Interview
«Face aux brigandages, la police n’y arrivera pas seule»
Par Laurent Antonoff. Mis à jour le 27.01.2012 36 Commentaires
Articles en relation
A Aigle, le magasin Vögele a été braqué jeudi
Un homme armé a attaqué la boutique Vögele d’Aigle, jeudi vers 18 h 30, au moment de sa fermeture. Aucun client ne se trouvait dans le magasin au moment des faits. Les deux employées, âgées de 42 et 48 ans, ont été surprises alors qu’elles bouclaient leur caisse.
L’homme, parlant français avec un accent de l’Est, a fait irruption dans la succursale et a sorti une arme de poing. Il s’est fait remettre de l’argent avant de prendre la fuite dans une direction inconnue.
Les deux femmes, choquées, n’ont pas été blessées. Plusieurs patrouilles du Centre d’intervention régional de Rennaz et des gendarmes de la région Est vaudois, avec la collaboration de l’Entente des polices du Chablais et de la police cantonale valaisanne, ont mis en place plusieurs barrages routiers. Deux conducteurs de chiens ont également été mobilisés. Malgré cet important dispositif, l’homme restait toujours introuvable.
Toutefois, selon le site internet lematin.ch, un homme correspondant au signalement du braqueur aurait été interpellé et interrogé hier. Il aurait emporté avec lui la somme de 18 000 francs. La police se refuse à commenter cette information.
Hier, elle a lancé un appel à témoins: la personne recherchée mesure entre 170 et 175 cm. Elle est de corpulence mince et a la peau légèrement hâlée. Elle portait un pull clair avec une capuche et un pantalon noir. Les témoins éventuels peuvent s’annoncer au 021 644 44 44 ou auprès du poste de police le plus proche. La direction de Vögele était injoignable, hier, pour répondre à nos questions.
N.D.
Et de sept! En l’espace du seul mois de janvier, sept braquages ont eu lieu sur sol vaudois, dont deux pour la journée de jeudi. «La situation est extrêmement inquiétante», reconnaît Jacques Antenen, commandant de la police cantonale. Il se défend toutefois de se retrouver démuni. «La police n’est pas responsable de l’explosion de cette criminalité.» Il s’en remet aujourd’hui aux commerçants, auxquels il adresse ce message: «Aidez-vous et la police vous aidera.» Entretien.
Quelle parade la police va-t-elle opposer à ces brigandages?
Il devient difficile pour nous de nous déployer sur le terrain à titre préventif, en raison de la multiplication des cibles des braqueurs. Les délinquants ne recherchent plus obligatoirement le gros coup, comme une banque ou une poste. Ils passent désormais à l’acte dans n’importe quel petit commerce. Ils se contentent de quelques milliers de francs. L’effet traumatisant reste le même pour les victimes. On ne peut pas mettre un gendarme derrière chaque caisse. Nous faisons déjà le maximum. J’en appelle aujourd’hui aux commerçants. Je leur dis: «Aidez-vous et la police vous aidera.»
C’est donc aux commerçants d’agir?
A eux comme aux responsables des institutions financières. Ils doivent se responsabiliser. La sécurité est devenue l’affaire de tous. Il faut tout d’abord qu’ils équipent leurs magasins de surveillance vidéo. C’est leur droit. Les caméras jouent non seulement un rôle dissuasif, mais, en plus, les images aideront la police à interpeller les auteurs de brigandages. Avant, l’aveu était la reine des preuves. Aujourd’hui, c’est l’image. Il faut aussi que les commerçants vident plus régulièrement leurs caisses, et qu’ils passent progressivement à l’argent plastique. Ils doivent s’équiper afin de permettre le paiement par cartes bancaires. Je sais que cela a un coût, mais c’est le prix à payer. Soyons clairs: la police n’y arrivera pas toute seule. Je ne peux pas rassurer les commerçants. Je peux simplement leur dire qu’ils doivent y mettre du leur.
Et la police? Elle fait quoi?
Elle fait déjà le maximum! Durant le mois de janvier, sur La Côte, par exemple, la gendarmerie a effectué près de 100 contrôles préventifs à proximité de cibles potentielles. Nous allons également continuer à dispenser des formations spécifiques à des corps de métier, comme aux gérants de stations-service ou aux employés des banques ou des postes. Il faut aussi développer le renseignement. Les citoyens doivent nous appeler chaque fois qu’ils constatent un comportement suspect. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé à Lausanne jeudi, et qui a permis l’arrestation des braqueurs.
Et si les commerçants étaient tentés de se défendre eux-mêmes?
C’est un conseil que je leur donne: «Ne vous armez pas dans votre boutique!» Non seulement c’est vous qui pourrez finir en prison si vous tirez sur votre agresseur sans être en légitime défense, mais, en plus, on ne sait jamais dans quel état se trouve celui qui vient vous braquer, ni comment il peut réagir. Une chose est sûre: le risque de voir le nombre de ces braquages augmenter existe.
Filmer les gens dans les magasins, c’est du «flicage»?
Absolument pas! Cela reste du domaine privé. Dans le cadre des enquêtes pénales, nous voulons pouvoir exploiter les images des braqueurs, pas celles des clients.
Si vous aviez plus de policiers à disposition, cela irait mieux?
En Suisse, il manque 3000 policiers. Pour le canton de Vaud, je ne dis pas que si on nous donnait 300 hommes de plus, nous éradiquerions le brigandage, mais cela y contribuerait certainement. Pour l’heure, nous faisons avec les moyens qu’on nous donne. Et ce n’est pas suffisant.
Un des policiers qui a arrêté les malfrats témoigne
«J’étais en patrouille avec ma collègue, à la place Centrale, quand on a entendu l’appel de la Centrale, raconte le sergent Schwery, 44 ans. Il fait partie des agents de la police municipale de Lausanne qui ont arrêté les braqueurs de la boutique d’horlogerie-joaillierie Junod, jeudi, à Lausanne.
«Je suis rattaché au poste de quartier du Flon, nous faisions notre patrouille à pied, continue-t-il. Quand l’alerte a été donnée, nous nous sommes proposés à la Centrale d’alarme et d’engagement. Ensuite, c’est allé très, très vite. A Lausanne, on a la possibilité d’être rapidement sur les lieux. On a couru jusqu’à la place Saint-François. Et on est arrivés pile-poil au bon moment. Un peu plus tard, les braqueurs auraient probablement disparu.
Sur le moment, je n’ai pas eu le temps d’avoir peur. Bien sûr, on réfléchit un minimum à ce qu’on fait. Et quelque part, dans un coin à l’arrière de notre esprit, on sait que ce genre de situation peut être dangereuse… Quand nous sommes arrivés sur place, des gens nous ont désigné les auteurs du braquage en train de sortir. Nous les avons interceptés. C’était vraiment un travail d’équipe. Et je n’ai su qu’en lisant la presse, le lendemain, que des gens nous applaudissaient! D’un autre côté, je n’entends pas non plus systématiquement ce que disent ceux qui, parfois, nous insultent.
Nous sommes ensuite montés à l’Hôtel de police pour établir les premiers rapports d’intervention. A 16 h, j’étais de retour au poste du Flon. Je me suis trouvé au guichet pour enregistrer un vol de vélo. Je ne suis pas un héros, mais si j’avais la moindre velléité de l’être, ça m’aurait tout de suite remis à ma place.
En y repensant après coup, ce braquage, c’était la première fois que j’étais face à une situation aussi grave à Lausanne. J’y suis arrivé en 2009. Je n’ai connu un truc semblable qu’une seule fois, quand je travaillais dans la police valaisanne. Il avait fallu appréhender un homme qui s’était évadé et qui transportait des armes sur lui. Aujourd’hui, cette arrestation à Saint-François, c’est déjà du passé pour moi. Mais le meilleur moment, c’est sans conteste quand j’ai pu entrer dans la bijouterie et dire à ces gens choqués par ce qui s’était passé: «C’est bon, on les a eus, tout est terminé!»
J.DU.
(24 heures)
Créé: 27.01.2012, 23h06
Publier un nouveau commentaire
Caractères restants:
36 Commentaires
Quel triste constat d'impuissance de nos autorités.....
et si on dégommait quelques uns de ces cambrioleurs pour l'exemple ???
Ca ferait tout de suite un bel effet j'en suis certain
Répondre
Bien sûr que la police ne peut y arriver seule, il faut quand'même l'aide de la loi. En raison de nos lois bien gentillettes qui prescrivent des peines ri-di-cules pour des délits et même pour des crimes graves, la Suisse est un vrai paradis pour les criminels. Et si jamais ils font quelques mois de prison, c'est dans des conditions plus que confortables; des vacances quoi ! Répondre
Faudrait savoir ! On ne doit pas faire justice soi-même, mais on peut prendre des mesures ! Faites donc un travail qui n'est pas le vôtre, légalement, et continuez à payer des impôts pour la sauvegarde des personnes et des biens par l'Etat. Et les politiciens de gôche et de droite répètent depuis 30 ans que la criminalité n'a pas augmenté, que c'est un fantasme de l'UDC; belle clairvoyance ! Répondre
Comme le disent si bien les bisounours, l'insécurité n'existe pas. Ce n'est qu'un sentiment subjectif d'insécurité...
On voit le résultat de la politique découlant de leurs dogmes.
c'est sûr. c'est plus compliqué que de coller des PV sur les voitures à longueur de journée... Répondre
Je suis choqué par tous ces commentaires désagréables sur les forces de l'ordre. Oui, personne n'aime avoir une amende, oui c'est toujours trop cher mais les prix sont fixés par la loi sur les amendes d'ordre. Ok, peut-être préférons-nous voir les policiers faire de la prévention au lieu de répression. Suite au prochain commentaire. Répondre
Je partage votre sentiment... mais je suis aussi très interpellé par toutes ces personnes donnant des avis, parfois judicieux , mais aussi trop souvent insultant, qui, par leurs peu de courage se cache derrière des sobriquets...
Ceci étant, dit, c'est la justice que nous devons pointer du doigt car si le corps de police fait son travail en neutralisant le voyou potentiel, la justice le libère!!!
Chères Autorités, je vous engage à re-lire l'interview de l'avocat lyonnais qui disait que nous aurons affaire à une plus grande criminalité venant de l'autre côté de la frontière car chez eux, la Justice est efficace. Retroussez vos manches et agissez !!!
Selon moi, le vrai problème vient de la Justice. Après avoir mis en place les jours-amendes au lieu de l'emprisonnement, les Autorités viennent enfin en arrière. Avec CODEX (nouvelle procédure pénale), les délinquants sont roi. Les policiers, procureurs n'ont plus de moyens. Messieurs, Mesdames les penseurs, ouvrez les yeux et prenez les dispositions adéquates avant qu'il ne soit trop tard
Bravo sergent Schwery ! Ca fait plaisir de voir qu'il y a des gens qui ont des "balls" comme on dit en Amérique. Mais attention : l'avocat du voleur va sûrement vous attaquer pour violence inadaptée envers son pauvre client... Répondre
Oui, bravo au policier. Toutefois, tout policier, une fois dans sa carrière, rêve d'une interpellation d'un tel type. C'est ce qui fait le charme du métier même s'il a ses dangers.
N'ayant pas vu une interdiction de tourner à gauche, quel fût ma surprise de voir les gendarmes sortir de leur cachette, je m'attendais à une centaine de francs d'amende, mais non 360 frs+ dénonciation au préfet, alors là, c'est sur qui ils ont le temps pour faire leur raquette, et pendant ce temps là, le supermarché de la drogue ainsi que des agressions peut continuer tranquillement !!!!!! Répondre
Une interdiction de tourner à gauche, il me semble que cela coûte 100 fr. Donc il devait certainement avoir une autre faute de circulation, petit cachotier...
Si tu ne vois pas un panneau, c'est que certainement tu n'étais pas attentif à la route. Pas voir un panneau c'est comme si tu ne voyais pas un enfant qui traverse la route. Au moins, cette fois tu sera doubles attentifs
La police et la justice avouent leur impuissance vis à vis du crime, mais mettent en garde le citoyen lambda de ne pas vouloir se défendre lui même sous peine de finir en prison...
C'est le monde à l'envers!
Répondre
Un peu facile de mettre la responsabilité sur les commerçants.... fermons les boutiques et achetons sur le net, c'est ça que vous voulez ??? Vous êtes bien content d'avoir les commerçants pour financer vos activités, alors assumez Répondre
Certains n'apprécient guère lorsque l'on dit que la police est plus efficace dans la distribution d'amendes que dans la lutte contre les malfrats ou les dealers (plus présents à Lausanne que les policiers !). Maintenant, on sait que c'est par manque d'effectifs sur le terrain du crime (pas de manque sur les délits de parcage...!). Conclusion: Commerçants, engagez un vigile devant votre magasin ! Répondre
le problème c'est la frontière Suisse !!, elle est comme ton appartement dont la porte d'entrèe n'aurais pas de serrure... Répondre
Malgré tout il faut absolument que nos autorités prennent conscience qu'il faut RAPIDEMENT des effectifs supplémentaires pour la police cantonale. Lié à cela les peines judiciaires qui ne sont pas du tout adaptées, les auteurs de délits tels que braquage ou cambriolage se disent qu''ils ne risquent vraiment rien à venir dans notre pays pour commettre des délits. Ils rigolent chaque nuit. Répondre
Tu penses que le salaire du policier change à la fin du mois en fonction des prunes qu'il donne ? Que ceux qui ont de l'argent en suffisance continuent à faire n'importe quoi sur les routes. Ça renfloue effectivement les caisses à ma place. Concernant les assistant police, leur job n'est pas le même à la gendarmerie ou à la police de Lausanne.
On sent la réponse de l'assistant de police, bien content de son petit boulot tranquille qui ne demande pas trop à réfléchir...
Les policiers ne "doivent" pas passer la moitié de leur temps à "éduquer" des conducteurs. Il le font pour l'argent facile que cela représente pour les caisses de l'état.
Les assistants de police n'ont peut-être pas envie de devenir policier... ce sont deux métiers bien différents.
Si la police ne devait pas passer la moitié de son temps à "éduquer" les conducteurs qui se croient tout permis et qui s'offusquent après une prune, ils auraient certainement plus de temps pour être proactifs au niveau de la criminalité !
La police a bien assez d'effectifs! Ils ne sont juste pas utilisés à bon escient.
Prenez tous les petits gris (les assistants de police) et formez les au métier de policier et le tour est joué.
Un peu moins de contrôle de stationnement, ça ne fera de mal à personne hormis aux budgets de nos grandes villes.
Chomage + pauvreter =voleurs c'est comme deux plus deux font quatre???. Répondre
Je ne sais pas si effectivement les effectifs de la Police sont suffisants, par contre ce qui est choquant c'est de voir la pugnacité et la sévérité de la police et de la justice vis-à-vis des infractions routières en comparaison aux autres crimes et délits. Un exemple, cette jeune fille qui a pris un projectile en pleine tête à Genève, le tireur s'est pris..... 5 ans!
Ne mélangeons pas tout. La police a de nombreuses tâches diverses à assumer,elle le fait au mieux de ses moyens. Arrêter de verbaliser les parkings et exceès de vitesse et ce serait aussi très vite l'anarchie.
Stricto sensu, un qui roule à 120 en ville est tout aussi criminel qu'un braqueur. Tous deux violent la loi et mettent des vies en danger.
Bravo la police
Répondre
Oui mais entre mettre 40 chf d'amende à quelqu'un qui est resté stationné 5min de trop ou mettre 40 chf d'amende à quelqu'un qui n'a pas payé son stationnement, il y a une différence bien trop subtile au yeux de notre justice pour laquelle la peine (pécuniaire) est exactement la même
Nul doute qu'il faut renforcer les effectifs mobilisés dans la pose de radars sur les routes empruntées par les citoyens sur le chemin de leur travail. Dès lors, que ces mêmes citoyens se débrouillent eux-mêmes pour faire face aux "malfrats" dont parle les chefs de la police. On ne peut pas tout faire, il y a des priorités. A bon entendeur... Répondre
La Police fait le maximum ? Euh ... oui avec les radars et les contraventions de parcage ! Répondre
Vive l'espace Schengen! Les malfrats débarquent pour la plupart de France, sans être aucunement ennuyés à la frontière, puisque c'est entrée libre en Suisse! Et pour repartir chez eux, rebelote, en voiture Simone! Répondre
M. le Commandant de la Police cantonale : vous dites ne vous armez pas dans votre boutique car vous pouvez finir en prison. Moi je vous dit : si quelqu'un m'agresse dans ma boutique ca va finir très mal. Je préfère être en 4 murs qu'en 4 planches. ABE. J'ai été cambriolé je n'étais pas présent (heureusement pour le voleur) et vous M. Antennen avez-vous été cambriolé ? Répondre
Perds pas ton temps, ils se croient à l'abri derrière leur lois obsolètes… La justice en Suisse ? C’est le musée de l’illogisme… Malheureusement, la vérité c’est que ça les arrange bien qu’on soit dans l’insécurité, comme ça tu seras encore plus abruti et tu payeras l’impôt sans regarder… et tu te feras quand même braquer ! ;-)
Et la police? Elle fait quoi? Elle fait déjà le maximum!
Ah c'est sûr qu'avec un tel aveu d'impuissance, les malfrats auraient tort de se gêner! Mais dormez tranquilles braves gens, les radars laser vous protègent, vous et vos biens.
Répondre
Surtout ,comme le procureur Cottier la dit il faut faire attention car arrêté plus de cambrioleurs entrainerait des dépenses supplémentaires pour la justice
Si je comprends bien: on passe son temps à "éponger" au lieu de "fermer le robinet"!
On pourra multiplier le nombre de policier à l'infini... tant qu'on laisse les frontières ouvertes à n'importe qui et à n'importe quoi (les marchandises frelatées et non conformes à nos lois ne valant pas mieux), la situation ne pourra que s'aggraver.
Quant à demander aux citoyens de "se protéger" à grands f


Veuilliez attendre s'il vous plaît 






Connecté avec Facebook