Les 250 ans de 24heures
1943: Le procès des nazis d’ici
Par Francine Brunschwig. Mis à jour le 19.09.2012
Dossiers
Rétrospective
Cette année-là...
13 mai Les Alliés chassent l’Afrikakorps (détachement de l’armée allemande qui opère en Afrique). Ils envisagent un débarquement en Italie.
10 juillet Les Alliés débarquent en Sicile. Mussolini est arrêté. L’Italie signe l’armistice et déclare la guerre à l’Allemagne le 3 septembre.
9 septembre Motivés par la capitulation italienne, les résistants corses se soulèvent contre l’envahisseur. Ils obtiendront leur liberté en octobre.
Economie vaudoise L’entreprise Charles Veillon confection s’installe à l’avenue d’Ouchy,à Lausanne.
Tarzan à l’assaut des nazis
Le triomphe de Tarzan, film propagandiste de la Seconde Guerre mondiale, est à l’affiche en 1943. Cheeta le chimpanzé singe Hitler, et Tarzan se transforme en sauvage quand il apprend que les nazis enlèvent son fidèle compagnon Boy.
Durant ces années de guerre – guerre qui devient «totale» en cette année 1943 –, les Américains recourent également à la bande dessinée et aux cartoons pour contrer
la propagande nazie.
Les faits remontent au 16 avril 1942. A Payerne, le procès des meurtriers d’Arthur Bloch, marchand de bétail juif dont le corps découpé est retrouvé dans trois boilles de lait jetées dans le lac de Neuchâtel, s’ouvre le lundi 15 février 1943. Le crime nazi de Payerne restera comme l’une des pages les plus sombres de l’histoire du canton de Vaud durant la Seconde Guerre mondiale.
«Le Tribunal criminel de Payerne s’occupe, dès ce matin, d’une affaire qui a fait grand bruit (…), non seulement dans la vallée de la Broye, mais dans tout le pays où elle souleva une profonde émotion, tant elle était à la fois horrible et exceptionnelle chez nous», écrit le journaliste de la Feuille d’Avis de Lausanne.
Les lecteurs découvrent les dessous d’une opération criminelle minutieusement mise au point par de bons Vaudois endoctrinés et séduits par le national-socialisme. Des citoyens contaminés par la haine du Juif, propagée par des antisémites dont les plus virulents sont des pasteurs et aussi Marcel Regamey, le fondateur de la Ligue vaudoise. Son Défie-toi du Juif!, publié dans La Nation, en 1942, constitue un triste modèle du genre.
Lourdement condamnés
Le tribunal sanctionne lourdement les coupables. Trois des cinq prévenus sont condamnés à la réclusion à vie, les deux autres à 15 et 20 ans de réclusion. Un jugement sévère qui doit montrer, selon le procureur, «qu’on n’est pas disposé en Suisse à admettre des méthodes de banditisme sous prétexte d’actes politiques». A Payerne, on a toujours préféré parler d’un crime crapuleux, les coupables ayant délesté leur victime de son portefeuille garni du fruit des ventes de bétail à la foire.
Alors que l’accusé principal dirige un groupe clandestin local du Mouvement national suisse (interdit par le Conseil fédéral en novembre 1940), les autorités payernoises, pourtant bien informées, laissent faire. Leur tolérance à l’endroit de celui qui se prenait pour un Führer local n’est pas fustigée lors du procès, comme le relèvent le journaliste Jacques Pilet et le réalisateur Yvan Dalain en 1977, dans une remarquable enquête. Les recherches historiques ont mis en évidence une réalité dérangeante: l’existence d’un antisémitisme diffus et accepté par nombre de Vaudois, qui a pu encourager les assassins de Payerne et leur faire croire que le jour viendrait où un Hitler d’ici leur donnerait raison.
«Je voulais… faire réfléchir la communauté juive (…), la disparition d’un des leurs devait donner à penser à une terrible menace… Je devais obéir aux ordres», plaide Fernand Ischy dans la salle boisée, et comble, du Tribunal de Payerne. «De qui avez-vous reçu cet ordre?» interroge le procureur. Le chef de bande de Payerne désigne Philippe Lugrin, un ancien pasteur. «Un antisémite forcené membre de la Ligue vaudoise, puis du Front, puis de l’Union nationale», note Jacques Chessex dans Un Juif pour l’exemple, paru en 2009. Dans un texte de 1967, l’écrivain avait déjà évoqué ces événements qui l’ont marqué à l’âge de 8 ans.
Subjugué, Fernand Ischy entraîne ses comparses à «sacrifier un Juif», comme le lui enjoint l’idéologue Lugrin. Ce dernier, planqué en Allemagne au moment du procès, a toujours nié avoir été l’instigateur du crime. Il sera condamné en 1947 à 20 ans de réclusion.
«La commission synodale de l’Eglise nationale nous prie de rappeler que l’individu du nom de Lugrin ne fait plus partie du corps pastoral de l’Eglise nationale vaudoise depuis 1934.» Cette petite note parue dans la Feuille du 18 février 1943 ne doit pas faire oublier que deux autres pasteurs qui sillonnaient le canton avec leurs conférences violemment antisémites n’ont jamais été exclus des rangs de l’Eglise nationale vaudoise*.
La commission synodale n’a jamais désavoué Charles Clot et Charles-Louis Gagnebin; elle les a indéfectiblement couverts, voire soutenus, en dépit de l’injonction de les faire taire donnée par le Département de l’instruction publique.
Source: *Un ouragan de prudence, Les Eglises protestantes vaudoises et les réfugiés victimes du nazisme (1933-1949), Nathalie Narbel, Labor et Fides, 2003. (24 heures)
Créé: 19.09.2012, 21h43
Publier un nouveau commentaire
Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction
ASSURANCES AUTO
Est-ce que votre assurance auto répond à vos attentes ? En seulement cinq petites étapes, trouvez l’offre qui vous convient.





Veuilliez attendre s'il vous plaît 






















