La Une | Dimanche 26 mai 2013 | Dernière mise à jour 11:20
Les 250 ans de 24heures

1967: Et Nobs créa le «Jazz»

Par Christophe Boillat. Mis à jour le 23.10.2012 3 Commentaires

A Montreux, la première édition du festival dure trois jours. On connaît la suite

Montreux 1967: Keith Jarrett au piano, Charles Lloyd au sax.

Montreux 1967: Keith Jarrett au piano, Charles Lloyd au sax.
Image: JEAN-PIERRE LELOIR

Claude Nobs réussit un «coup» en attirant Charles Lloyd.  (Image: JEAN-PIERRE LELOIR)

Rétrospective

Cette année-là...

8 mai  Des attentats à l’explosif non revendiqués et d’auteur inconnu secouent Lausanne.
5-10 juin Guerre des Six Jours, qui oppose Israël à l’Egypte, la Syrie, la Jordanie et l’Irak.
6 juillet Début de la guerre du Biafra, entre le Nigeria et la région sécessionniste. Elle durera 3 ans et fera 1 million de morts, surtout de famine.
3 octobre Décès à Vevey du compositeur Carlo Hemmerling qui a écrit la musique de la Fête des vignerons de 1955.
9 octobre Mort du révolutionnaire argentin Ernesto «Che» Guevara, en Bolivie.

La première marée noire

 Le 18 mars, le pétrolier géant Torrey Canyon s’échoue sur des récifs proches de la côte britannique et laisse échapper une grande partie de ses 120 000 tonnes de brut. La marée noire qui s’ensuit restera comme l’une des catastrophes écologiques majeures du XXe siècle.

Le vendredi 16 juin 1967 sonne le début du Festival de jazz de Montreux. La manifestation payante dure trois jours. Elle se déroule au Casino et propose notamment un concours de douze groupes de jazz européens. Chaque pays en compétition envoie sa meilleure formation.

La RSR enregistre la totalité du festival et, par contrat, chaque radio nationale représentée doit diffuser l’entier des prises. Des concerts gratuits sont mis sur pied dans la journée, ainsi que des ateliers musicaux. Des jam-sessions ont lieu le soir. Déjà…

Outre les groupes, des concerts d’artistes confirmés sont programmés. Sir Charles Thompson se produit seul au piano le dimanche. Le même soir que le quartet de Charles Lloyd. Le saxophoniste et flûtiste américain fusionne le post-bop avec le free-jazz et le soul-jazz. Le succès est au rendez-vous auprès des amateurs qui plébiscitent son album Forest Flower en pleine vague hippie. A Montreux, Lloyd se produit avec Cecil McBee, Jack DeJohnette et un pianiste de 22 ans, Keith Jarrett.

Montreusien pur jus
La venue de Charles Lloyd sur la Riviera est un coup de maître réalisé par les organisateurs. Au premier rang desquels un certain Claude Nobs, âgé de 31 ans: «Je l’ai rencontré en 1966 au Festival de jazz de Nice où il se produisait. Et l’ai persuadé de venir à Montreux.» Cuisinier de formation, Nobs est un Montreusien pur jus. Il est passionné de musique, blues et jazz en particulier.

Il travaille depuis quelques années à la comptabilité de l’Office du tourisme dirigé par Raymond Jaussi, surnommé aujourd’hui «Monsieur Montreux.» Ce dernier est un homme avisé, un organisateur hors pair et un visionnaire. Pragmatique, il décèle chez son jeune comptable des qualités d’entregent et la fantaisie qui lui manque. Il le charge de mettre sur pied des événements qui contribueront au lustre de la ville.

Petit retour en arrière: en 1962, Claude Nobs fait venir le célèbre bluesman John Lee Hooker. L’année suivante, il organise le gala final du festival télévisé de la Rose d’or. En 1964, Nobs dégotte un jeune groupe d’échevelés anglais et les fait jouer pour la première fois hors du Royaume de Sa Majesté. Ce sont les Rolling Stones! Le jeune homme attire aussi à Montreux le fantastique pianiste de jazz Erroll Garner. Dès lors, il commence à se consacrer pleinement aux événements organisés à Montreux et voyage en Europe et à l’étranger pour la promotion touristique de la région.

Fort de son expérience et de ses contacts, Claude Nobs persuade Raymond Jaussi de créer une manifestation musicale estivale. Il reçoit carte blanche pour 1967, assortie d’un budget de… 10 000 francs ( passé à 25 millions en 2012). Nobs s’adresse alors à deux personnes importantes: Géo Voumard et René Langel. Ce dernier est rédacteur en chef de la Tribune de Lausanne, alors que le pianiste de jazz Géo Voumard, disparu en 2008, est responsable des programmes variétés à la RSR.

Les trois compères pilotent le festival, les copains s’occupent du reste: qui de la déco, qui de la restauration, qui de l’affiche, etc. «C’était totalement improvisé, rigole Claude Nobs. Moi j’étais au four et au moulin. Je suis allé chercher moi-même Charles Lloyd à l’aéroport de Genève avec ma Lagonda, une voiture que j’ai encore aujourd’hui.»

Le jazzman américain remplit les 600 places du Casino. Au total, ce sont 1200 spectateurs qui assistent au premier Festival de jazz de Montreux. «A l’issue des trois jours, on se dit: Tiens, ça marche! On le refait l’an prochain?» commente Nobs. Nina Simone et Bill Evans débarquent à Montreux en 1968. L’année suivante, Ten Years After, Eddie Harris, Les Mc Cann et surtout Ella Fitzgerald sont à l’affiche.

Raymond Jaussi, décédé en 2012, aura donc eu raison de faire confiance à «Funky Claude», surnom donné par Deep Purple dans Smoke on the Water – chanson écrite en 1971 après l’incendie accidentel du Casino durant un concert de Frank Zappa. Le surnom est resté, l’homme n’a pas changé. Montreux oui: la ville rayonne désormais dans le monde entier grâce à l’idée de génie d’un homme opiniâtre, dont la passion et le talent ont généré l’un des plus beaux festivals musicaux de l’histoire. (24 heures)

Créé: 23.10.2012, 22h50

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

Caractères restants:

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

3 Commentaires

François Bercher

26.10.2012, 16:10 Heures
Signaler un abus 1 Recommandation 0

Au début des années 60, Claude Nobs était aussi Président du Club de Jazz de Montreux, bande d'amateurs qui se réunissaient pour écouter leur musique préférée, chacun présentant un sujet de son choix (artiste, époque ou style), piochant dans sa propre discothèque ou dans celle de Claude. Après quelques déménagements pour cause de voisins peu compréhensifs, nous finîmes par nous réunir chez Claude. Répondre


François Bercher

26.10.2012, 16:28 Heures
Signaler un abus 1 Recommandation 0

(suite), à Territet. Grâce à l'entregent de Claude, l'American Folk Blues Festival, en tournée en Europe, s'arrêta à Montreux plusieurs fois (1963, 64..). Ces concerts furent les précurseurs du Festival de Jazz et eurent un grand succès, notamment grâce à la pub distribuée dans les pensionnats et écoles privées montreusiens. Suite à des divergences musicales (!), le Club disparut en 1966. Répondre



Rencontre serieuse

publicité
  • [Alt-Text]

Sondage

Les enfants de sans-papiers ont-ils le droit d'aller à l'école comme les autres?




Bébé

Supplément partenaire

Sondage

Vous arrive-t-il encore de chanter?






Paiement pas SMS

Payez par SMS!

Energie

Toute l'actualité sur l'énergie

ASSURANCES AUTO

Est-ce que votre assurance auto répond à vos attentes ? En seulement cinq petites étapes, trouvez l’offre qui vous convient.