Les 250 ans de 24heures
1955: Les étoiles de Paris à Vevey
Dossiers
Premières nocturnes
Monsieur Perrin a accompagné Bacchus en 1889. Il a été faune en 1905, «Cent-Suisse» en 27 et joue le rémouleur cette année. M. Perrin connaît la Fête des Vignerons par cœur, mais il ne s’était jamais produit de nuit. 1955 marque les premières représentations nocturnes dans un amphithéâtre ovale de 16 000 places. Eberlé, le metteur en scène, le termine par un escalier qui mène à l’Olympe. Les costumes romantiques du Parisien Frost sont inspirés de la Fête de 1833. De Paris toujours, on invite des pros pour la partie orchestrale. Ces messieurs de l’Harmonie de la Garde Républicaine laisseront des traces dans le cœur et certains ventres – murmura-t-on – des Veveysannes.
Jamais la Fête ne fut si française, jamais elle ne comporta autant de professionnels. Cela engendrera des regrets, même si le musicien et le poète portent les couleurs locales: Carlo Hemmerling est Veveysan et Géo Blanc Montreusien, né à Vevey. Comme nous l’apprend la Feuille d’Avis de Lausanne du 2 août, la «première» est intégralement radiodiffusée. Paul Pasquier et Emile Gardaz impressionnent au micro.
Lors du banquet, Max Petitpierre, président de la Confédération, son collègue Paul Chaudet et le général Guisan sont portés en triomphe. Toujours dans la Feuille, Charlie Chaplin s’exclame: «De ma vie entière, c’est la plus belle chose que j’ai vue en Europe, sous quelque aspect qu’on la considère.»
Le mardi, on signale l’arrivée de l’Aga Khan et de la Bégum. Le premier cortège (32 chars, 15 corps de musique) réunit 100 000 spectateurs. Le suivant porte le nombre à 180 000. Samuel Burnand y éclate en messager boiteux.
Dans sa «pleine brantée d’échos», le quotidien lausannois ose: «A la rue d’Italie, une vache s’est détachée du troupeau, s’est tournée, et a lâché ce que vous savez… sur les genoux de deux innocentes spectatrices.» Et encore: «A Lutry-Gare, une dame, à chaque train, interpelle le ou les contrôleurs: «Vous n’avez pas vu mon mari? Ça fait trois jours qu’il est parti à cette Fête des Vignerons.»
Michel Rime
Cette année-là...
18 avril: 29 Etats des continents africains et asiatiques décident de leur neutralité vis-à-vis de l’URSS et des Etats-Unis lors de la conférence de Bandung.
6 novembre: La France renonce au Maroc mais pas l’Espagne. Le pays devient indépendant en 1956.
18 juin: Création d’Helvetas, organisation privée suisse pour l’aide aux pays en développement.
14 mai: L’Albanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la RDA, la Roumanie, l’URSS et la Tchécoslovaquie signent un pacte militaire à Varsovie. Il concrétise l’opposition entre Est et Ouest.
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Pour la première fois dans l’histoire de la Fête des Vignerons, il est fait appel à des interprètes professionnels. Maurice Lehmann, le directeur artistique, a obtenu «avec beaucoup de peine», dit-il, l’engagement de quelques étoiles de l’Opéra de Paris; maison dont il a la responsabilité pour quelques mois encore. Mais sans doute est-ce moins son titre de directeur de la Réunion des théâtres lyriques nationaux que sa longue expérience à la tête du Châtelet qui lui a valu d’être sollicité par la Confrérie des vignerons. De Show Boat au Chanteur de Mexico, les productions à grand spectacle n’ont guère de secret pour lui. Dans ses bagages, Lehmann amène donc Nina Vyroubova, Max Bozzoni et Michel Renault, ainsi qu’une troupe d’une trentaine de danseurs et danseuses professionnels, recrutés dans les théâtres de Lausanne, de Bâle, de Berne et de Zurich pour encadrer les trois cents jeunes filles du corps de ballet amateur. La chorégraphie est confiée à Nicolas Zvereff, ex-danseur des Ballets russes de Diaghilev, passé par les Ballets russes de Monte-Carlo, momentanément directeur de l’Académie de danse de Lausanne. Au studio du pont Bessières où il enseigne, il a pour assistante Jacqueline Farelly, la maîtresse de ballet du Théâtre municipal. Jacqueline Farelly sera donc aussi de la fête, à l’instar du Lausannois Charles Weber et de la Veveysanne Gaby Defago (pour les danses des enfants). Quant aux ballets folkloriques, ils sont attribués à Henri Esseiva, de Fribourg. Danse du gel, Bal des effeuillés, bergers et bergères, polka, montferrine, bacchanale des ménades et des faunes…
L’apparition de Michel Renault
Pour Maurice Lehmann, l’émotion est à son comble lorsqu’au matin du 1er août, vers 10 heures, «nous vîmes descendre du haut de l’escalier scénique Michel Renault qui semblait sortir des cieux, resplendissant dans son costume de lumière, debout sur un faisceau de javelots (…) Eclatants sous leur casque d’or, les archers dessinaient autour de ce soleil mouvant un rayonnement de lumière.»
Alors que les chorégraphies superlatives des centaines de «danseuses» et de figurants déclenchent l’enthousiasme du public, les étoiles de l’Opéra fascinent par leur charisme et leur virtuosité. Mais cette expérience d’intégration de professionnels au cœur de la Fête restera sans suite. En 1977, bien que Béjart soit sollicité pour la mise en scène, la Confrérie des vignerons déclinera l’idée d’une participation de son Ballet du XXe siècle. (24 heures)
Créé: 07.10.2012, 21h33
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