Lausanne
Elle décède au bout de cinq heures au CHUV, sans avoir vu de médecin
Par Jérôme Ducret. Mis à jour le 06.02.2012 90 Commentaires
Elle a été admise aux urgences du CHUV le 5 janvier dernier. Elle n’en est pas ressortie. Agée de 87?ans, Jacqueline est décédée ce même jour. Mais ce que déplorent vraiment la fille et la belle-fille de cette dame, c’est qu’elle est morte sans avoir vu le moindre médecin, qui plus est après plus de cinq heures passées dans un lit.
«C’est honteux, des choses comme ça ne devraient pas se passer, note la fille de la décédée, qui préfère que son nom ne soit pas rendu public. Au-delà du cas de ma mère, je trouve que ça pose un vrai problème. Comment être sûr que cela ne se reproduira pas avec un autre patient?»
Pas de dossier médical
Bertrand Yersin, le médecin responsable des Urgences, a reçu les deux femmes pour leur expliquer ce qui s’était passé. Il raconte le déroulement des faits: «A l’admission, cette dame se plaignait de douleurs intenses, mais ses signes vitaux étaient normaux. Elle a annoncé avoir souffert d’un épisode de diarrhée et d’un vomissement. Elle toussait et était très faible avant de venir aux urgences. Et elle n’avait pas ou plus de médecin traitant, ce qui signifie qu’elle n’avait pas de dossier médical indiquant par exemple si elle prenait des médicaments.»
Le CHUV a mis en place depuis 2008 un nouveau système de tri des patients par degré d’urgence, explique Pierre-François Leyvraz, directeur du CHUV. «Un système qui a permis de passablement réduire le temps d’attente», note le directeur. La dame qui est décédée le 5 janvier avait été placée en catégorie 4, la moins urgente. Les patients qui sont ainsi orientés sont installés dans ce que l’hôpital appelle des «lits d’attente».
A 19?h ce jour-là, lors du changement d’équipe de soins, la patiente en question a été vue par l’infirmière en charge des lits d’attente. Là, non plus, selon Bertrand Yersin, il n’y avait rien à signaler. Ce n’est que vers 21?h que l’on a constaté qu’elle ne respirait plus. Une équipe médicale a alors tenté, en vain, de la réanimer.
Refus d’autopsie
«Pour le personnel concerné, qui a suivi les règles, cette histoire a été durement ressentie – c’était un coup dur, commente le chef des Urgences. Ce jour-là, le service était très occupé. Il y a eu des pics allant jusqu’à plus de dix patients en attente, alors qu’il n’y a que quatre boxes prévus pour cela. De plus, certains patients demandaient ce soir-là beaucoup de présence et de soins de la part du personnel médical et infirmier. Les médecins qui étaient présents étaient tous occupés à des tâches plus urgentes. Nous regrettons que cette patiente soit morte ainsi, seule dans un couloir, pour dire les choses brutalement, commente Pierre-François Leyvraz, directeur du CHUV. Nous avons pris ce cas très au sérieux.» Il précise qu’on ne peut pas selon lui parler de négligence, ni de faute professionnelle, et ajoute que la famille n’a pas accepté une autopsie. On ne sait donc pas ce qui a causé le décès.
A la suite de cette histoire, la direction du CHUV affirme plancher sur de nouvelles règles pour les Urgences. «Il faudrait notamment réussir à faire en sorte que, même pour des cas classés en degré d’urgence 4, un médecin puisse passer une fois par heure, détaille Pierre-François Leyvraz. Mais cela implique de trouver les ressources nécessaires, soit concrètement de réattribuer au service des urgences un temps de travail médical engagé ailleurs…» ? (24 heures)
Créé: 06.02.2012, 22h40
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90 Commentaires
Bonjour à toutes et à tous, je faisais partie du personnel infirmier qui était présent cette nuit-là, je peux vous certifier que ce malheureux décès a laissé des traces sur le personnel soignant, certes la Direction n a pas mis en cause notre travail, mais en tant qu'être humain, nous sommes choqués... Répondre
Je souhaite dire qu'en tant que personnel infirmier, on travaille 12 heures d'affilée et fait ce qu'on peut.
Juste pour dire aussi qu'il y aura une pénurie de personnel soignant et que l'hôpital ne pourra pas maintenir un niveau de sécurité suffisant sans du personnel formé et en nombre suffisant.
Certes c'est malheureux, mais j'espère que cette événement changera les choses. ABE
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