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1936: Le cimetière du Bois-de-Vaux, un chantier de 30 ans
Par Gilles Simond. Mis à jour le 09.09.2012
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Il y a dix-sept ans déjà qu’Alphonse Laverrière travaille à la construction du cimetière du Bois-de-Vaux, au sud de Lausanne, lorsqu’il en attaque la troisième étape, en 1936. L’architecte ne verra la conclusion de la cinquième et ultime tranche qu’en 1951. «C’est l’œuvre de sa vie, souligne le professeur Pierre Frey, patron des Archives de la construction moderne à l’EPFL. Car il faut un effort extraordinaire pour maîtriser un espace d’une si grande surface, dont on vous a dit à l’avance que la réalisation se ferait par étapes, sur trois décennies. Il a pu en garder le contrôle grâce à sa situation de pouvoir.»
Alphonse Laverrière, natif de Carouge, Lausannois d’adoption, a bel et bien régné sur la ville au début du siècle, selon le professeur Frey: «A un moment, autour de 1908, il remporte tous les concours d’architecture. Ça vous pose un homme.» Outre son cimetière monumental et un certain nombre de villas, Lausanne lui doit le pont Chauderon, la gare et son bâtiment administratif, toute une série d’immeubles commerciaux au centre-ville et le complexe Bel-Air Métropole, sans oublier le Tribunal fédéral. Alors qu’à Genève, il est l’auteur du mur des Réformateurs.
Pour Pierre Frey, «c’est à l’importance stratégique des emplacements que l’on mesure le prestige d’un architecte. Et sur ce plan, Laverrière a eu le maximum. Si vous pondérez ces emplacements par le prix du terrain, il est loin devant tous les autres. On peut dire qu’il a symboliquement contrôlé la ville. Au faîte de sa carrière, il possède une véritable ubiquité institutionnelle.»
«Adapter la forme à l’usage»
Une réussite que Laverrière doit à sa capacité de compréhension des besoins de ses commanditaires: «Il n’est pas un inventeur, souligne Bruno Corthésy, historien de l’architecture. L’ensemble de ses réalisations se caractérisent, entre autres, par la diversité des styles. Sans aller jusqu’au fonctionnalisme, il sait adapter la forme à l’usage.»
Pour le professeur Frey, «son talent est de choisir la juste organisation de l’espace. Prenez le cimetière du Bois-de-Vaux. Il tire parti de la parcelle et d’un programme difficile, sans oublier une urgence assez grande. Il commence par mettre en place une enceinte pour fermer l’espace aux animaux, puis il le structure.»
Laverrière dessine le plan d’une ville, avec son avenue principale, ses allées secondaires et ses espaces fermés par les plantations. Puis il établit un règlement fixant notamment les dimensions maximales des monuments funéraires et la liste des espèces végétales autorisées à la plantation, afin que rien ne vienne troubler l’agencement par lui décidé. Mais en cette année 1936, l’architecte âgé de 64 ans connaît quelques déceptions. Son projet de bâtiment administratif et d’aménagement de la place de la Riponne n’obtient que le troisième prix du concours ouvert par la Municipalité de Lausanne (remarquons que le vainqueur, Jacques Favarger, ne pourra, quant à lui, jamais passer à la réalisation d’un objet, victime de luttes politiques). «Il y a pourtant une vraie cohérence spatiale et volumétrique dans les plans d’Alphonse Laverrière, relève Pierre Frey. Il dessine un bâtiment qui fait contrepoids au Palais de Rumine et l’inscrit dans une cohérence urbaine. C’est bien un architecte de talent qui peut faire ça.»
Laverrière participe également à un concours d’idées en vue du réaménagement total de la Cité à Lausanne. Il s’en verra confier le mandat en 1938. Mais ce projet, qui l’occupera pendant dix ans, déclenche une brûlante polémique et ne verra, lui non plus, jamais le jour. On peut le comprendre: il prévoyait la démolition d’un tiers du quartier, dont ne devaient subsister que le château, la cathédrale, l’Académie et la salle capitulaire.
Lorsqu’il décède, en 1954, Laverrière est enterré au Bois-de-Vaux. Sous un monument qu’il a dessiné lui-même, en respectant à la lettre son propre règlement (section M/1, tombe No 64). «Et si l’on regrettait encore sous la terre, ce serait d’être ici, les yeux fermés», écrivait Paul Budry en 1924 dans la Gazette de Lausanne à propos du chef-d’œuvre de l’architecte.
Source: Alphonse Laverrière, 1872-1954. Parcours dans les archives d’un architecte, sous la direction de Pierre Frey, Presses polytechniques et universitaires romandes, 1999. (24 heures)
Créé: 09.09.2012, 22h17
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