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1939: Henri Guisan, le héros suisse

Par Philippe Dumartheray. Mis à jour le 12.09.2012 6 Commentaires

Durant la Seconde Guerre mondiale, le général insuffle un esprit de résistance au peuple.

Le général Guisan (au centre) a passé énormément de temps avec la troupe pour faire passer son esprit de résistance.?

Le général Guisan (au centre) a passé énormément de temps avec la troupe pour faire passer son esprit de résistance.?
Image: HANS STEINER/MUSÉE DE L’ÉLYSÉE

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Cette année-là

Janvier  Hitler annonce que «la guerre à venir entraînera la destruction de la race juive en Europe».
26 mars  A titre préventif, le Conseil fédéral ordonne le chargement des mines sur toute la frontière.
3 avril  Paul Grüninger, le commandant de la police de Saint-Gall, est suspendu. Il est soupçonné d’avoir falsifié des documents pour faire entrer 2000 réfugiés juifs en Suisse.
23 août  L’URSS signe avec l’Allemagne un pacte de non-agression auquel est ajouté un protocole secret sur le partage de la Pologne.

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Comme Guillaume Tell, le Vaudois Henri Guisan, né à Mézières en 1874, est devenu, au fil du temps, le symbole d’une Suisse héroïque qui tient bon alors que la situation s’avère désespérée. Tout commence le 30 août 1939, dans une Europe où gronde le tonnerre d’une guerre imminente. Face à la menace, les Chambres fédérales élisent Henri Guisan général et le Conseil fédéral décrète la mobilisation générale. Quelques semaines plus tard, Hitler envahit la Pologne.

Après la défaite de la France en juin 1940, le général Guisan comprend que le pays attend une réaction et surtout un projet. Car l’heure tourne au défaitisme. Le 25 juin, le président de la Confédération, le Vaudois Pilet-Golaz, tient un discours ambigu, dans lequel il semble admettre que la guerre est terminée avec la victoire de l’Allemagne nazie.

Henri Guisan remet très vite les pendules à l’heure. Le 25 juillet 1940, il convoque 400 officiers supérieurs sur la mythique prairie du Grütli. Et de leur confier la mission de résister et de garder le passage des Alpes. Quelques phrases de son discours nous sont restées: «Croyez non seulement à notre bon droit mais à notre force et, si chacun le veut, à l’efficacité de notre résistance.»

Mais comment tenir face à un ennemi capable de s’appuyer sur l’aviation et les chars? La réponse du général, même si l’idée n’est pas de lui, passe par la création du Réduit national, qui s’appuie sur les forteresses de Saint-Maurice, du massif du Gothard et de Sargans. En cas d’attaque allemande, la Suisse n’aurait guère pu résister plus de trois ou quatre jours sur le Plateau. Le Réduit national est donc conçu pour compliquer une éventuelle agression allemande. C’est dans cet esprit qu’en mai 1941 le Vaudois ordonne le déplacement dans le Réduit de trois divisions restées sur le Plateau.

Plus utile qu’un pays conquis et détruit

La menace commence à s’atténuer, en juin 1941, avec l’entrée des troupes de Hitler en Russie. Les forces de l’Axe comprennent aussi qu’une Suisse indépendante, assurant le trafic à travers les Alpes, est plus utile qu’un pays conquis avec des infrastructures détruites.

Après le débarquement allié en Normandie en juin 1944, la menace devient même faible. Le général peut enfin faire ressortir les troupes du Réduit et les redéployer sur le Plateau.

Le Réduit national a-t-il permis à la Suisse d’éviter une invasion allemande? Rien n’est moins sûr, comme le confirment les études historiques. Pour les Allemands, ce ne fut jamais le bon moment, surtout après l’invasion de l’URSS.

Henri Guisan, symbole de la résistance, a commis quelques erreurs qui auraient pu avoir de fâcheuses conséquences. Citons-en quelques-unes pour nuancer ce portrait flatteur. Trois semaines après son rapport du Grütli, il demande au Conseil fédéral d’envoyer à Berlin une personnalité de haut niveau afin «d’apprécier ce qu’il peut avoir de bon, d’utile, d’important et de neuf dans l’esprit du IIIe Reich». Il voulait peut-être gagner du temps. Reste que la démarche écorne l’image du résistant. Le francophile prit aussi des libertés avec la neutralité, en examinant avec les Français les mesures conjointes à adopter face à une invasion allemande. Cette démarche fut éventée et Berlin fit pression sur la Suisse.

Enfin, en mars 1943, le général, de manière maladroite, rencontre un officier SS de haut rang dans une auberge bernoise pour évoquer la défense des frontières contre une avancée alliée. Cela restera un détail pour le peuple suisse qui a fait de lui son héros. Un amour confirmé lors des funérailles du général, en avril 1960, à Lausanne: ils sont plus de 300 000 à rendre un dernier hommage à celui qui avait su donner de l’espoir alors que tout semblait perdu.

Source: Le général Guisan et l’esprit de résistance, Jean-Jacques Langendorf, Pierre Streit, Cabédita 2010, 271 pages (24 heures)

Créé: 12.09.2012, 22h07

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6 Commentaires

J.C. Simonin

13.09.2012, 09:39 Heures
Signaler un abus 16 Recommandation 0

La critique est facile après coup. Ce qui compte pourtant, c'est le résultat.Si nous avions eu en 1939-1945 la même bande de pleutres et d'imbéciles que nous avons actuellement, , la Suisse serait devenue lea première colonie nazie, encore avant l'autriche... Répondre


Pierre-antoine Uldry

13.09.2012, 11:05 Heures
Signaler un abus 5 Recommandation 0

Le célèbre réduit alpin suisse avait fait craindre aux Alliés que les Allemands mettent au point un dispositif similaire chez eux (Bavière, Autriche), ce qui aurait prolongé la guerre; mais en 1945 le Reich n’avait plus les moyens humains et techniques de faire quoi que ce soit (In : Ian Kershaw, La fin : Allemagne 1944-1945, Seuil 2012). Répondre



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