Addiction
Bouteilles et coke circulent en cure antialcoolique
Par Philippe Maspoli. Mis à jour le 06.02.2012 7 Commentaires
En Suisse, 17% de la population est abstinente. Cela fait 83% de buveurs, dont une partie souffre d’alcoolisme. Pour en finir avec la dépendance, certains décident de suivre une thérapie. Dans ce domaine, la Fondation Les Oliviers, dans la région lausannoise, figure parmi les institutions de soins phares du canton de Vaud. Le témoignage entendu le 13 janvier sur les ondes de la Radio suisse romande, dans le cadre de l’émission La ligne de cœur, jette donc un froid.
«J’étais aux Oliviers, ce n’était pas un lieu sécurisé. Dans le sens où il y avait pas mal de trafic de boissons et de drogues dures, coke et tout ça», déclarait la voix féminine sortant du haut-parleur, celle d’une personne qui avait déjà suivi trois cures. «Mais la direction était-elle au courant?» demande l’animateur. «Oui, oui, tout à fait», répond l’interlocutrice. «Si un lieu de cure est lui-même un lieu de consommation, quelque chose ne joue pas…» relève le présentateur. Réponse: «Exactement. J’en ai parlé à un psychologue qui travaille là-bas, mais il n’y a rien qui bouge.»
Pourtant, les règles sont claires: l’alcool et la drogue sont interdits dans les murs de l’institution. Et ce témoignage surprend, vu la réputation bien ancrée d’un lieu qui, sous la houlette de ces fondateurs d’inspiration chrétienne Philippe et Catherine Jaquet, visait l’abstinence stricte. Avant leur départ en 2009, même les téléphones portables étaient confisqués!
Reproches de laxisme
Directeur depuis neuf ans, Pascal Demaurex reconnaît le problème: «Je ne suis pas surpris. Dans toute institution, on a le risque que des produits soient introduits.» Les raisons se trouvent dans le virage radical pris en novembre 2010 par la fondation. Elle s’est mise à intégrer des alcooliques en grave difficulté, souffrant de problèmes psychiques et marginalisés, consommant parfois aussi des drogues et incapables de se fixer un objectif d’abstinence. A l’interne, parmi les 120 collaborateurs (environ 80 postes à temps-plein) travaillant dans tous les secteurs, dont les ateliers de réinsertion professionnelle, certains parlent de laxisme. Ils regrettent un coup de balancier trop fort par rapport à la discipline quasi militaire qui régnait au temps des Jaquet. «C’est devenu un peu l’hôtel», peut-on entendre. Des termes exagérés pour le directeur: «Nous ne sommes pas une prison. Mais nous faisons des contrôles, dans certains cas des prises de sang et d’urine. Toute personne découverte en consommation fait l’objet d’un travail individuel.»
En principe, les résidents visant l’abstinence sont séparés de ceux en consommation contrôlée, les premiers à la Pontaise à Lausanne, les seconds à la Clochatte au Mont-sur-Lausanne. Mais des contacts sont inévitables dans le cadre de certains programmes thérapeutiques. «Plus nous accueillons des gens en situation précaire, plus le risque de consommation à l’intérieur existe», déclare Stéphane Delgrande, directeur adjoint et responsable du résidentiel.
Virage inévitable
Cette nouvelle politique n’était-elle pas une erreur? Les Oliviers n’ont pas eu le choix. D’autres lieux de cure ont pris le même chemin, comme le Levant dans le domaine de la toxicomanie, où la mutation a provoqué une crise profonde. «La demande en thérapies basées sur l’abstinence a baissé. Nous avons dû nous intégrer dans un contexte global et cantonal. Pour nous, c’est un défi», relève Pascal Demaurex.
Affichant un taux d’occupation de 80% l’an dernier, les Oliviers peuvent espérer atteindre l’objectif de 85% avec les 65 places annoncées pour 2012. Des employés regrettent l’ancienne formule, certains sont même partis. Mais les responsables de l’institution assurent qu’elle n’a pas vécu de crise, contrairement à d’autres établissements. (24 heures)
Créé: 06.02.2012, 12h28
Publier un nouveau commentaire
Caractères restants:
7 Commentaires
les Oliviers ne sont pas à la Clochatte mais en zone industrielle: Budron A, non ??? Répondre
Cet article comporte une erreur de taille : les époux Jaquet ne sont absolument pas les fondateurs des Oliviers. Le véritable fondateur en est Daniel Quartier, dont le frère Philippe fut le premier directeur de l'institution. Répondre


Veuilliez attendre s'il vous plaît 





