Les 250 ans de 24 heures
1954: La Suisse, terre de foot
Par Philippe Dubath. Mis à jour le 04.10.2012 1 Commentaire
Dossiers
Né en 1929 à Montreux, Eugène Parlier compte 21 sélections en équipe nationale
Rétrospective
Cette année-là...
17 mai Début de la construction du CERN à Meyrin.
23 mai Inauguration du Stade olympique de la Pontaise à Lausanne.
26 mai Découverte de la barque funéraire de Kheops.
27 juin L’URSS met en service la première centrale nucléaire.
Bâle-Ville Un sondage auprès des femmes révèle qu’elles sont intéressées par le droit de vote. Elles y accéderont en 1966.
1er novembre L’Algérie entame sa lutte contre l’occupant français.
Un «vaisseau sonore» pour Lausanne
Le Théâtre de Beaulieu est inauguré le 19 novembre 1954 par un concert de l’Orchestre de la Suisse romande et de la pianiste Clara Haskil, dirigés par Ernest Ansermet. Avec ses 1845 fauteuils, il était – il est toujours – le plus grand de Suisse en nombre de places assises.
La Suisse est, en 1954, le pays idéal pour recevoir et organiser une Coupe du monde de football, la première en Europe après la Seconde Guerre mondiale.
Alors présidée par le radical vaudois Rodolphe Rubattel (qui fut rédacteur en chef de la Feuille d’Avis de Lausanne de 1925 à 1930), la Confédération apparaît plus que jamais comme la terre de rencontres possibles, d’apaisement profond, d’espoir retrouvé.
Elle va d’ailleurs devenir, pour l’Allemagne sortie détruite de sa guerre, la terre du miracle, comme l’a joliment résumé l’excellent film de Sönke Wortmann (Le miracle de Berne, 2003). Car à la surprise générale, en finale dans la capitale, l’Allemagne bat la grande Hongrie, immense favorite, sur le score de 3-2, insufflant à tout un peuple le goût de la dignité qui renaît.
Eugène Parlier avait à cette époque-là 25 ans, il était le gardien de l’équipe de Suisse. Le footballeur ébéniste en a aujourd’hui 83, mais il a gardé son physique solide, son âme d’enfant, son envie de vivre et de revivre les beaux moments de son existence sportive. Alors, quand sur la terrasse de son chalet des hauts de Montreux, il parle de cette Coupe du monde, c’est avec passion, éloquence, innocence, franchise.
S’il souligne volontiers ses exploits qui permirent à la Suisse de battre deux fois l’Italie en quelques jours (2-1 à Lausanne, 4-1 à Bâle), il ne cache pas que sa performance fut plus nuancée lors du quart de finale perdu 7-5, à Lausanne encore, contre l’Autriche… après que la Suisse eut mené 3-0 après un quart d’heure! «On n’avait pas de défense, un de nos joueurs clés était gravement malade. Et c’est dur d’analyser un goal, un jour tu le prends, un jour pas, parce que c’est aussi une question de chance.»
Sifflé sur la pelouse
Quand «Zézène» entre sur la pelouse du Stade olympique le 17 juin 1954, alors qu’il est né à Montreux, qu’il a vécu toute son enfance au bord de la Baye de Clarens, une partie du public lausannois le siffle.
Pour ce Suisse-Italie, les spectateurs attendaient «leur» gardien, celui du Lausanne-Sport, Georges Stuber, et pas Parlier qui joue alors au FC Servette, l’éternel rival. Pourtant, au bout des nonante minutes de ce premier duel, après que Parlier a multiplié les arrêts, les sorties courageuses et les interventions puissantes, les sifflets se sont transformés en bravos et en demandes d’autographes à la sortie du stade.
La Feuille d’Avis de Lausanne commente: «Notre gardien national a mérité la qualification d’homme du match. L’ovation qui attendait Parlier à la sortie des vestiaires fut largement méritée, mais ce qui nous a fait le plus plaisir, c’est d’avoir vu père et fils, heureux, se tenir dans les bras.»
Parlier consolidera sa légende trois mois après la Coupe du monde, quand, devant les 91 000 spectateurs réunis à Budapest, il n’empêche pas la défaite suisse (3-0) devant la grande Hongrie en quête de revanche, mais retient un penalty tiré par l’un des plus fameux joueurs de tous les temps, Ferenc Puskás.
«Ces Hongrois étaient extraordinaires. Le speaker de la radio, Lelio Rigassi, avait compté soixante-quatre plongeons de ma part», rappelle Parlier, auquel Aymon Rinsoz, artisan imprimeur lausannois, a consacré en 1979 un joli petit livre intitulé Laisse!, hélas épuisé depuis longtemps.
Pour en revenir à la Coupe du monde organisée en Suisse, on relèvera ces détails très vaudois cueillis dans la Feuille de ce temps-là. Yverdon a le privilège d’héberger à la Prairie la délégation yougoslave, forte de trente-cinq personnes, dont vingt-deux joueurs, qui effectuent tous leurs déplacements en car postal. Et il a fallu installer, pour le grand milieu de terrain Horvath, qui mesure 1,90 m, deux lits collés l’un à l’autre sur lesquels le joueur dort en travers, sans se plaindre. Quand on pense, cinquante-huit ans plus tard, au confort offert aux joueurs qu’on habitue aux hôtels mille étoiles!
A Lausanne, après la Coupe du monde, la Feuille fait les comptes: 220 000 spectateurs ont assisté aux six matches joués au Stade olympique, 18 900 voitures, 2770 motos et 195 cars ont pris place dans les parcs mis à disposition.
Quant aux joueurs hongrois, s’ils avaient remporté la Coupe du monde, ils auraient pu rester en vacances en Suisse avec leurs épouses, aux frais du gouvernement magyar. Mais l’histoire ne l’a pas voulu ainsi. (24 heures)
Créé: 04.10.2012, 22h26
Publier un nouveau commentaire
Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction
1 Commentaire
J'aurais aimé vivre à cette époque pour pouvoir assister aux matchs sans tous les débordements que ce sport compte aujourd'hui. C'est fou comme ça a changé en cinquante ans. Répondre
ASSURANCES AUTO
Est-ce que votre assurance auto répond à vos attentes ? En seulement cinq petites étapes, trouvez l’offre qui vous convient.





Veuilliez attendre s'il vous plaît 
























