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1928: Le tournant des architectes
Dossiers
Un cinéma à l’américaine
?Dans la frénésie de l’entre-deux-guerres, le Capitole ouvre ses portes à Lausanne. Il est aujourd’hui entre les mains de la Cinémathèque suisse. (Image: CINÉMATHÈQUE SUISSE)
Les faits
Suisse: Ouverture des 2e Jeux olympiques d’hiver à St-Moritz.
Sciences: ?Sir Alexander Fleming découvre la pénicilline. Elle sera utilisée en traitement entre 1939 et 1945.
20 septembre: Mickey Mouse fait sa première apparition dans le dessin animé Plane Crazy de Disney.
16 novembre: La firme bavaroise BMW, spécialisée dans les moteurs d’avion, se reconvertit dans la production d’automobiles.
Grande-Bretagne: Les femmes peuvent voter à partir de 21?ans et non plus de 30?ans.
RÉTROSPECTIVE
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«Réunir un congrès d’architecture internationale moderne dans le plus vieux château du pays paraîtra probablement à beaucoup de gens une atteinte à toutes les traditions ou tout au moins un hardi paradoxe… mais n’y a-t-il pas une architecture plus rationnelle, plus adaptée aux besoins du temps?» C’est par ces paroles que la maîtresse du château de La Sarraz, Hélène de Mandrot, ouvre le premier Congrès international d’architecture moderne, fin juin 1928. Des membres de l’avant-garde architecturale européenne, le Suisse Le Corbusier, le Français Lurçat, les Néerlandais Berlage et Rietveld ou encore le Belge Bourgois viennent discuter de l’avenir de leur discipline, dans une chapelle gothique du XIVe siècle, attenante au château.
Pour cette réunion, Mme de Mandrot déploie toute son énergie. Veuve du dernier châtelain, elle garde l’usufruit du domaine légué par son mari à la Société du Musée Romand, qu’il avait créée en 1911 pour la sauvegarde du patrimoine régional. Formée aux Beaux-Arts, elle y fonde en 1922 la Maison des Artistes, où elle invite chaque été peintres et sculpteurs. Elle s’installe à Paris en 1924, s’y proclame architecte d’intérieur et se passionne bientôt pour l’architecture tout court, singulièrement la «nouvelle».
Le Corbusier se fait prier
L’idée de réunir en une association internationale des architectes modernistes était dans l’air, mais c’est bien elle qui en prend l’initiative. Elle en a l’ambition, les moyens, les contacts et peut mettre un lieu à disposition. Elle fait appel à Le Corbusier. Il se méfie. Qui est cette mondaine, même pas architecte, pour oser organiser pareil événement? Elle insiste et obtient son soutien. Reste à persuader les autres. Le Corbusier, qui vient d’essuyer avec son cousin Pierre Jeanneret un échec retentissant au concours du Palais de la Société des Nations (SDN) à Genève, l’aide à organiser le Congrès. S’y ajoutent l’influent critique zurichois Siegfried Giedion, futur secrétaire central de l’organisation, et deux Vaudois, l’architecte Henri-Robert Von der Mühll et l’écrivain Paul Budry.
Le nom des invités et le programme de la réunion font débat. Il y a même risque que le Congrès soit déplacé à Zurich. Certains cherchent à se faire inviter, comme Julien Flegenheimer, l’un des vainqueurs du concours de la SDN, jugé académique. On se fera un malin plaisir de lui signifier que le «Congrès est exclusivement réservé aux architectes modernes». Budry contacte les autorités et la presse.
Au final vingt-cinq architectes sont présents, plus quelques invités de la châtelaine. Le décorateur italien Maggioni s’impose en auditeur clandestin. Il parvient à se faufiler sur la photo officielle, et même à signer la Déclaration finale. Il faut organiser les logements. Au château, seules trois chambres à deux lits sont à disposition. Les congressistes dorment dans les auberges alentour, surtout ceux qui sont accompagnés: par principe Mme de Mandrot n’héberge pas de femmes en sa demeure. Elle-même doit insister pour assister aux débats: «Le Congrès ayant lieu chez moi, je serai très désireuse d’y participer.»
La question sociale désignée comme centrale
Les discussions, parfois virulentes, portent sur la lutte contre l’académisme, les techniques de construction modernes, la standardisation et l’économie. La question sociale est désignée comme centrale. L’urbanisme, les relations entre architecture et industrie et bien sûr, point délicat, le rapport avec les Etats occupent les esprits. Certains craignent la mainmise des thèses de Le Corbusier. D’autres comme Belage s’en vont dessiner dans les jardins.
Au final les architectes signent un manifeste, connu sous le nom de Déclaration de La Sarraz, communiquée aux autorités et à la presse. Décision est prise de créer un «comité pour la réalisation des problèmes architecturaux contemporains», qui fonctionnera en permanence entre les futurs congrès.
Les soirs, place à des excursions en Lavaux, une baignade à Préverenges, et une mascarade, qui voit les invités se déguiser. Le dernier jour, les congressistes sont reçus par les autorités lausannoises à l’Hôtel Savoy, avec orchestre et buffet copieux. Le Corbusier clôt le congrès par une conférence sur l’«état actuel de l’architecture moderne» au Palais de Rumine.
Le congrès suivant se tiendra à Francfort en 1929. Mme de Mandrot y assistera, mais elle a déjà trouvé une nouvelle passion en mettant sur pied, chez elle la même année, le premier congrès du cinéma indépendant.
Source: Hélène de Mandrot et la Maison des Artistes de La Sarraz, Antoine Baudin, Payot, Lausanne, 1998 (24 heures)
Créé: 28.08.2012, 21h51
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