Santé
Ces médecins qui font le choix de la campagne
Par Caroline Zuercher. Mis à jour le 20.09.2012 3 Commentaires
L'essentiel
Pénurie Dans cinq ans, la moitié des généralistes installés en Suisse seront en âge de prendre leur retraite.
Le problème est particulièrement aigu dans les régions périphériques.
Moyens Un plan d’action est mis au point à Berne afin d’encourager les jeunes à se diriger vers la médecine
de premier recours.
Témoignages Quelles sont les motivations des jeunes qui choisissent d’être généralistes dans des régions excentrées? Rencontre avec deux d’entre eux.
«Un jour, une dame m’a dit que son bébé ne voulait même plus sa chope! J’ai été un peu surprise.» Dans le Jura, la chope désigne le biberon. Mais Isabelle Deriaz, 34 ans, ne le savait pas. Et pour cause. La jeune femme, qui termine sa formation de médecin généraliste, a grandi dans le Nord vaudois. Depuis deux ans, elle vit dans le Jura et, au début de l’année prochaine, elle reprendra un cabinet à Saignelégier.
Comme elle, Ariane Perrinjaquet a choisi de prendre le large. Originaire de la région nyonnaise, cette médecin de 31 ans rejoindra au printemps prochain un cabinet de groupe au Locle. Deux perles rares, dans un pays où les spécialistes se multiplient dans les villes, alors que les régions périphériques manquent de généralistes.
«J’ai regardé les statistiques sur le nombre de médecins dans le Jura et leur âge, cela fait un peu peur», confirme Isabelle Deriaz. Dans ces conditions, la jeune femme a trouvé en moins d’une année le cabinet de ses rêves. Ariane Perrinjaquet, elle, ne voulait pas s’installer seule. Elle cherchait des collègues, si possible dans le canton de Neuchâtel. Et, conclut-elle, elle a eu «beaucoup de chance». A son goût, la médecine générale sera plus intéressante «dans une ville excentrée»: «Dans les métropoles, les médecins doivent régler davantage de questions psychosociales. En campagne, le travail est plus diversifié. Dans la même journée, on fera de la gynécologie, de la pédiatrie, de la chirurgie…»
La diversité, pas le salaire
Cette même envie de diversité a conduit Isabelle Deriaz à la médecine de famille. «Je veux ausculter des patients plutôt que d’être à la pointe de la recherche», plaide-t-elle. Quitte à gagner moitié moins que certains spécialistes? «C’est un fait. D’un point de vue salarial, c’est moins attractif», répond Ariane Perrinjaquet. Le système TarMed, toutefois, devrait être adapté.
La médecine de famille, ajoute la Nyonnaise, n’est pas assez promue durant les études de médecine: «Les enseignants sont essentiellement des spécialistes. On ne met pas suffisamment en avant le fait que les généralistes coordonnent les soins donnés au patient.» Mais, les choses changent là aussi. Par le passé, les aspirants à la médecine générale étaient «un peu laissés à eux-mêmes», selon Isabelle Deriaz. Aujourd’hui, ils sont mieux encadrés et soutenus dans la recherche des stages nécessaires pour obtenir leur titre. «De plus en plus, ajoute Isabelle Deriaz, les régions essaient de former des généralistes. Le Jura, par exemple, paie une partie du salaire de ceux qui effectuent un stage chez un médecin de famille du canton.»
Problème d’image
Le désintérêt des médecins pour leur discipline, les deux femmes l’expliquent aussi par un problème d’image. Au sein du public, «beaucoup de gens pensent que nous sommes les moins bons médecins, ceux qui n’arrivaient pas à faire autre chose», regrette Isabelle Deriaz. Et dans la profession, certains les voient «comme des trieurs». «A tort», s’empressent d’ajouter nos interlocutrices.
La solution? «Il faut remettre le généraliste au centre de la prise en charge, lui permettre de coordonner les soins, répond Ariane Perrinjaquet. Je pense aussi que lorsque des jeunes s’installent à la campagne, cela peut redorer notre blason.» Reste que la plupart des médecins préfèrent la ville. «Ils y construisent leur vie pendant les études puis ne veulent plus partir», résume Ariane Perrinjaquet. «Si on veut des cinémas et des restaurants, il ne faut pas venir ici», complète sa consœur. Les gardes de soir ou de week-end sont aussi plus fréquentes dans les régions reculées. Et puis, le risque est d’être dérangé à toute heure, y compris durant ses courses, par les patients que l’on croise.
Des collègues, raconte Isabelle Deriaz, ont souri de son choix, relevant qu’on l’appellerait pour soigner des vaches… Mais un regard par la fenêtre de son salon, au Noirmont, la conforte dans sa décision. La vue est imprenable sur le village avec, en arrière-plan, la colline du Peuchapatte et ses éoliennes. Cette alternance de pâturages et de sapins, ce dégradé de verts, elle les trouve d’une douceur magnifique. Au point qu’elle s’y verrait bien jusqu’à la retraite.
Pas assez d’un côté, trop de l’autre
Selon une recommandation de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), un système de santé centré sur la médecine de famille devrait disposer d’un généraliste pour 1000 habitants – soit environ 8000 dans notre pays. Or, on en comptait 7136 en 2011, contre 7715 en 2003 (statistiques de la Fédération suisse des médecins, la FMH).
D’après l’association des médecins de famille et de l’enfance suisse, il faudrait ouvrir chaque année 270 nouveaux cabinets pour atteindre les objectifs de l’OCDE. Il faut préciser que les généralistes helvétiques ont, en moyenne, 57 ans. Et dans cinq ans, la moitié d’entre eux seront en âge de prendre leur retraite. Ni SantéSuisse ni la FMH ne possèdent de statistiques régionales. Toutefois, tous le confirment: la pénurie est particulièrement marquée dans les régions périphériques.
Pour augmenter l’attrait de leur métier, les généralistes ont déposé une initiative populaire: «Oui à la médecine de famille». La Confédération et les Cantons ont annoncé dans la foulée leur volonté de former 300 médecins de plus par année, et ce dès 2018-2019. Mais comment motiver les nouvelles recrues à suivre la voie souhaitée? Un plan d’action doit promouvoir la médecine générale – au niveau de la formation et des rémunérations. On devrait en connaître les détails en mars 2013, et s’ils leur conviennent, les généralistes pourraient retirer leur initiative.
Si la pénurie guette d’un côté, c’est le trop-plein de l’autre. Depuis la fin du moratoire sur l’ouverture de nouveaux cabinets médicaux, en janvier, 1420 praticiens ont obtenu l’autorisation de s’installer dans le privé (chiffres à la fin du mois d’août). Reste que trois quarts d’entre eux sont des spécialistes. Et que la plupart choisissent les grandes villes. A fin juillet, 266 autorisations avaient ainsi été octroyées dans le canton de Zurich, 179 à Genève et 111 dans le canton de Vaud. (24 heures)
Créé: 20.09.2012, 07h10
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3 Commentaires
Bravo à ces jeunes médecins qui font le choix de devenir médecin de campagne! La tâche est beaucoup plus rude que d'avoir un cabinet en ville et consulter aux heures de visites sans plus ce déplacer à domicile où que lorsque ils sont le médecin de garde, en extrême urgence! Le médecin de campagne se déplace de jour comme de nuit et va consulter ses patients lorsque que c'est nécessaire.Bon Courage Répondre
L'obligation de passer au minimum 5 ans comme médecin de campagne avant d'avoir l'autorisation de pratiquer des spécialités ou d'ouvrir un cabinet en ville. La pluralité des traitements aux patients des campagnes, forme le médecin mieux que dans les villes où ceux-ci se précipitent aux urgences. C'est en forgeant que l'on devient forgeron... La forge est à la campagne... Répondre
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