’à sa mort en 1939, il les rassemblera dans des cahiers modestes.
Des farfouilleurs chanceux les retrouveront après la Guerre, pour les remanier honorablement, puis les faire publier en feuilleton dans notre Feuille d’Avis de Lausanne, entre 1948 et 1949.
Source: Les mystères de Lausanne, 2006, Slatkine (24 heures)
Créé: 19.08.2012, 21h11
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La rédaction
1 Commentaire
Peut-être que la justice norvégienne devrait s'inspirer du procès de Landru pour juger Brejvik Répondre
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