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Mur du Son

«Je veux faire un show qui plaise au plus grand nombre»

Par Thierry Meyer. Mis à jour le 08.09.2012

Concepteur et metteur en scène du Mur du Son, le Québécois Olivier Dufour revient sur l’origine du spectacle et explique ce qu’il a de particulier.

Olivier Dufour arrive aujourd’hui en Suisse pour superviser les derniers préparatifs du spectacle qui mettra le feu aux jardins de Beaulieu les 21 et 22 septembre.

Olivier Dufour arrive aujourd’hui en Suisse pour superviser les derniers préparatifs du spectacle qui mettra le feu aux jardins de Beaulieu les 21 et 22 septembre.
Image: DR

Une fin de journée d’été dans les environs de Québec. Chez lui, dans une maison ancienne qu’il a restaurée lui-même, Olivier Dufour peaufine les détails du Mur du Son de 24 heures . Précis, sérieux, mais enthousiaste et souriant, il raconte comment le spectacle est né.

Racontez-nous l’origine du Mur du Son…

En 2009, Gilbert Rozon, fondateur du Festival Juste pour Rire de Montréal (l’un des plus importants festivals du genre au monde), m’invite à réfléchir à un concept qui rende hommage au chant choral. Il voulait quelque chose d’unique, de jamais vu. Je ne connaissais pas bien l’art choral, mais j’ai eu envie de changer une chose: d’ordinaire, le spectateur est toujours assez loin des chanteurs du fond; je me suis dit que ce serait intéressant d’imaginer un mur, et d’exploiter cette surface pour y projeter de la vidéo.

Comment cela a-t-il été reçu?

Bien au-delà de nos espérances. Le public du festival a choisi le Mur du Son comme coup de cœur. Ça nous a donné envie de le faire évoluer. L’année suivante, la Ville de Québec m’a proposé de créer ce spectacle, avec un contenu nouveau, devant l’Assemblée nationale. Là aussi, le succès a été au rendez-vous.

En 2011, vous recevez un coup de fil de Suisse… comment cela s’est-il passé?

Nous avions eu un premier contact auparavant avec Vincent Sager, directeur d’Opus One, lors d’un de ses voyages de prospection. Nous nous étions promis de monter quelque chose ensemble, un jour. Mais il fallait trouver l’occasion rêvée. Et au printemps 2011, Vincent Sager nous dit qu’il pense avoir trouvé cette occasion: les 250 ans d’un journal. Pour nous, Québécois, ce chiffre est juste impensable! Donc ça nous a intrigués, d’autant plus que je ne connaissais pas la Suisse.

Comment la sauce a-t-elle pris entre vous, votre équipe, et des initiateurs du spectacle, qui n’étaient pas des professionnels?

Au départ, dans tout projet de ce genre, il y a de la générosité et de la sincérité. Là, la rédaction de 24 heures a voulu saluer une région, sa population, lui rendre hommage à travers un moment unique, qui restera dans les mémoires. C’est la plus belle mission qu’on puisse nous donner. Quand on vous confie ce défi de cette manière, vous ne pouvez pas être «ordinaire». Il faut aller au fond des choses pour vraiment comprendre cette région. Je me suis rendu compte que le Mur du Son nous permettait d’apporter un regard différent sur le canton de Vaud, et que par miroir nos interlocuteurs vaudois portaient eux aussi, du coup, un regard neuf. Ce mariage est très intéressant.

Un casting de choristes effectué par un appel dans le journal, c’était une nouveauté pour vous?

Absolument. On m’avait parlé de Dominique Tille, de son parcours, et je l’ai appelé un soir en lui disant que je voulais qu’il dirige plus de 200 choristes et un orchestre symphonique! On s’est vu le lendemain, et Dominique m’a dit qu’il voulait faire un appel public pour les choristes – alors qu’à Québec nous avions un réseau de chœurs constitués. J’ai adoré cette idée, parce qu’elle enracine encore plus le spectacle dans le public qu’il touche.

Autre élément essentiel du spectacle, l’orchestre le Sinfonietta. Comment les avez-vous découverts?

Lors d’un de mes passages à Lausanne, j’ai eu la chance d’assister à leur interprétation du Requiem de Verdi, à la cathédrale. Je suis sorti conquis. J’y avais entendu ce que je cherchais: de la générosité, de la fougue, de l’exubérance. Je ne pensais pas que nous aurions un orchestre symphonique presque complet dans le Mur alors qu’auparavant, nous n’avions travaillé qu’avec une douzaine de musiciens. En plus, le Sinfonietta aime ce genre de défis.

Et les artistes invités?

A Montréal, nous avions eu des artistes emblématiques du Québec, comme Stéphane Rousseau ou Claude Dubois, qui font partie de ma culture. Là, j’ai eu la chance de découvrir des gens que j’ignorais, d’aimer ce qu’ils font, d’acheter leurs albums… Monter un tableau avec Piano Seven, par exemple, c’est vraiment une chance très particulière. Je n’aurais jamais pensé créer un tableau de ce genre, avec des artistes d’un tel niveau.

Le spectacle fait aussi la part belle à la pyrotechnie. C’est important?

Bien sûr. Je suis resté très enfant dans mon approche du spectacle. Je veux faire un show qui plaise au plus grand nombre, l’élitisme ne m’intéresse pas. Et je trouve qu’un des médias les moins élitistes, les plus universels, les plus généreux, c’est la pyrotechnie. Le Mur du Son, c’est un show «pyro-musical»: on a d’un côté la délicatesse et la précision des chœurs et de l’orchestre symphonique, et de l’autre le bruit et l’éclat des feux d’artifice. C’est un travail subtil, où tout doit être en harmonie, entre la musique, la projection et la pyrotechnie, qui vient souligner quelques instants. J’ai fait appel à Bruno Berthelet, un maître artificier renommé, qui a œuvré sur les deux premiers Mur du Son.

Le choix des chansons, comment s’est-il fait?

Dans ma chambre d’hôtel à Lausanne, un verre de blanc à la main! Nous avions une présélection, et nous nous sommes imaginé les émotions que dégageait tel ou tel titre, son adéquation avec un moment particulier du spectacle. Il y a des chansons qui viennent du patrimoine vaudois, de la chanson française, de la pop… Au-delà de la langue ou du genre, ce qui est important, c’est la courbe de l’intensité du spectacle, où l’on veut amener les gens, à travers leurs émotions. Il faut que le spectacle ait l’air de durer vingt minutes, et non une heure quarante!

Et les images d’archives?

Nous avons passé des heures à visionner des images d’archives de la RTS, pour choisir des instants forts, mémorables, mais aussi agréables à regarder, qui parlent aux souvenirs collectifs. Ces images viendront s’insérer dans toutes celles que nous avons tournées, avec notre regard particulier, en rencontrant des gens, en tombant sous le charme d’un paysage ou d’un instant. C’est un regard tendre sur votre région.

Il reste un impondérable: la météo. Si le temps est maussade, quid?

Lors de la première à Montréal, il a plu et, sachant que ça allait arriver, nous avions décidé de maintenir le spectacle. Cette soirée a été magique. Les gens ont sorti leurs parapluies, tout simplement, mais ils sont restés. C’était exceptionnel. Depuis, on s’est toujours dit que la pluie, on s’en fichait, et le public aussi, sans doute. Le seul élément qui peut nous empêcher de faire le spectacle, c’est un orage électrique. Mais bon, on a tellement bien travaillé qu’on mérite le beau, non?

En une phrase, que diriez-vous pour convaincre le public de venir les 21 et 22 septembre voir le Mur du Son?

Sans prétention, je dirais que c’est un moment unique, historique, que ça n’aura lieu que cette fois-ci, et qu’il faut partager ce moment qui promet d’être magnifique.

Accès gratuits pour le spectacle:
bracelets à retirer dès lundi 17 septembre de 10 h à 18 h 30 à la caisse du Comptoir Suisse. Ainsi que du 14 au 19 septembre aux Points Annonces de Lausanne, Morges, Yverdon, Payerne et Vevey. (24 heures)

Créé: 08.09.2012, 08h50

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