Ecoutons les seniors pour les aider à mieux vieillir

SociétéDes chercheurs associés à des entreprises écoutent les aînés pour mieux intégrer leurs besoins. Mobilité, sécurité, confort: le Senior Living Lab explore des idées nouvelles.

Image: Dessin Lionel Portier

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«Mourir, ce n’est rien, mais vieillir…», chantait Jacques Brel. Vieillir en voyant sa mobilité se réduire, en perdant petit à petit son autonomie, en abandonnant des forces et en découvrant la solitude. Voilà ce qui effraie tant de gens. La société, elle, s’interroge: avec le vieillissement programmé de la population et la multiplication annoncée du nombre de grands vieillards, octogénaires et nonagénaires, peut-elle aider cette population fragilisée à bien vieillir ?

Oui, assurément, en se mettant davantage à l’écoute des seniors, répondent des chercheurs de quatre hautes écoles spécialisées romandes. Il y a deux ans, ils ont lancé une étude pilote: le Senior Living Lab, sorte de plate-forme de diagnostic et d’investigation des besoins des aînés. Trois entreprises ont saisi la perche: Swisscom, Migros et les Transports publics lausannois se sont associés. Ces sociétés ont accepté de soumettre au regard critique d’un panel de seniors certaines de leurs prestations – des services ou des biens qu’elles commercialisent. «On a beaucoup appris», ont témoigné leurs représentants lors d’une conférence de presse qui tirait, lundi, le bilan.

Le Senior Living Lab est devenu «un lieu d’échange et de dialogue» entre des acteurs privés et ce public particulier que sont les aînés, raconte Nathalie Nyffeler, qui a piloté la démarche. Professeure à la Haute Ecole d’ingénierie d’Yverdon, elle voit dans ce modèle participatif importé des Etats-Unis «un écosystème d’innovations destinées au bien vieillir». Martin Dubach, Product sales manager chez Swisscom, souligne la valeur ajoutée de ce «laboratoire d’idées»: «Les besoins de l’adulte âgé sont placés au centre. On cherche à faire mieux avec les seniors et pour eux.» Alexa Besson, chargée de mission marketing aux TL, abonde dans ce sens: «On s’est rendu compte que les seniors sont davantage ouverts aux nouvelles technologies qu’on le croyait. Mais ils expriment des besoins de proximité et de conseils auxquels nous devons porter davantage d’attention.»

Concrètement, qu’ont apporté les personnes âgées réunies par le Senior Living Lab? Les TL avaient élaboré un projet de brochure explicative sur leurs prestations pour toute leur clientèle. La compagnie de bus s’est laissé convaincre qu’elle ne répondait pas aux besoins des plus âgés; elle a édité une brochure spécifique pour les seniors. Avec un visuel renouvelé, qui a intégré des remarques exprimées dans le Laboratoire. Avec des tableaux retravaillés pour être plus simples et mieux centrés sur les informations jugées les plus utiles par les seniors.

La mobilité de demain

Un «cahier d’idées pour la mobilité de demain» est aussi né des échanges entre les TL et les participants au Laboratoire. Elles doivent maintenant faire l’objet de négociations avec des partenaires (fabricants de bus, autorités municipales, etc.) Pour renforcer le sentiment de sécurité, des barres et des poignées seront ajoutées à l’intérieur des bus. Les boutons d’alarme avec l’icône de la poussette seront remplacés par des boutons invitant aussi les seniors à signaler qu’ils ont besoin de temps pour descendre du bus.

A la demande de Swisscom, le Laboratoire a testé le dispositif de montre alarme que commercialise l’opérateur de télécommunication. Alors que les plus de 80 ans font 6% de la population en Suisse, seul 10% de ce groupe a fait l'acquisition de cet appareil utile pour appeler au secours en cas de chute. «Le dialogue a mis en avant le rôle déterminant des proches aidants dans l’acquisition de cet appareil», témoigne Martin Dubach de Swisscom. Autre enseignement: «Notre crainte que le produit soit perçu comme stigmatisant était exagérée.»

La Ville de Renens s’est aussi associée au Senior Living Lab. Sa contribution a été de permettre aux chercheurs de disposer d’un réseau d’aînés désireux de partager leur avis. Georges Chevallaz, chef du Service Enfance et Cohésion sociale, a suivi plusieurs échanges au sein du Café Découverte, nom donné aux réunions tenues dans le cadre du Laboratoire. Le dialogue, dit-il, a révélé que les normes techniques de construction destinées à faciliter la mobilité des aînés dans les immeubles ne sont presque jamais respectées: «La faute aux privés, déplore le fonctionnaire, mais la responsabilité incombe aux communes qui laissent faire.»

Il est aussi ressorti que l’accès aisé à des WC publics était une condition majeure pour que les seniors se sentent à l’aise pour sortir dans la rue. La Commune de Renens a aussitôt convaincu les restaurateurs sur son périmètre d’ouvrir leurs toilettes aux seniors sans obligation de consommer. Un autocollant posé sur la porte des établissements jouant le jeu signale l’accessibilité gratuite de leurs toilettes. Le manque de bancs dans la rue a aussi été identifié et sera comblé.

Dans le même esprit, Migros Vaud et Migros Valais, associés au Laboratoire, ont pu identifier un besoin. Pour faire leurs courses sans stress ni fatigue excessive, les aînés ont besoin de zones de repos. Un banc pour se reposer et souffler entre les rayons ou à proximité des caisses. Cette idée toute simple pourrait bientôt faire son chemin. «Les idées émergentes ne sont pas révolutionnaires, mais frappées au coin du bon sens. L’essentiel est qu’elles s’expriment, soient entendues puis intégrées», souligne la professeure Nathalie Nyffeler. (24 heures)

(Créé: 10.01.2017, 06h39)

«Notre valeur ajoutée, c’est la réunion de compétences diverses»

«Jamais on s’est autant intéressé aux vieux», constate, mi-amusée, mi-ironique, Christiane Jacquet-Berger, présidente de l’Association suisse des retraités (AVIVO). La députée popiste, marraine du Senior Living Lab, se déclare «convaincue» de la pertinence à rechercher le point de vue des seniors. Mais elle se méfie du pouvoir de l’argent au moment où les retraités sont aussi un marché en croissance: «Il faut veiller à ce que les seniors ne soient pas instrumentalisés ou achetés pour donner un avis à des compagnies opportunistes.»

Les chercheurs des quatre HES romandes impliquées se sont déclarés hier «tout à fait conscients» de ce danger. Surtout au moment où ils songent à pérenniser leur laboratoire et cherchent entre 100 000 et 200 000 francs pour créer et faire fonctionner l’association qui se donnerait la mission de faire vivre le Senior Living Lab. «Il faudra clarifier en toute transparence les rapports entre les financeurs et l’association», souligne le professeur Luc Bergeron de l’Ecole cantonale d’art (ECAL). Dans la phase pilote, un mécène, à savoir la Gebert Rüf Stiftung, a apporté les moyens nécessaires.

L’association à créer pourrait s’établir à Renens, la commune a signalé son intérêt. Elle pourrait se financer avec la cotisation de membres fondateurs recrutés parmi les collectivités publiques et les entreprises. Elle ambitionnerait aussi de vendre ses services à des clients. Le modèle économique est en cours d’élaboration, confirme la professeure Nathalie Nyffeler, de la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD): «Nous avons prouvé que notre laboratoire peut réaliser des diagnostics solides et utiles. Nous devons maintenant convaincre nos institutions de formation et recherche que l’expérience mérite de durer.»

Aux côtés de l’ECAL et de la HEIG-VD sont mobilisées la Haute Ecole de la Santé de La Source et la Haute Ecole d’ingénierie et d’Architecture de Fribourg. «Notre valeur ajoutée, c’est la réunion et la mise à disposition de nos compétences respectives dans un esprit interdisciplinaire», souligne encore Nathalie Nyffeler.

Les débuts n’ont pas été faciles, concède la chercheuse. «Une fois un langage commun trouvé, la clef du succès a été de prendre le temps de comprendre ce que recouvrent vraiment les fragilités des aînés», témoigne-t-elle. «Nous avons créé des attentes parmi les associations de seniors. Nous ne devons pas les décevoir», conclut la professeure.

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